Le PQ remet le projet de pays à l’avant-scène

La direction du PQ reconnaît avoir fait preuve d’un «manque de cohérence» dans la présentation de ses «propositions» au fil des dernières années.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La direction du PQ reconnaît avoir fait preuve d’un «manque de cohérence» dans la présentation de ses «propositions» au fil des dernières années.

L’état-major du Parti québécois recentre son action politique sur « la fondation d’un pays, non pas sur la gestion ordinaire d’une province ». « Le temps de l’éparpillement est terminé », promet-il dans une nouvelle « Déclaration de principes » dans laquelle il a séquencé l’ADN du « nouveau PQ ».

Dans ce document de trois pages, dont Le Devoir a obtenu copie, le PQ appelle les indépendantistes, mais aussi les nationalistes de tout poil à se joindre à son « mouvement » pourvu qu’ils souscrivent à quatre « valeurs fondamentales », c’est-à-dire la liberté, la justice et l’équité, le nationalisme ainsi que la protection de l’environnement. « La pérennité du français est [le] défi permanent [du Québec], auquel s’ajoutent, à présent, des écueils qui dépassent largement ses frontières : la crise climatique menace sa société, l’accroissement des inégalités divise sa population et la baisse de confiance envers la démocratie mine l’engagement citoyen. Pour relever ces défis, la nation québécoise doit puiser dans ce qui la distingue pour agir, de concert avec les autres nations du monde. Elle doit se saisir de tous les pouvoirs nécessaires à son émancipation », peut-on lire.

« Bâtir des consensus »

La « coalition indépendantiste » entend désormais, autant que faire se peut, se tenir à l’écart des débats qui sèment ou attisent la division au sein de la population québécoise. « [L’action politique du PQ] aura pour objectifs de susciter l’adhésion et l’engagement, et de bâtir des consensus en valorisant le débat et la diversité des points de vue », suggère l’exécutif du PQ dans la « Déclaration de principes ». « Ultimement, le but est d’en arriver à des décisions rassembleuses et courageuses qui s’appuient sur les connaissances scientifiques », ajoute-t-il près d’un an après la victoire électorale de la Coalition avenir Québec.

Les prochains chefs du PQ devront se reconnaître autant dans cette nouvelle approche que dans ces nouvelles valeurs sacro-saintes de liberté, de justice et d’équité, de nationalisme ainsi que de protection de l’environnement, si les membres adoptent la « Déclaration de principes » dans sa forme actuelle à Trois-Rivières les 9 et 10 novembre prochain, fait remarquer l’un des auteurs dans un échange avec Le Devoir.

La direction du PQ reconnaît avoir fait preuve d’un « manque de cohérence » dans la présentation de ses « propositions » au fil des dernières années. Elle admet également avoir échoué à rendre le projet de pays — une « terre de paix, de liberté, d’égalité et de prospérité » — concret.

Elle entend remédier à la situation. Le PQ insistera sur le fait que l’indépendance permettra au Québec « de tirer profit de tous les outils que lui procure sa langue comme vecteur de réussite, de rayonnement et d’intégration », « de contrôler pleinement son territoire afin d’être exemplaire dans la lutte contre les changements climatiques, en se tournant définitivement vers une économie verte, prospère et ambitieuse dont tous les Québécois tireront bénéfice », « d’exercer le plein contrôle sur les finances et les leviers économiques de son État et, ainsi, de créer davantage de richesse et de mieux la répartir »… En résumé, « de décider de ce qui est bon pour lui, simplement ».

La « Déclaration de principes » « va repréciser pour bien des gens pourquoi on fait de la politique », a dit le chef parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, lors d’un « 5 à 7 » dans la circonscription de Beauharnois, mardi. « Notre destin, ce n’est pas de prendre le pouvoir pour le garder pour nous-mêmes. Notre destin, c’est de dire aux Québécois que de passer de statut de locataire à celui de propriétaire offre non seulement une liberté de choix, mais une liberté qui nous permet vraiment de réaliser nos projets à nous, sans quémander. Le destin du Québec, c’est pas de quémander à Ottawa », a-t-il déclaré aux sympathisants rassemblés dans la DEZ Taverne urbaine.

La présidente du PQ, Gabrielle Lemieux, dévoilera la nouvelle « Déclaration de principes » ainsi que les nouveaux statuts du PQ, lors d’une conférence de presse à Salaberry-de-Valleyfield mercredi. Elle sera accompagnée de la présidente du Comité national des jeunes du PQ, Frédérique Saint-Jean, ainsi que de M. Bérubé

Notre destin, c’est de dire aux Québécois que de passer de statut de locataire à celui de propriétaire offre non seulement une liberté de choix, mais une liberté qui nous permet vraiment de réaliser nos projets à nous, sans quémander.

Le parti entend permettre aux membres, mais aussi aux sympathisants du PQ de participer à la relance du parti, notamment en choisissant un nouveau ou une nouvelle chef en 2020. « Nous devons nous donner un nouveau départ comme parti politique. Ce nouveau départ doit se caractériser à la fois par notre fonctionnement, mais aussi dans notre identité et la manière dont nous la présentons », plaide l’exécutif du parti.

« C’est une proposition qu’on met au jeu », a résumé M. Bérubé. En effet, les membres seront appelés à adopter ces deux documents « importants » à l’occasion d’un congrès extraordinaire à Trois-Rivières les 9 et 10 novembre prochain.

L’adoption des nouveaux statuts n’est pas chose faite, a constaté Le Devoir. Permettre aux sympathisants du PQ et non pas seulement aux membres de se prononcer sur le successeur de Jean-François Lisée, c’est « une cochonnerie », a tonné le vice-président du comité exécutif du PQ de la circonscription de Beauharnois, mardi.

Les neuf élus du PQ sont rassemblés à Salaberry-de-Valleyfield cette semaine afin de se préparer en prévision de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale. La position du PQ dans le débat sur l’avenir des commissions scolaires sera notamment discutée. « Tout ce qui favorise la réussite scolaire, on va l’appuyer », s’est contenté de dire M. Bérubé à la veille de l’ouverture du caucus présessionnel.

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18 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 septembre 2019 00 h 59

    Le paroxysme de l’insignifiance

    Je doute que le chemin qui mène à l’indépendance soit pavé de pétales de roses.

    En conséquence, j’aurais préféré que le PQ affirme plus clairement vouloir combattre pour l’émancipation des gens qui peuplent le territoire national. Ce qui veut dire ne pas placer le nationalisme en dernière place.

    Mais bon, le temps est au consensus. En tant que sympathisant péquiste, je m’incline.

    Mais je trouve qu’on ne va pas suffisamment loin dans le consensus. La liberté, la justice, et ainsi de suite, ce n’est pas suffisamment consensuel.

    Voici mes quatre valeurs qui devraient rallier tout le monde, sans exception.

    La première des valeurs péquistes devrait être l’amour. Qui peut être contre l’amour ?

    Le deuxième devrait être la vertu. Bon Dieu du ciel, on ne peut pas être contre la vertu ?

    En troisième lieu, la santé. Qui veut réellement être malade ?

    Et en dernier lieu, la richesse pour tous. Même pour les pauvres. S’ils le veulent, évidemment.

    Je pense que ces quatre nouvelles priorités sont réellement de nature à déclencher un buzz sur les médias sociaux et faire que partout à travers le monde, on voudra devenir péquiste.

    De plus, le PQ devrait changer de nom pour Québec Inclusif. On aurait Québec Solidaire pour les uns et Québec Inclusif pour les autres… ou pour les deux, si la convergence inclusive le permet.

    Si le parti changeait de nom, je pourrais demeurer dans cette chose très vieille et très démodée qui s’appelle le PQ et continuer avec d’autres irréductibles pour l’émancipation nationale… sans déranger personne.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 septembre 2019 10 h 07

      Vous doutez. Moi aussi.

      Pas parce que la proposition n'est pas assez nationaliste, mais parce qu'elle l'est trop.

      Au point B, la « nation » est présumée et le peuple, qui existe sans elle, est postulé son moteur.

      C'est l'inverse qui crée les pays. Et l'inverse, c'est le peuple qui vote et se bat pour s’affirmer.

      Le point B devrait dire clairement que le peuple québécois est ancré en Amérique et le PQ entend œuvrer à fonder le pays avec ses futurs citoyens et futures citoyennes parce qu'un pays permet de contrôler le territoire habité par ce peuple, d'instituer un régime politique républicain et d'adopter un système politique qui renforce la participation citoyenne aux décisions.

      Un point C devrait alors rappeler que le pays créé, la langue française, déjà reconnue, sera la langue officielle du Québec, que les banques opèreront selon les règles définies au Québec, que le Québec sera membre des Nations Unies et qu'il misera sur ses forces, les énergies électriques, les PME et l'innovation, pour assurer son développement et devenir un des leaders dans le développement durable et le recours aux énergies renouvelables en relation avec les pays qui optent pour cette approche.

      Le point D pourrait faire écho à une culture de nouveau en ébullition qui sera promue comme le seront les liens entre les citoyens et les citoyennes du Québec.

      Un point E devrait préciser que la démarche menant à l’indépendance demeurera foncièrement démocratique et sera ajustée au contexte présent, car il diffère de celui prévalant en 1995.

      C’est l’essentiel d’une démarche mobilisatrice.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 septembre 2019 13 h 02

      Monsieur Bariteau,

      L’article 23 de la Canadian constitution consacre le libre choix du citoyen canadien de s’assimiler au groupe linguistique de son choix.

      Cet article est à ce point stratégique qu’il est impossible de s’y soustraire en invoquant la clause dérogatoire.

      Le PQ doit devenir une école de formation des guerriers de l’indépendance. Des gens ne craignent pas de créer la controverse en disant au peuple ce qu’il ne veut pas entendre; l’establishment politique du Canada anglais a adopté sans nous une constitution qui prescrit notre extinction comme peuple.

      Si, au contraire, le PQ aspire à devenir une version Peace & Love de la CAQ, ce n’est plus mon parti politique.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 septembre 2019 20 h 03

      M. Martel, je ne comprends votre commentaire.

      Je n'ai en aucun cas souhaité une version « Peace and Love » de la CAQ. J'ai écrit qu'il importe de penser indépendance et de penser en conséquence en s'adressant au peuple québécois, celui qui vote, car s'y trouve les gens qui créeront le pays du Québec en s'y investissant comme promoteurs de l'indépendance.

  • Michel Handfield - Abonné 4 septembre 2019 04 h 34

    Enfin une position claire !

    Je réponds:

    Il était temps de le proposer, car on ne peut dire "on veut rester dans le Canada", mais "on ne veut pas de sa génétique que sont le multiculturalisme et le libéralisme par exemple" et faire des lois qui invoquent la clause nonobstant parce que ce pays ne nous ressemble pas. Ou on en est ou on en sort et on en accepte les conséquences comme je l'ai déjà écrit.

  • Yolande Chagnon - Inscrite 4 septembre 2019 06 h 54

    UN CHAUSSON AVEC ÇA ?

    On croit rêver en lisant ces propositions.

    Un parti(cule) de neuf députés qui vient d'obtenir son pire résultat électoral depuis sa fondation se veut un genre d'auberge espagnole où tout un chacun serait le bienvenu à deux conditions:

    a) Être vaguement nationaliste.

    b) Ne pas parler des enjeux quotidiens, se réservant pour la grande Cause.

    Le PQ est devenu le parti de la démission ou de l'abdication nationale depuis le référendum de 1995.

    On n'a plus parlé d'indépendance qu'aux conseils nationaux ou aux congrès manipulés par l'establisment.

    Maintenant que "l'état-major" de cette armée en détoute ne conrôle plus rien, on voudrait en revenir aux valeurs qui ont mené à la fondation de ce parti et ouvrir (?) le parti aux sympathisants.

    Et à qui propose-t-on cette réorientation ?

    À des militants qui ont mené le Québec jusqu'à la poignée de la porte de la Terre promise et qui ont ensuite abdiqué jusqu'à repousser à un hypothétique deuxième mandat la tenue d'un référendum sur l'indépendance.

    Au lieu d'élire un chef, le PQ devrait mettre ce qui lui resste d'actifs à un syndic de faillite.

    « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

    Jean 12, 24-25

    • Raynald Goudreau - Abonné 4 septembre 2019 08 h 41

      Une remarque en passant , les votants aux deux referendums ont dit non deux fois , est-ce la faute du parti ? Et, maintenant on lui reproche de remettre la machine en marche ...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 4 septembre 2019 15 h 00

      On voit bien le vrai visage de QS et,de son comparse, le PLQ...Plusieurs d'entre vous mangeaient au même ratelier.Vous pouvez bien citer la Bible et tous ses versets,il n'en demeure pas moins que "le PQ remet bien le projet de Pays à l'avant-scène"...et c'est ça qui vous déplait. Supposément... QS était pour l'indépendance...mon oeil !
      Le pire là-dedans, c'est que Aussant et Lisée sont «tombés dans le panneau». Vous trouverez certainement un autre verset de la bible pour étoffer votre prochain "coup de jarnac".!.

    • Christian Montmarquette - Abonné 4 septembre 2019 17 h 43

      @ Nicole D. Sévigny,

      "On voit bien le vrai visage de QS et, de son comparse, le PLQ...Plusieurs d'entre vous mangeaient au même râtelier.. " - Nicole D. Sévigny

      Si le PQ remet le projet de pays à l’avant-scène..
      C'est qu'il avoue lui-même qu'il l'avait mis à l'arrière scène.

      Dans les circonstances, il faut être franchement culottée pour accuser QS ne ne pas être souverainiste.

      Mais pour qui les péquistes se prennent-ils pour juger des autres, alors qu'ils sont les premiers coupables?

      En ce qui me concerne, des chauvins et des grincheux qui radotent les mêmes sempiternels vieux arguments poussiéreux et éculés depuis la fondation même de Québec solidaire.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 4 septembre 2019 07 h 45

    … français !

    « Notre destin, c’est de dire aux Québécois que de passer de statut de locataire à celui de propriétaire offre non seulement une liberté de choix, mais une liberté qui nous permet vraiment de réaliser nos projets à nous, sans quémander. Le destin du Québec, c’est pas de quémander à Ottawa » (Pascal Bérubé, Chef, PQ)

    Effectivement, le destin du Québec, notre destin, c’est de passer de l’autonomie à l’autodétermination de Peuple-Nation reconnue par ou bien par le Canada (« Ce » pays si loin et si proche de nulle part), avec ou sans résistance et par l’ONU, et ce, en …

    … français ! - 4 sept 2019 –

    Ps. : Cé l’fun de retrouver dans cette citation l’esprit nationaliste des René-Lévesque, des Félix-Leclerc, des Marjo … ! Yahou !

  • Christian Montmarquette - Abonné 4 septembre 2019 08 h 02

    Humanité, justice, équité et nationalisme »


    En ce qui me concerne, entendre parler d’humanité, de justice et d’équité au PQ, est une pure aberration.



    On est ni juste, ni équitable, ni humaniste quand on laisse crever de misère des centaines de milliers de ses propres concitoyens avec 500$ par mois pour survivre durant des décennies. En fait, on est même pas nationaliste pour avoir aussi peu de compassion et de considération pour une partie de la nation.



    «Les nationalistes pardonneront les pires turpitudes au PQ. Ils sont prêts à oublier qu'il existe une différence énorme entre le nationalisme et une véritable libération nationale. Raison pour laquelle j'ai toujours été contre ces « nationaleux" qui voulaient sauver la langue et laisser crever ceux qui la parlent.»» — Michel Chartrand

 *

    Christian Montmarquette 



    * « L’irréductible legs du camarade Chartrand »



    — Marc-André Cyr, Le Devoir

    

https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/287249/libre-opinion-l-irreductible-legs-du-camarade-chartrand