La bisbille se poursuit au sujet des maternelles 4 ans

Des projets d’agrandissement d’écoles auraient été rejetés au profit de l’aménagement de classes de maternelle 4 ans.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des projets d’agrandissement d’écoles auraient été rejetés au profit de l’aménagement de classes de maternelle 4 ans.

L’élue péquiste Véronique Hivon se désole de voir des projets d’agrandissement d’écoles mis sur la glace au profit de l’aménagement de classes de maternelles quatre ans ; une « obsession » qui aveugle l’équipe de François Legault, selon elle.

Elle a contacté trois commissions scolaires, qui se sont toutes vu refuser leurs demandes d’agrandissement jusqu’ici. « À la commission scolaire de Montréal, trois écoles refusées : Sainte-Lucie, Saint-Justin, La Dauversière. À la commission scolaire Marie-Victorin [deux écoles refusées] : école Saint-Laurent, école de Normandie. À la commission scolaire des Samares [deux écoles refusées] : école Notre-Dame-de-Lourdes et école Saint-Côme. [Elles se trouvent] dans mon comté. Donc, je connais ça un petit peu », a-t-elle lancé durant la période des questions, jeudi.

La députée de Joliette a demandé au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’« arrêter d’essayer d’induire les gens en erreur », avant d’être rappelée à l’ordre par le président de l’Assemblée.

C’est que M. Roberge a soutenu plus tôt cette semaine, sur les ondes de TVA Nouvelles, que « cette année, [le Ministère n’a] refusé aucune demande à la grandeur du Québec, à la CSDM comme ailleurs ».

Mme Hivon a pressé jeudi le ministre de faire un « pas de côté », de « mettre le dossier sur pause » le temps d’élaborer « un véritable plan pour la réussite de tous les enfants ».

À Montréal, la CSDM s’est vu octroyer les sommes nécessaires à la création de quatre classes de maternelles quatre ans alors qu’elle attend avec impatience les sommes nécessaires pour aménager des locaux pouvant accueillir des enfants âgés de 5 à 18 ans. En revanche, la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) et la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), disent au Devoir avoir, à regret, mis un frein au déploiement des classes de maternelles quatre ans en raison d’une croissance de leur clientèle et d’un manque d’espace. « On a eu toutes nos demandes d’agrandissement d’écoles. On a même été obligés de fermer deux classes de maternelles quatre ans alors qu’on aurait pu les combler facilement. On est vraiment en milieu défavorisé », a indiqué la responsable des relations avec les médias de la CSPI, Valérie Biron. « Nous avons été exemptés [d’ouvrir des classes de maternelles quatre ans] en raison d’un manque d’espace. Nos écoles sont pleines », a dit de son côté la responsable des relations de presse de la CSMB, Gina Guillemette.

À l’instar de sa consoeur péquiste Véronique Hivon, l’élue libérale Marwah Rizqy s’indignait que le premier ministre, François Legault, ait sciemment sous-estimé le coût d’aménagement d’une classe de maternelles quatre ans au fil des derniers mois. « En campagne électorale, c’était autour de 100 000 $, puis rapidement ça a explosé, les coûts des maternelles quatre ans. [Mercredi] le premier ministre s’est vanté que ça faisait longtemps qu’il sait que ça coûtait 800 000 $», a déclaré a députée de Saint-Laurent, tout en rappelant que le coût de construction d’une nouvelle classe peut atteindre jusqu’à 2 millions de dollars. « Si j’avais un comptable qui se trompait de 20 fois, je l’aurais congédié, solidement », a-t-elle poursuivi, exhibant un chèque en blanc digne d’un téléthon.

M. Roberge est alors tombé à bras raccourcis sur les élus libéraux qui, selon lui, ont été « les séraphins de l’éducation » lorsqu’ils étaient derrière les commandes de l’État. « Ceux qui ont coupé dans les services aux élèves, ceux qui ont dit qu’on n’avait pas besoin d’avoir des livres dans les classes, l’éducation, ça coûte trop cher. J’ai l’impression que, si on allait au caucus libéral, on entendrait Séraphin dire : “L’éducation, ça coûte trop cher” », a-t-il dit après avoir courbé le dos et adopté le ton du célèbre personnage des Pays d’en haut.

Piqué au vif, le leader parlementaire de l’opposition officielle, Marc Tanguay, a bondi de son siège pour accuser le ministre d’« attaquer la dignité » de l’Assemblée nationale. De l’autre côté du Salon bleu, Simon Jolin-Barrette a fait remarquer, sans rire, que « Séraphin » n’apparaît pas à la liste des propos non parlementaires.

À voir en vidéo