Climat de travail malsain à l’Assemblée nationale

Dès l’ouverture de la 42e législature, l’Assemblée nationale a déployé la campagne de sensibilisation «Zéro harcèlement», abordant les thèmes du harcèlement psychologique, sexuel et discriminatoire ainsi que l’importance de la civilité au travail.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Dès l’ouverture de la 42e législature, l’Assemblée nationale a déployé la campagne de sensibilisation «Zéro harcèlement», abordant les thèmes du harcèlement psychologique, sexuel et discriminatoire ainsi que l’importance de la civilité au travail.

Signes d’impatience, harcèlement, contacts non souhaités : un climat de tension régnait il n’y a pas si longtemps à l’Assemblée nationale, montre une série de rapports internes « confidentiels » obtenus par Le Devoir.

Au printemps 2018, le tiers des employés étaient « démobilisés », indique un sondage interne effectué auprès de 550 fonctionnaires, professionnels, ouvriers, agents de la paix, étudiants et stagiaires de l’Assemblée nationale. L’indice de démobilisation variait en fonction de la catégorie d’emploi. Par exemple, 78 % des agents de la paix et 65 % des ouvriers se disaient « démobilisés ».

La liste de griefs des employés était longue, a constaté Le Devoir à la lecture des documents produits par la firme-conseil SPB Psychologie organisationnelle à la demande de l’Assemblée nationale du Québec (ANQ).

Plusieurs personnes se sont plaintes d’avoir fait l’objet « de contacts physiques non désirés » ― des attouchements, des frôlements ou des pincements ― de la part de collègues ou encore de députés. Certaines d’entre elles ont montré du doigt des espaces de travail communs exigus.

« Les membres du personnel de l’ANQ ne sont pas des objets sexuels, et il est important que les députés le comprennent », écrit sans détour SPB Psychologie organisationnelle dans un document daté du 29 novembre 2018. « [L]a réalité du harcèlement sexuel à l’ANQ touche peut-être davantage de répondants qu’on pourrait le croire à première vue », précise la firme-conseil, pointant le commentaire d’un répondant selon lequel « il n’était pas facile de répondre à certaines questions ».

Incivilités

Les signes d’« impatience », les gestes d’« arrogance » et de « condescendance » étaient les plus répandus sur la colline parlementaire. Deux répondants sur cinq ont indiqué à SPB Psychologie organisationnelle avoir été victimes de tels gestes d’incivilité. Certaines personnes haussent le ton, tandis que d’autres « adoptent une ou des attitudes non verbales négatives », comme « lever les yeux au ciel, soupirer, [esquisser un] sourire en coin » lorsqu’un autre individu prend la parole, ont-ils relaté.

« C’est au sujet de leur condition sociale que les répondants disent avoir été l’objet de commentaires négatifs le plus souvent, suivi de l’âge », note la firme privée appelée à la rescousse par le Parlement.

Les membres du personnel de [l’Assemblée nationale] ne sont pas des objets sexuels, et il est important que les députés le comprennent

Par ailleurs, des membres du personnel administratif ont dit avoir fait l’objet de « pression énorme pour répondre à, selon eux, de “fausses” urgences » de la part du personnel politique. « Les employés politiques ont tendance à transmettre au personnel administratif le stress et la pression qu’ils subissent », résume SPB Psychologie organisationnelle en novembre 2018.

La direction de l’Assemblée nationale n’est pas à l’abri de reproches de la part de ses employés, loin de là. « Certains ont l’impression d’être perçus par la haute direction comme un mal nécessaire », est-il écrit dans l’un des documents remis au Devoir. « Les commentaires désobligeants sont fréquents », « [l]a direction infantilise et dénigre les employés », ont indiqué des répondants.

Pour échapper à une situation de harcèlement, des employés ont pris leur retraite ou demandé à être mutés dans une autre direction.

C’est à la demande de l’Assemblée nationale que la firme-conseil SPB Psychologie organisationnelle a réalisé un sondage sur la qualité de vie au travail et la mobilisation des employés du Parlement entre mai et juin 2018. Ce sont quelque 550 personnes qui y ont répondu (80 % des employés). « Le climat de travail est généralement positif », indique l’auteur de la synthèse des résultats remise à la fin novembre 2018. « Les répondants aiment leur travail et sont fiers de travailler pour l’Assemblée nationale. Par contre, peu de gens ont réellement confiance en l’évolution de l’organisation, ce qui affecte la façon dont ils parlent de l’Assemblée nationale à leur entourage. »

Zéro harcèlement

Au fil de la dernière année, l’Assemblée nationale a « posé plusieurs gestes afin de miser sur l’engagement de son personnel », indique la conseillère en communication et relations médias de l’Assemblée nationale, Julie Champagne.

Dès l’ouverture de la 42e législature, l’Assemblée nationale a déployé la campagne de sensibilisation « Zéro harcèlement », abordant les thèmes du harcèlement psychologique, sexuel et discriminatoire ainsi que l’importance de la civilité au travail. Celle-ci était destinée au personnel administratif et politique ainsi qu’aux députés. « L’incivilité, le harcèlement, c’est non ! J’ai droit au respect, j’en parle », pouvait-on notamment lire sur les affiches accrochées aux murs des édifices de la colline Parlementaire et des bureaux de circonscription de novembre 2018 à mai 2019.

En outre, plus de 600 membres du personnel administratif ont suivi l’atelier de sensibilisation sur la gestion des situations d’incivilité, de conflit ou de harcèlement depuis décembre 2016. Environ 55 députés, en plus d’une vingtaine de membres de leur équipe, ont assisté à une formation semblable.

Chacune des directions s’est vue contrainte d’élaborer un plan d’action reprenant « les points à améliorer et les forces à consolider » mentionnés dans le rapport du sondage.

Par ailleurs, la direction a convié tous les employés administratifs à une « soirée de reconnaissance », qui coïncidait avec l’inauguration du nouveau pavillon d’accueil en mai dernier, mentionne Mme Champagne au Devoir.

Avec Dave Noël

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20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 septembre 2019 02 h 11

    eh oui il ne sont souvent que des parvenus

    il faudrait peut être y penser a deux fois avant d'élire certaine personne, leur ambition est souvent du plus bas niveau,en fait peut être que leurs ambitions ne sont que des ambitions de parvenus

  • Nadia Alexan - Abonnée 3 septembre 2019 05 h 29

    La civilité et la citoyenneté s'apprennent à l'école.

    C'est incompréhensible qu'après le mouvement «Me Too» les fonctionnaires subissent encore l'harcèlement sexuel et psychologique.
    Il faudrait que les jeunes enfants apprennent la civilité et la citoyenneté à l'école, au lieu de ce cours ECR qui banalise toutes les cultures et tous les comportements au nom de la diversité.

    • André Labelle - Abonné 3 septembre 2019 15 h 52

      Pourquoi pas les deux. L'un n'empêche pas l'autre.

  • Pierre Samuel - Abonné 3 septembre 2019 07 h 52

    De la relativité ...

    Tiens Tiens ! Et dire qu'il y a des gens qui considèrent, malgré tout, que la députée Catherine Dorion est allée trop loin en poussant au pied du mur l'oligarque du Québécoristan, PKP, lors de la Commision sur l'avenir des médias la semaine dernière, en lui adressant ses quatre vérités auxquelles le condescendant personnage n'a même pas daigné répondre sachant fort bien qu'il était solidement épinglé !

    • Bernard LEIFFET - Abonné 3 septembre 2019 11 h 16

      Avez-vous une réponse pour l'arrêt des procédures contre Mme Normandeau? Mêmes les journalistes spécialisés n'y comprennent rien! Alors le bla bla de QS ou pas je m'en balance, tout est lacunaire et chacun est libre de son opinion! PKP n'a rien à foutre, ni de moi, ni de vous, ni des vos amis de QS!

    • André Labelle - Abonné 3 septembre 2019 16 h 06

      Catherine Dorien est extrêmement performante en communication. Elle a fait son petit spectacle qui était une excellente prestation. Quant au fond, bof c'était du QS. Alors je crois que PKP a été aussi bon qu'elle en n'entrant pas dans son jeu.
      Je vois mal comment les remarques extrêmement partisanes et orientées de C. Dorion auraient pu faire progresser ce dossier, fussent-elles être servies avec n'importe quelle compétence oratoire.


      "Sans mentir, si votre ramage - Se rapporte à votre plumage, - [...] "- Jean de La Fontaine

    • Pierre Samuel - Abonné 3 septembre 2019 18 h 11

      @ MM. Leiffet & Labelle :

      Premièrement, je ne suis pas membre de QS. Je crois toutefois, compte tenu de l'empire monopolistique de Québécor sur les médias de communication au Québec que la mise au point et le questionnement de Mme Dorion étaient, dans les circonstances, parfaitement valables et justifiés pour quiconque, peu importe l'allégeance partisane, est en faveur de la liberté de presse dans un pays présumément démocratique ! Que PKP se foute de tout un chacun, sauf de ses intérêts personnels, parfaitement d'accord. Il en a d'ailleurs fait la preuve, une fois de plus, à cette occasion.

      Quant à l'arrêt de procédure contre Nathalie Normandeau, qui n'a d'ailleurs rien à voir avec le sujet précité, il va de soi pour toute personne capable de réfléchir, avec ou sans étiquette politique assignée par quiconque, qu'il s'agit autant que pour le non-exercice d'une presse libre, d'un affront à la démocratie.

      Quant, à mon < ramage > et à mon < plumage >, cher M. Labelle, ils sont ceux d'un vieux social-démocrate libre-penseur, imbu d'abord et avant tout d'équité sociale, comme le fut, en son temps, le regretté René Lévesque. Rien à ajouter !

    • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 4 septembre 2019 16 h 46

      Je ne trouve pas qu'elle soit allée trop loin. Je lui reproche plutôt son vide hors contexte. Elle attaque pour attaquer sans justification plausible. Elle lance des flèches un peu partout. Elle n'a aucune profindeur.
      Elle est l'image même de l'insignifiance. Ça et rien = 0

  • Bernard LEIFFET - Abonné 3 septembre 2019 08 h 10

    L'Assemblée nationale doit être le modèle de civilité!

    Ici on ne parle pas seulement d'ergoter, mais de points importants de civilité. Il faut absolument que l'appareil parlementaire montre qu'il est digne de nous représenter et que le comportement de chaque personne soit rigoureux, tant dans la parole que dans les gestes! Sinon, c'est la pagaille et qu'en penseront les jeunes gens, eux qui devraient vivre alors dans un climat corrompu comme auparavant. SVP, on vous observe, soyez généreux et dignes de confiance!

    • Pierre Samuel - Abonné 3 septembre 2019 10 h 16

      @ M. Leiffet :

      Absolument d'accord ! Tout en se servant de son jugement afin de ne point confondre < pagaille > avec une < mise au point > concernant une question tout à fait légitime demeurée sans réponse autant à l'Assemblée Nationale qu'en Commission parlementaire !

      Salutations cordiales, cher Monsieur !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 3 septembre 2019 08 h 28

    « Certaines personnes […] ''adoptent des attitudes non verbales négatives'', comme ''lever les yeux au ciel, soupirer, [esquisser un] sourire en coin»



    Bien! J'adopte moi-même une «attitude non verbale négative» en lisant que de «lever les yeux au ciel» effarouche certaines âmes [pathologiquement] sensibles…

    • Joël Tremblay - Abonné 3 septembre 2019 14 h 38

      Amen!