Simon Jolin-Barrette veut mettre à l’index le «Bonjour-Hi!»

«Les gens souhaitent être accueillis en français dans les différentes entreprises, dans les différents commerces, mais aussi par l’État québécois», a fait valoir M. Jolin-Barrette.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Les gens souhaitent être accueillis en français dans les différentes entreprises, dans les différents commerces, mais aussi par l’État québécois», a fait valoir M. Jolin-Barrette.

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, déclare la guerre à la formule de salutation « Bonjour-Hi ! » qui pullule dans des commerces québécois. Il réfléchit à la possibilité de légiférer pour contraindre les commerçants à saluer leur clientèle en français, a-t-il annoncé vendredi, à sa sortie du Salon bleu, où des élus d’opposition l’avaient longuement interrogé sur les mesures envisagées par le gouvernement caquiste afin de renforcer la présence de la langue française au Québec.

Au fil des dernières années, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité des motions invitant les commerçants à saluer « chaleureusement » leur clientèle avec le mot « Bonjour », lui a-t-on rappelé.

« Je pense que je vais devoir traduire cela dans des mesures au cours des prochains mois », a déclaré M. Jolin-Barrette à la presse, se sentant investi d’un « mandat » par le Parlement.

À la question : comment comptez-vous vous y prendre afin de mettre à l’index l’expression « Bonjour-Hi ! » ?, M. Jolin-Barrette a répondu : « Laissez-moi voir les possibilités. » « Ces défis [liés à l’effritement du français], je veux les relever […] avec efficacité, pragmatisme et surtout afin que ce soit applicable. Et ça, c’est extrêmement important », avait-il insisté quelques minutes plus tôt en Chambre.

L’élue libérale Christine St-Pierre a refusé vendredi de commenter publiquement l’intention du gouvernement caquiste d’interdire les salutations unilingues anglaises ou bilingues dans les magasins au Québec. Elle s’est contentée de dire à la presse qu’elle examinera tout projet de loi déposé en ce sens par le ministre caquiste. « On va voir comment M. Jolin-Barrette va l’exprimer dans un projet de loi ! […] Je ne sais pas ce qu’il a en tête », a-t-elle affirmé, non sans manquer de déplorer la « mauvaise habitude de suspendre les libertés individuelles » prise par le gouvernement Legault.

La proportion de commerces offrant un accueil uniquement en français a décru fortement en cinq ans, passant de 84 % en 2010 à 75 % en 2017, selon une étude de l’Office québécois de la langue française (OQLF) diffusée en avril 2019. Le taux d’accueil exclusivement en anglais a grimpé (de 12 % à 17 %), tandis que le taux d’accueil à la fois en français et en anglais a bondi (de 4 % à 8 %).

Internet et langue de travail

 

L’élue solidaire Catherine Dorion a soutenu qu’« on ne peut pas faire reposer l’avenir du français au Québec sur les épaules du petit employé de la SAQ qui dit “Bonjour-Hi !” ».

Québec solidaire presse le gouvernement québécois de réclamer le pouvoir de « mettre le contenu en québécois en avant sur Internet » auprès d’Ottawa. « Si on ne met pas tout le poids politique de l’État québécois avec ceux qui, chez nous, produisent du contenu québécois en québécois ― c’est ça qui est important ―, on va perdre la bataille », a averti Mme Dorion.

Le député péquiste Joël Arseneau a appelé l’équipe de François Legault à « élargir la portée » de la loi 101 pour y assujettir les entreprises de 25 à 49 employés, à contraindre l’administration à utiliser uniquement le français dans ses communications écrites avec les autres gouvernements et avec les personnes morales établies au Québec et à interdire aux entreprises d’exiger de leurs employés qu’ils maîtrisent l’anglais lorsque ce n’est pas nécessaire, entre autres choses.

M. Jolin-Barrette, qui a succédé à Nathalie Roy au poste de ministre responsable de la Langue française le 4 septembre dernier, a dit vendredi s’être donné pour tâche de « poursuivre le travail qui a été effectué par [le père de la loi 101, Camille] Laurin ». « Tout est sur la table », a-t-il répété.

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