La CAQ, le fond et la forme

François Legault avec ses fils et sa conjointe au soir de sa victoire et de celle de son parti, la Coalition avenir Québec, en octobre 2018
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir François Legault avec ses fils et sa conjointe au soir de sa victoire et de celle de son parti, la Coalition avenir Québec, en octobre 2018

Le premier gouvernement caquiste de l’histoire québécoise n’a pas chômé depuis son élection il y a un an. Alors que la CAQ s’est empressée de faire adopter un projet de loi sur la laïcité de l’État et un autre sur l’immigration, les électeurs attendent toujours de voir des résultats concrets en santé et en environnement. Quel bilan peut-on dresser du gouvernement Legault pour sa première année au pouvoir ?

IMMIGRATION

«En prendre moins. En prendre soin. »

Le gouvernement caquiste a voulu en finir rapidement avec « le principe général du “premier arrivé, premier servi” sans tenir compte des besoins du marché du travail ». C’est pourquoi il a fait adopter le projet de loi 9 sous bâillon en juin dernier. L’utilisation du système de déclaration d’intérêt pour toutes les demandes d’immigration de travailleurs qualifiés permettra, soutient-il, un meilleur maillage entre les besoins du marché du travail et l’immigration, et entraînera aussi une réduction importante du délai de traitement des demandes, de 36 à 6 mois. Le projet de loi 9 constitue la « première assise légale » permettant de créer à la fois une évaluation » de la connaissance du français et une évaluation de la connaissance des valeurs québécoises. Mais, pour arriver à « imposer [ses propres] conditions », le gouvernement caquiste a besoin de l’autorisation du gouvernement fédéral, ce qui n’est pas chose faite. Le gouvernement caquiste a, dès qu’il en a eu l’occasion, resserré le nombre de personnes admises au Québec de 52 500 à 40 000 pour l’année 2019. L’équipe de François Legault a aussi témoigné de son intention de faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 59 % en 2020 à 65 % en 2022.

Marco Bélair-Cirino

 

IDENTITÉ

L’après-Bouchard-Taylor

Quelques mois après son arrivée au pouvoir, François Legault a cité « le plus grand défi » auquel il fait face, soit celui de redonner aux citoyens « la fierté d’être Québécois ». L’État a son rôle à jouer pour y arriver, selon le premier ministre. « Quand on est fiers des services qu’on a, des services qu’on offre à nos enfants, à nos parents vieillissants, de voir notre gouvernement défendre notre identité, je pense que c’est important », a-t-il déclaré.
Plus de dix ans après le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor, le premier ministre François Legault a forcé l’adoption — également sous bâillon — du projet de loi sur la laïcité de l’État québécois, le jugeant « important pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble ». En interdisant le port de signes religieux chez certains employés de l’État, le projet de loi 21 « permet d’envoyer un message qu’on veut protéger nos valeurs, nos façons de vivre au Québec », selon lui. Il constitue également un rempart aussi bien à l’extrémisme religieux qu’à l’extrémisme de droite, a poursuivi M. Legault.
Le premier ministre caquiste a récemment donné carte blanche au ministre Simon Jolin-Barrette pour renforcer, s’il le juge nécessaire, la Charte de la langue française. Débat à suivre.

Marco Bélair-Cirino

 

ENVIRONNEMENT

À la recherche d’un plan

L’environnement n’était clairement pas au cœur du programme électoral de la CAQ, avant l’élection. Mais avec le lancement du « Pacte pour la transition », porté par Dominic Champagne, puis la montée du mouvement climatique des jeunes, le gouvernement Legault a senti le besoin de corriger le tir et de promettre un plan climatique ambitieux, qui doit permettre au Québec de rattraper les retards accumulés au fil des ans. Ce plan, qui est attendu pour 2020, devrait notamment miser sur l’électrification des transports, mais aussi sur l’exportation de « l’énergie propre » produite au Québec. Les caquistes ont toutefois soufflé le chaud et le froid au cours de la dernière année. Le premier ministre, François Legault, et le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, se sont tous deux portés à la défense du projet Énergie Saguenay, de GNL Québec, et ce, avant même le début de l’évaluation environnementale de ce projet. Or, les émissions de gaz à effet de serre liées au projet dépasseront les sept millions de tonnes chaque année. La semaine dernière, on apprenait aussi que le gouvernement prévoyait des exemptions importantes de réduction d’émissions pour de très gros pollueurs, dont la cimenterie McInnis. Le ministre Charette a également affirmé que la construction d’un troisième lien dans la région de Québec constituait un projet de « développement durable ». Et lundi, son collègue aux Forêts, Pierre Dufour, a soutenu que le fait de couper davantage d’arbres permettrait de réduire les gaz à effet de serre du Québec.

Alexandre Shields

 

ÉDUCATION

La grande priorité ?

Le gouvernement Legault avait promis de faire de l’éducation sa grande priorité. À sa première année au pouvoir, il affirme avoir tenu parole. Le ministre Jean-François Roberge doit ainsi s’aventurer dans les prochaines heures là où aucun gouvernement n’a osé aller : il s’apprête à déposer son projet de loi qui transformera les commissions scolaires en centres de services. Il n’y aura plus d’élections scolaires.
Il faut dire que le ministre de l’Éducation semble ne reculer devant rien. Il a obligé deux commissions scolaires anglophones de Montréal à céder à leurs voisines francophones trois écoles à moitié vides. Il a élargi l’offre de maternelles 4 ans tandis que sévit une pénurie d’enseignants et de locaux. Il a fait le ménage dans les frais facturés aux parents (en autorisant la facturation pour les écoles à projet particulier). Il a investi des sommes records pour rénover, agrandir et construire des écoles.
Le ministre Roberge a défendu bec et ongles l’interdiction faite aux professeurs de porter des signes religieux. Il compte profiter des négociations qui s’amorcent dans le secteur public pour augmenter de 8000 $ le salaire des nouveaux enseignants. Un de ses défis est désormais de diminuer les attentes. Parce que les écoles publiques ont encore bien besoin d’amour.

Marco Fortier

 

SANTÉ

Un ton adouci

Le changement de ton a été remarqué depuis la nomination de la ministre Danielle McCann à la tête du ministère de la Santé. Un peu plus de six mois après sa nomination, elle a réussi à arracher une entente au Collège des médecins et à l’Ordre des infirmières pour permettre aux infirmières praticiennes spécialisées d’évaluer tous les problèmes de santé courant sans qu’un médecin doive confirmer leurs recommandations. Un projet de loi pour concrétiser le tout doit être déposé au cours des prochaines semaines. Le dossier le plus épineux en santé — celui de la rémunération des médecins spécialistes — a toutefois été confié au président du Conseil du trésor, Christian Dubé. En campagne électorale, la Coalition avenir Québec promettait une économie annuelle d’un milliard de dollars avec la renégociation à la baisse de l’entente signée par ses prédécesseurs libéraux, mais elle ne s’est toujours pas matérialisée. Le gouvernement attend une étude comparative qu’il a commandée à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) pour chiffrer l’écart de rémunération des médecins spécialistes du Québec avec ceux de l’Ontario — la CAQ avait avancé la somme de 80 000 $. Le premier ministre a dit s’attendre à des « négociations difficiles » et est allé jusqu’à évoquer l’adoption d’une loi spéciale lundi lors d’une entrevue à l’émission Salut Bonjour de TVA. L’étude de l’ICIS est attendue d’ici le mois de janvier.

Mylène Crête

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