Pesticides: l’Ordre des agronomes veut plus de pouvoirs

Présentement, seules cinq molécules inscrites au Code de gestion des pesticides requièrent une prescription agronomique pour pouvoir être utilisées.
Photo: Getty Images Présentement, seules cinq molécules inscrites au Code de gestion des pesticides requièrent une prescription agronomique pour pouvoir être utilisées.

L’Ordre des agronomes du Québec veut pouvoir prescrire l’ensemble des 1200 pesticides autorisés en milieu agricole, mais il ne voit pas la nécessité de séparer le service-conseil de la vente de ces produits, comme le médecin à qui il est interdit de vendre les médicaments qu’il prescrit.

« Si on faisait ça demain matin, ça ne réglera pas le problème des pesticides au Québec », a affirmé son président, Michel Duval, en mêlée de presse lundi. Il venait de témoigner devant la commission parlementaire chargée d’examiner les effets de ces produits sur la santé publique et l’environnement. Ce mandat a été confié à la commission après les allégations d’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche en agriculture révélées par le lanceur d’alerte Louis Robert.

Cinq molécules inscrites au Code de gestion des pesticides requièrent une prescription agronomique pour pouvoir être utilisées, mais tous les autres demeurent en vente libre. « Si on n’a pas de cadre législatif pour nous permettre d’agir à l’intérieur de ce cadre-là, les pesticides vont pouvoir s’acheter par à peu près n’importe qui, à la dose qu’ils vont vouloir et l’application qu’ils vont souhaiter », a soutenu M. Duval.

Or, des fonctionnaires du ministère de l’Environnement avaient signalé au premier jour des consultations, à la fin du mois de mai, que quinze agronomes québécois ayant des liens avec l’industrie avaient signé en 2018 près de la moitié des 1500 prescriptions d’atrazine, un puissant herbicide jugé parmi les plus risqués à utiliser. Ces fonctionnaires considéraient que la situation était préoccupante.

« On comprend que le sous-ministre en titre a été un peu alarmant cette journée-là », a déploré M. Duval, en ajoutant que ce sous-ministre avait été « vite à condamner tout le monde avant que l’Ordre puisse faire son travail d’inspection ». Cette statistique avait également occulté la baisse de 40 % de l’usage de l’atrazine depuis que le produit est seulement offert sur prescription.

Lacunes soulignées

C’est toutefois une autre statistique qui a retenu l’attention de la députée libérale Marie Montpetit en commission parlementaire. Les inspections de 2018 de l’Ordre des agronomes ont démontré que 14 de leurs membres qui travaillent avec des pesticides présentaient des lacunes dans leur travail et que dans cinq cas, leur compétence était mise en doute.

« Vous comprendrez qu’avec toutes les informations qui sont sorties au cours des derniers mois, […] il y a de quoi être inquiet », a-t-elle dit.

« Je voudrais préciser que, dans les erreurs qu’on va rapporter, nous, on va les considérer comme graves, mais ça ne met pas la santé du public en danger ni la santé des producteurs. Une mauvaise tenue de dossier, ce n’est pas une mauvaise recommandation, mais dans notre livre, c’est aussi grave parce que c’est comme ça qu’on fait le traçage de l’activité du professionnel », a nuancé M. Duval.

L’Ordre recommande également au gouvernement de moderniser la Loi sur les agronomes, dont la dernière mise à jour remonte à 1974, et de pallier la perte d’expertise au sein de l’État. Il note que le nombre d’agronomes dans la fonction publique québécoise a diminué de 44 % entre 1995-1996 et 2014-2015.

La Coop fédérée, le fournisseur de pesticides le plus important au Québec, a assuré que les agronomes de sa division Sollio Agriculture ne reçoivent pas de ristourne chaque fois qu’ils vendent un produit. « Pas chez nous », a répondu son vice-président général Sébastien Léveillé. « Comme les coopératives locales sont des entreprises indépendantes, on fait un recensement présentement de quelle façon sont rémunérés nos agronomes et on veut s’assurer de bien comprendre avant de vous dire que ça a été fait ou que ça n’a pas été fait », a-t-il précisé en faisant référence à chacune des succursales.

La Fondation David Suzuki a mis les élus en garde contre les effets méconnus des pesticides sur la santé humaine, notamment l’interaction entre plusieurs produits. « Au quotidien, la population ne sait même pas qu’elle est exposée aux pesticides dans différents endroits dans son propre milieu de vie, a fait valoir la chef des projets scientifiques pour la fondation, Louise Hénault-Éthier. On sait qu’il y en a dans nos aliments, mais on ne sait pas à quelle concentration et on ne sait pas s’il y a un enjeu réel pour la santé. » Elle souhaite davantage de recherche indépendante pour que les citoyens et les gouvernements aient l’heure juste.

1 commentaire
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 24 septembre 2019 21 h 39

    << On vit malheureusement dans une société où beaucoup d’efforts sont mis sur la protection de la faune et de la flore, au détriment de la qualité de vie des gens. >>

    .
    << Le problème présentement est que les seules personnes qui revendiquent sont celles qui défendent les droits des animaux au détriment du développement économique. >>

    << Par exemple, il y a plusieurs façons de se débarrasser des mouffettes, la meilleures étant l’épandage d’un produit qui tue les larves.>>

    << Malheureusement, avec les nouveaux règlements sur les pesticides, ces produits seront non réglementaires. >>

    << Je pense que l'on prend une mauvaise direction avec ces règlements >>

    << Il y a des gens qui disent : Oui ! On veut vivre en harmonie avec les animaux, mais ce ne seront pas les animaux qui vont décider quand je vais me servir de ma cour >>, a conclu le responsable de l’environnement pour la ville de Longueuil.

    Sous la plume de la journaliste Geneviève Michaud, voilà les paroles du conseiller Marc Duclos, responsable de l’environnement pour la ville de Longueuil, telles que rapportées par l’édition du dix-sept mai deux mille trois de l’hebdo «Le Courrier du Sud».

    Ça ne s'invente pas...