Le ministre Lamontagne n’est pas en guerre contre l’industrie des pesticides

Trente centres de recherches effectuent présentement 125 études pour trouver des alternatives aux pesticides.
Photo: iStock Trente centres de recherches effectuent présentement 125 études pour trouver des alternatives aux pesticides.

Un lien doit être maintenu entre l’industrie des pesticides et la recherche pour aider les cultivateurs, a défendu mercredi le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, à quelques jours du coup d’envoi de la commission parlementaire sur les effets de ces produits sur la santé publique.

« Sur le terrain, il y a des ennemis des cultures et il y a des gens qui cultivent la terre, a-t-il expliqué. D’avoir des échanges entre les gens qui expérimentent la réalité tous les jours et les gens qui essaient de les aider à confronter cette réalité-là, c’est certainement quelque chose qui est désirable au sens où si on n’a pas de lien entre la pratique et les gens qui cherchent à aider la pratique, c’est difficile de trouver les meilleures solutions pour aider les gens qui travaillent la terre. »

Il rejoint ainsi la position qui sera présentée en commission parlementaire par le Centre de recherche sur les grains (CEROM), un organisme qui avait été visé l’hiver dernier par des allégations d’ingérence de l’industrie des pesticides. Le Devoir a obtenu copie du mémoire que son nouveau président présentera la semaine prochaine dans le cadre de cette commission parlementaire.

M. Lamontagne a rappelé qu’il avait mandaté trois experts pour s’assurer que les centres de recherche financés par son ministère aient une « politique de recherche responsable et indépendante ».

Le gouvernement doit surtout mieux soutenir les agriculteurs pour trouver des alternatives à l’usage des pesticides, clament le Parti québécois et Québec solidaire. « L’État québécois n’a pas été au rendez-vous dans le soutien à l’agriculture biologique, a déploré le député péquiste Sylvain Roy en entrevue. On a pris un modèle d’arrosage systémique avec la collaboration aveugle du ministère de l’Agriculture sans se soucier des impacts sur le sol et la santé publique. »

Une commission parlementaire se penchera dès lundi sur les effets des pesticides sur la santé publique, les pratiques de remplacement de ces produits toxiques et sur la compétitivité du secteur agroalimentaire. Durant trois jours, les élus entendront les témoignages de 26 organismes et experts.

Ce mandat lui a été donné à la demande de M. Roy dans la foulée de la controverse qui a secoué le CEROM l’hiver dernier après le congédiement du lanceur d’alerte Louis Robert par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ). En s’appuyant notamment sur une note interne du MAPAQ transmise par M. Robert, Le Devoir et Radio-Canada révélaient en 2018 que des problèmes d’ingérence de l’industrie des pesticides entachaient le CEROM, financé surtout par des sources publiques. L’agronome a pu réintégrer son poste en août après la publication d’un rapport sévère de la protectrice du citoyen sur la façon dont le MAPAQ l’avait traité.

Les membres de la commission ont visité plusieurs fermes la semaine dernière pour se familiariser avec de nouvelles techniques plus écologiques développées par des agriculteurs. « Les agriculteurs ont besoin de cette expertise-là, ils ont besoin de constamment améliorer leurs pratiques, a constaté la députée solidaire Émilise Lessard-Therrien en entrevue. Si ce n’est pas l’État qui les soutient là-dedans, ça laisse la place au privé de le faire. »

« Il y a toutes sortes d’alternatives qui sont mises de l’avant, mais elles sont circonscrites à certaines régions dans les régions où elles sont développées et elles ne sont pas déployées à grande échelle », a-t-elle remarqué. Le MAPAQ pourrait donc jouer un rôle pour dans le transfert de connaissances, selon elle.

Le ministre Lamontagne a indiqué que 30 centres de recherches effectuent présentement 125 études pour trouver des alternatives aux pesticides.