Legault sent qu’il a la légitimité d’utiliser les surplus budgétaires à sa guise

Au dernier scrutin, la CAQ a obtenu 37,5% des votes exprimés. Le PLQ a formé l’opposition officielle avec 25% des voix, le PQ en a récolté 17% et QS, 16%.
Photo: Jarvis Baker Getty Images Au dernier scrutin, la CAQ a obtenu 37,5% des votes exprimés. Le PLQ a formé l’opposition officielle avec 25% des voix, le PQ en a récolté 17% et QS, 16%.

Le premier ministre François Legault dit se sentir parfaitement en droit de consacrer le surplus budgétaire à la réalisation des promesses électorales de son parti, la Coalition avenir Québec (CAQ).

L’opposition officielle le prie plutôt de faire passer le bien commun avant ses intérêts partisans.

En point de presse mardi, M. Legault s’est défendu en affirmant que les Québécois qui ont voté pour la CAQ s’attendent à ce qu’il respecte ses engagements, notamment ceux visant à réduire la taxe scolaire et les tarifs de garderie.

« Je tiens pour acquis que les Québécois qui ont voté pour la CAQ s’attendent à ce que les promesses faites par la CAQ soient respectées, a-t-il déclaré. Une fois qu’on a un gouvernement majoritaire, oui, moi je me sens lié par ce que j’ai promis. »

Au dernier scrutin, la CAQ a obtenu 37,5 % des votes exprimés. Le Parti libéral du Québec (PLQ) a formé l’opposition officielle avec 25 % des voix, le Parti québécois (PQ) en a récolté 17 % et Québec solidaire (QS), 16 %.

Le surplus budgétaire devrait atteindre cette année 4,3 milliards de dollars, selon l’Institut du Québec, après le versement au Fonds des générations de quelque 3,1 milliards. Il pourrait même dépasser les 5 milliards, selon certaines estimations.

Vendredi dernier, à Rivière-du-Loup, M. Legault avait mis la table en vue du renouvellement des conventions collectives de plus d’un demi-million d’employés de la fonction publique en déclarant que le surplus budgétaire n’appartenait ni aux syndicats ni aux groupes de pression, mais bien aux Québécois.

Il a prévenu les employés du secteur public qu’ils ne devaient pas s’attendre à obtenir des augmentations salariales supérieures à l’inflation. Il prévoit toutefois des exceptions pour les préposés aux bénéficiaires et les enseignants en début de carrière. « Pour l’instant, il n’y a pas d’autres groupes », a-t-il précisé, mardi.

Par ailleurs, le premier ministre a demandé d’être « prudent » en évoquant un surplus budgétaire de 4,3 milliards de dollars. Selon lui, « on ne peut pas parler d’une marge de manoeuvre de 4 milliards » parce que des sommes ont déjà été affectées et parce qu’une partie du surplus est circonstancielle et non structurelle.

Conflit de travail ABI, prise deux ?

Les déclarations de M. Legault ont fait bondir le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, qui estime que le surplus budgétaire appartient « à l’ensemble des Québécois ».

Selon lui, le Québec est en train de revivre le conflit de travail à l’aluminerie ABI. Rappelons que ce lockout a duré des mois et que M. Legault s’est publiquement prononcé en faveur de la partie patronale.

Selon M. Arcand, le dossier ABI « a probablement traîné quelques mois de plus à cause de l’intervention du premier ministre qui a fait en sorte que les parties ne se sont pas parlé pendant plusieurs semaines ».

« J’ai l’impression de revivre ça, ça n’augure rien de bon, a-t-il déclaré en mêlée de presse mardi, jour de rentrée parlementaire à Québec. Il faut absolument […] amener des politiques qui sont d’intérêt public. »

Les libéraux ont plaidé pour que les employés de l’État soient rémunérés « de façon convenable ». « Avant de commercer une négociation, la première chose, c’est qu’il faut créer un climat de confiance. Je ne crois pas que par ses déclarations, le premier ministre va créer ce climat de confiance à la table de négociations », a renchéri Pierre Arcand.