Fuite de données personnelles: l’opposition veut un mandat élargi pour la commission

Les différents partis sont ressortis bredouille mercredi matin d’une réunion pour décider si les élus allaient décider d’étudier ou non la fuite massive de données chez Desjardins.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Les différents partis sont ressortis bredouille mercredi matin d’une réunion pour décider si les élus allaient décider d’étudier ou non la fuite massive de données chez Desjardins.

Les partis d’opposition sont ressortis bredouille mercredi matin d’une réunion pour décider si les élus allaient décider d’étudier ou non la fuite massive de données chez Desjardins. Ils ont été incapables de s’entendre avec les députés caquistes sur l’ampleur du mandat à donner à la commission des finances publiques.

« Ils veulent un mandat très circonscrit, comme si on voulait exclusivement faire le tour du dossier de Desjardins et ne pas faire le tour de tout ce qui se passe à l’extérieur de Desjardins — donc à Capital One, Equifax, Revenu Québec... », a déploré le député péquiste Martin Ouellet en faisant référence à d’autres fuites de données récentes.

« Je ne peux pas cacher ma déception, a déclaré la libérale Marwah Rizqy. Sincèrement, tout l’été, les gens ne parlaient que d’une seule chose, c’était le vol de données, le vol d’identité. » Elle a déploré le peu de temps — 30 minutes — qui avait été alloué à la discussion.

En ce moment, entendre juste Desjardins, c’est essayer de noyer le poisson et puis de passer vite, vite, vite à autre chose

Le chef parlementaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, avait demandé en juillet la tenue d’une commission spéciale de l’Assemblée nationale pour que Desjardins, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et Equifax viennent s’expliquer devant les élus. Le PQ désirait avant tout rassurer les 2,9 millions de Québécois qui se sont fait voler leurs renseignements personnels.

Or, le député Ouellet a soumis une motion mercredi pour élargir le mandat de la commission, après consultation avec le Parti libéral et Québec solidaire. Les trois partis d’opposition demandent que la protection des données des Québécois, autant dans les institutions publiques que privées, soient étudiée. Ils veulent faire témoigner une vingtaine de groupes, dont la banque américaine Capital One, la Sûreté du Québec, le Service canadien du renseignement de sécurité et des experts en informatique et de la lutte contre la fraude.

« Ce qu’on a compris que le gouvernement veut regarder, c’est le milieu de la finance, a indiqué la députée libérale Lise Thériault. Est-ce que c’est juste Desjardins ? Mais c’est beaucoup plus que ça. Revenu Québec, ce n’est pas le milieu de la finance — et on comprend que le gouvernement a des données sur tous les Québécois, que ce soit avec nos permis de conduire, avec nos cartes d’assurance maladie. »

« En ce moment, entendre juste Desjardins, c’est essayer de noyer le poisson et puis de passer vite, vite, vite à autre chose, a dénoncé le député solidaire Vincent Marissal. Mais il y a beaucoup plus à discuter, notamment ce qui se passe à Revenu Québec, les projets du gouvernement dans l’infonuagique et toutes sortes de projets de privatisation de données personnelles. »

Québec solidaire avait déjà soumis sa propre demande pour une réflexion élargie sur la collecte et le stockage d’informations personnelles dans la foulée du vol de données chez Desjardins. Le parti avait demandé à la commission des institutions de tenir un mandat d’initiative sur la protection des données. Une demande qui est restée lettre morte jusqu’à maintenant.

« Les partis d’opposition ont décidé de reporter, de continuer les débats, alors que nous on voulait aller rapidement », a contredit le député caquiste Youri Chassin en entrevue. Celui-ci voulait déposer une motion pour que le cas de Desjardins soit analysé sans tarder, mais la réunion s’est terminée avant qu’il puisse le faire. Les élus auraient l’occasion plus tard de questionner des experts dans le cadre de l’étude du projet de loi promis par le ministre des Finances, Eric Girard, pour encadrer les agences de crédit. « C’est ça, notre proposition : avoir quelque chose de rapide et de ciblé à court terme et, à moyen terme, avoir un projet de loi qui va nous permettre d’entendre davantage de groupes », a expliqué M. Chassin.

À Ottawa, les élus fédéraux n’avaient pas tardé pour convoquer le p.-d.g. du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, en comité parlementaire, contrairement au gouvernement québécois. Le premier ministre François Legault avait d’abord rejeté en juillet la demande du PQ, jugeant qu’il était trop tôt pour tenir une commission spéciale sur Desjardins, qui était alors en pleine crise. Il s’était par la suite ravisé en août en se disant ouvert à cette idée.