L’aide de l’État aux grands pollueurs dénoncée

Les installations de la cimenterie McInnis, à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Les installations de la cimenterie McInnis, à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie.

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, balaie l’argument selon lequel les entreprises émettrices de gaz à effet de serre (GES) prendraient leurs cliques et leurs claques si l’État québécois ne les épaulait pas dans leurs efforts de réduction de GES.

« On a implanté une taxe du carbone, et il n’y a pas grand monde qui a quitté le Québec », a mentionné l’ex-ministre de l’Environnement (2010-2012), mardi. À l’instar de Québec solidaire et du Parti québécois, le PLQ déplore les « allégements » que le gouvernement caquiste consentirait à accorder aux plus grands émetteurs de GES.

Selon Radio-Canada, l’équipe de François Legault octroierait un statut spécial à certaines grandes industries, ce qui les dispenserait de tout effort de réduction de GES. « Pour un premier ministre qui dit s’intéresser à l’environnement, je trouve qu’il n’agit pas dans le bon sens », a affirmé M. Arcand à la presse. « M. Legault n’est peut-être pas un climatosceptique, mais il est certainement un climato-inactif », a-t-il renchéri.

Le leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, a dit « s’attend[re] à ce que toutes les entreprises fassent les efforts nécessaires pour améliorer leur bilan et diminuer leurs émissions de GES », y compris la cimenterie de McInnis à Port-Daniel–Gascons, qui a pris forme sous l’impulsion du gouvernement Marois.

Le ministre des Finances, Eric Girard, a demandé à ses adversaires politiques de « reconnaître » que les grandes industries ont consenti à faire un « effort » depuis 1990. « Nous leur demandons de continuer à réduire leurs émissions, mais, puisqu’elles sont dans un monde de concurrence et que nos partenaires commerciaux, l’Ontario, l’est des États-Unis, certaines juridictions mondiales, ne tarifent pas le carbone, il faut, bien sûr, les aider, et c’est pour ça que nous les aidons à faire face à cette tarification du carbone », a-t-il soutenu dans le Salon bleu.

Le gouvernement Legault a « démissionné » de la lutte contre les changements climatiques en promettant aux grands émetteurs de GES de les appuyer à perpétuer une « vieille économie », a fait valoir la co-porte-parole de QS, Manon Massé, « profondément choquée ». « L’industrie qui émet doit être celle qui agit pour diminuer ses GES. Ça ne peut pas être toujours les citoyens, les citoyennes qui rattrapent ça en bout de ligne », a-t-elle déclaré.

Interpellé par Greta Thunberg

Ex-membre des gouvernements Charest et Couillard, Pierre Arcand a dit s’être senti interpellé par Greta Thunberg. La jeune Suédoise a reproché lundi aux dirigeants de la planète de lui avoir « volé [ses] rêves et [sa] jeunesse » en demeurant les bras croisés face aux changements climatiques. « Tous les gouvernements doivent accepter une part de blâme », a convenu M. Arcand, avant d’accabler les États-Unis d’une « part plus grande [de blâme] que tous les autres gouvernements ». « Le gouvernement peut faire plus et mieux », a-t-il conclu, à trois jours de la marche mondiale pour le climat de Montréal, à laquelle Mme Thunberg participera.

Mme Massé a suggéré au ministre de l’Environnement, Benoît Charette, de « se mettre à l’écoute des gens […] s’il décide d’être dans la rue » vendredi. L’élue solidaire avait appelé M. Charette à battre le pavé pour le climat. Appuie-t-elle toujours la participation du ministre caquiste alors que les appels de jeunes demandant à M. Charette ne pas prendre part à la manifestation se multiplient ? En guise de réponse, Mme Massé a rappelé qu’elle avait demandé à tous les membres du Parlement de sortir « main dans la main pour dire aux jeunes : on vous comprend ».