La FPJQ presse Québec d’agir pour éviter l’«obscurantisme»

Aux yeux de la FPJQ, la disparition des six quotidiens du Groupe Capitales Médias serait «catastrophique».
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Aux yeux de la FPJQ, la disparition des six quotidiens du Groupe Capitales Médias serait «catastrophique».

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Stéphane Giroux, presse le gouvernement caquiste de se porter à la défense des médias d’information en difficulté, à défaut de quoi le Québec sombrerait dans l’« obscurantisme ».

« Pourquoi les contribuables devraient payer pour soutenir une presse qui n’est plus financièrement viable ? La réponse est simple : parce que le prix à payer pour la société québécoise serait énorme. Le prix à payer, c’est la disparition des sources d’information, la fin dans certaines régions de l’essentielle pluralité des voix dans une démocratie en santé et le retour à l’obscurantisme », a-t-il soutenu lors de son passage devant la commission parlementaire sur l’avenir des médias, mardi.

Il y a « urgence d’agir », a-t-il martelé moins de 10 jours après l’envoi d’un avis d’intention de se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité de la part de Groupe Capitales Média (GCM).

Aux yeux de la FPJQ, la disparition des six quotidiens du GCM — la moitié des quotidiens de langue française au Québec — serait « catastrophique ». « En région, ce sont souvent les journalistes de la presse écrite qui couvrent les assemblées des conseils municipaux, qui s’intéressent au travail des élus par exemple. Sans eux, les décisions seraient prises derrière les portes closes sans que les citoyens ne soient avisés. C’est la porte ouverte à des petites dictatures. On en a vu », a poursuivi M. Giroux.

Selon lui, les entreprises de presse en difficulté n’ont pas à être gênées de solliciter un coup de pouce financier de la part de l’État. « Oui, la presse a besoin de l’aide de l’État en ce moment. Elle est loin d’être la seule industrie dans cette situation », a-t-il affirmé tout en pointant des entreprises des secteurs aéronautique et culturel.

Pourquoi les contribuables devraient payer pour soutenir une presse qui n’est plus financièrement viable ? La réponse est simple : parce que le prix à payer pour la société québécoise serait énorme.

L’indépendance des journalistes demeurerait intacte dans l’éventualité où le gouvernement accorderait une aide aux médias dans lequel ils travaillent, estime le porte-parole de la FPJQ. « Les journalistes travaillent pour le public, seulement pour le public », a-t-il dit avant de rappeler aux élus que les quelque 1800 journalistes membres de la FPJQ s’engagent formellement à respecter le Guide de déontologie des journalistes du Québec.

Précisément, la FPJQ appelle le gouvernement caquiste à notamment abolir la compensation exigée à la presse écrite dans la valorisation des matières résiduelles et à contraindre les municipalités du Québec à publier de nouveau leurs avis publics dans les journaux. « On parle de millions de dollars. Au-delà des sous, c’est une démocratie qu’on enlève », a dit le porte-parole d’Hebdos Québec, Benoit Chartier.

Trous noirs médiatiques

Seize journaux communautaires anglophones ont fermé leurs portes depuis 1980. Établi en 1845, le Stanstead Journal a publié son dernier numéro le 28 mai 2019, a rappelé la directrice générale de l’Association des journaux régionaux du Québec, Sylvie Goneau.

« Ces communautés n’ont aucune autre source d’information locale. Et c’est cette même absence de nouvelles qui contribue au sentiment d’isolement, de séparation et de désinformation dans les communautés anglophones du Québec », a déploré Mme Goneau devant la Commission de la culture et de l’éducation.

Les publications anglophones sont aux prises avec un rétrécissement de leur lectorat, qui est intimement lié à une décroissance démographique des communautés anglophones, et des revenus publicitaires en chute libre.

Selon l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), les journalistes demeureront imperméables à la pression politique, même si le gouvernement vient en aide aux médias. « L’influence grandissante qu’exercent les intérêts privés des propriétaires de médias et des annonceurs sur le travail des journalistes semble être une menace bien plus immédiate et réelle à l’indépendance de la presse qu’une hypothétique influence gouvernementale », a affirmé sa présidente, Gabrielle Brassard-Lecours.

L’élue solidaire Catherine Dorion a interpellé le président de la FPJQ sur l’érosion de la confiance de la population à l’égard des journalistes. M. Giroux l’a attribué en partie à « une espèce de virage vers ce qui rapporte financièrement pour les entreprises de presse plutôt que la qualité » et « l’arrivée de l’Internet, des médias sociaux, qui a ouvert la porte à la désinformation ».

Les députés de Rimouski, Harold Lebel, et de St-Jean, Louis Lemieux, se sont pour leur part dits inquiets de la « montréalisation de l’information ».

Mme Brassard-Lecours a suggéré de profiter de la crise pour briser le « carcan individualiste » enfermant les journalistes à travers le Québec. « Une des solutions aussi à une partie de la crise, c’est le travail collaboratif », a-t-elle fait valoir après avoir plaidé en faveur du modèle coopératif. « Il n’y a aucun média qui devrait être la propriété unique d’un individu ou de deux, trois actionnaires. Le modèle coopératif OBNL, ça remet un peu le pouvoir aux artisans et aussi aux lecteurs. Et donc, ça peut changer beaucoup la donne sur le type d’information qu’on fait, hein ? Parce qu’on parlait un peu de la crise de confiance. Il y a ça aussi dans la crise des médias. […] Si l’information était un petit peu plus proche des gens, les gens se sentiraient plus investis dans leurs médias et, quand il y a des crises comme ça, se sentiraient plus interpellés, et peut-être qu’il y aurait aussi moins de crises », a-t-elle suggéré.