Le gouvernement Legault renonce à une interdiction du «Bonjour-“Hi”»

Le ministre responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, avait indiqué son intention d’adopter une loi pour forcer les commerçants à accueillir leurs clients par un «Bonjour» plutôt qu’un «Bonjour-
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, avait indiqué son intention d’adopter une loi pour forcer les commerçants à accueillir leurs clients par un «Bonjour» plutôt qu’un «Bonjour-"Hi"».

Moins de trois jours après avoir sonné la charge contre le « Bonjour-Hi » dans les commerces québécois, Simon Jolin-Barrette, bat en retraite sur ordre du bureau du premier ministre.

Le gouvernement caquiste ferme désormais la porte à toute interdiction de la formule de salutation bilingue dans les commerces québécois. « On ne légiférera pas sur le “Bonjour-Hi” », a répété comme un mantra le ministre responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, en marge d’une annonce en Montérégie lundi.

Pourtant, M. Jolin-Barrette disait réfléchir vendredi à la possibilité de légiférer pour contraindre les commerçants à saluer leur clientèle en français. « Je pense que je vais devoir traduire cela dans des mesures au cours des prochains mois », avait-il déclaré tout en évoquant des motions adoptées à l’unanimité par l’Assemblée nationale invitant les commerçants à saluer « chaleureusement » leur clientèle avec le mot « Bonjour ».

Un vif débat a agité les réseaux sociaux, ainsi que de nombreux soupers de famille et d’amis durant le week-end.

Le cabinet du premier ministre a rectifié le tir lundi matin. Le gouvernement caquiste compte-t-il modifier la loi ou la réglementation afin d’interdire l’expression « Bonjour-Hi » ? « Dans les commerces, non ! » a répondu un membre de la garde rapprochée de François Legault lundi matin.

Le gouvernement québécois tentera de « convaincre » les commerçants d’« accueillir les gens en français », mais ne les forcera pas à le faire, a indiqué M. Jolin-Barrette lors d’une conférence de presse à Beloeil. « Une chose qui est sûre, c’est que le gouvernement du Québec va mettre en place des incitatifs […], mais je n’ai pas l’intention de légiférer sur question unique du “Bonjour-Hi” », a-t-il déclaré à la presse.

Impératif français

Dans la foulée de la décision du gouvernement Legault de ne pas interdire le « Bonjour-Hi » dans les commerces privés, Impératif français invite les consommateurs à « prendre en main ce dossier et à faire ressortir l’absurdité des commerces qui refusent de comprendre que « Bonjour », « Merci », « Bienvenue »… sont des mots d’inclusion, de surcroît compréhensibles à l’échelle internationale ». « Il faut le dire clairement et le répéter à l’employé ou au gérant plutôt que d’être complice en acquiesçant », a fait valoir le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault. Il suggère aux consommateurs de « dénoncer dans les médias sociaux ou dans des lettres ouvertes » les commerçants qui « s’acharnent » à les saluer dans les deux langues officielles du Canada.

La proportion de commerces offrant un accueil uniquement en français a décru fortement en cinq ans, passant de 84 % en 2010 à 75 % en 2017, selon une étude de l’Office québécois de la langue française (OQLF) dévoilée en avril 2019. Le taux d’accueil exclusivement en anglais a grimpé (de 12 % à 17 %), tandis que le taux d’accueil à la fois en français et en anglais a bondi (de 4 % à 8 %).

D’autre part, Impératif français exhorte l’État à jouer un rôle « moteur et exemplaire » pour faire reculer le « Bonjour-Hi ». À ses yeux, le gouvernement a « le pouvoir et le devoir » d’interdire l’emploi de la formule de salutation bilingue dans les sociétés d’État comme la Société des alcools du Québec (SAQ) et Loto-Québec ainsi que dans les organismes publics et parapublics. M. Perreault se désolait lundi de voir « le tout-anglais ou le délire de l’anglicisation ou de la bilinguisation systématique s’insinue[r] partout », y compris sur les écrans des lecteurs de paiement par cartes de débit ou de crédit de la SAQ sur lesquels « Bonjour-Welcome » apparaît.

Le député péquiste Joël Arseneau a invité M. Jolin-Barrette à concentrer son énergie à assujettir les entreprises de 25 à 49 employés à la Charte de la langue française à l’instar des entreprises de 50 employés et plus, à contraindre l’administration à utiliser uniquement le français dans ses communications écrites avec les autres gouvernements et avec les personnes morales établies au Québec ainsi qu’à interdire aux entreprises d’exiger de leurs employés qu’ils maîtrisent l’anglais lorsque ce n’est pas nécessaire.

5 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 8 octobre 2019 06 h 15

    Tant mieux, cela frisait le ridicule absolu.

  • Michel Lebel - Abonné 8 octobre 2019 07 h 26

    Le jeune ministre revient sur terre!

    S'il avait continué dans la voie de l'interdiction, le gouvernement Legault aurait sombré dans le ridicule. Et celui-ci peut nous mener bien loin!

    M.L.

  • Paul Toutant - Abonné 8 octobre 2019 10 h 00

    Le piège

    Le métier rentre. Le ministre Jolin-Barrette vient d'apprendre qu'il ne faut jamais réfléchir à voix haute devant une meute de journalistes affamés de leur clip du jour. On ne l'y reprendra plus, et tant pis pour la spontanéité. Une certaine presse est toujours à l'affût du mot qui fera trébucher, surtout si la cible est le ministre le plus populaire au Québec et le plus détesté par l'establishement anglophone et francophone.

  • Alain Miville de Chêne - Abonné 8 octobre 2019 14 h 01

    Bonjour est aussi un mot anglais

    En cherchant dans le Oxford English Dictionary, j'ai trouvé que le mot "bonjour "est un vrai mot anglais.
    Shakespeare et d'autres auteurs l'ont utilisé depuis le XVIe siècle.
    Un commerçant qui accueille ses clients avec le seul mot bonjour se trouve à parler bilingue.

    • Philip Herbst - Abonné 9 octobre 2019 15 h 50

      Le mot "bonjour" n'est pas dans mon Oxford (Oxford Dictionary of English--maybe this is a different edition?).