La colère gronde toujours chez les chauffeurs de taxi

Les chauffeurs de taxi se mobilisent depuis plusieurs mois contre le projet de loi 17 du gouvernement Legault. Sur notre photo, une manifestation tenue à Montréal en avril dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les chauffeurs de taxi se mobilisent depuis plusieurs mois contre le projet de loi 17 du gouvernement Legault. Sur notre photo, une manifestation tenue à Montréal en avril dernier.

Des dizaines de chauffeurs de taxi en colère ont perturbé la circulation aux alentours de l’aéroport Montréal-Trudeau, lundi après-midi, à la veille de la reprise des travaux parlementaires sur le projet de loi 17 qui déréglemente l’industrie du taxi.

Ce geste d’éclat improvisé avait été décidé quelques minutes plus tôt alors que plusieurs centaines de propriétaires de permis de taxi, venus des quatre coins du Québec, étaient réunis en assemblée générale à Laval pour faire le point sur le projet de refonte du transport rémunéré de personnes.

Les appels à une mobilisation plus musclée se sont enchaînés au micro pendant que la salle s’échauffait. « Je ne veux plus travailler, ça ne donne plus rien, s’est exclamé un chauffeur de taxi en furie. On est morts, réveillez-vous. C’est dans la rue que ça va se régler. »

« Il nous faut des moyens de pression drastiques. En ce moment, on ne se fait pas entendre », a tonné un confrère venu de Québec.

« La seule façon que ce gouvernement va comprendre, c’est si on sort partout, dans toutes les régions, et qu’on bloque tout. C’est le temps de se réveiller les gars », a enchaîné un autre chauffeur.

Alors que l’assemblée tirait à sa fin Hassan Kattoua, représentant des propriétaires de taxis de Montréal, a lancé : « Est-ce que vous voulez retourner au travail ou est-ce qu’on va dans la rue ? », recevant un tonnerre d’applaudissements comme réponse.

Dama Metellus fait partie de ceux qui ont pris la route de l’aéroport. « Je pensais qu’on était dans un État de droit. Le projet de loi 17, c’est une expropriation sans une compensation juste. C’est un projet de loi qui frôle le racisme », s’est-il insurgé.

« On a été patients avec le ministre [des Transports] François Bonnardel, mais là, ça suffit, c’est tout pour Uber », a marqué Masoud Abedi avant de monter lui aussi dans son taxi pour participer à l’opération de ralentissement de la circulation.

Permis abolis

L’assemblée de lundi visait avant tout à démontrer au gouvernement que les chauffeurs de taxi sont toujours mobilisés ; aucune décision n’a été prise quant aux moyens de pression qui seront déployés dans les prochaines semaines.

Le projet de loi 17 met fin au régime de permis de taxi, permettant l’arrivée de nouveaux joueurs, dont Uber. Pour indemniser les propriétaires de permis de taxis — dont certains ont payé leur permis 200 000 $ —, le gouvernement caquiste a mis en place une série d’aides financières s’élevant à 814 millions de dollars.

Selon le ministre Bonnardel, cette somme permettra de rembourser le prix payé à l’achat par les individus ou les sociétés qui détiennent les quelque 7500 permis de propriétaires de taxi transférables au Québec.

L’industrie du taxi réclame plutôt la valeur marchande des permis de taxi, évaluée à 1,3 milliard au moment de l’arrivée de Uber au Québec en 2014.

Expropriation

Plus tôt lors de l’assemblée, Gaétan Barrette, porte-parole de l’opposition officielle en matière de transports, avait enjoint aux chauffeurs de taxi de maintenir la pression. « Il faut que la grogne s’entende. […] Le silence est votre pire ennemi. »

L’étude du projet de loi 17 reprend mardi devant la Commission des transports et de l’environnement de l’Assemblée nationale. « Je vais argumenter à la virgule près les fondements de ce projet de loi parce qu’il est injuste pour vous », a fait valoir l’ex-ministre libéral. « Je ne ferai pas de l’obstruction, mais j’ai bien de l’imagination. »

Selon Gaétan Barrette, la fin du régime des permis de taxi constitue une expropriation, mais qui ne suit pas les procédures habituelles en la matière. « C’est le projet de loi le plus injuste que j’ai vu de ma vie. »

Le député solidaire Andrés Fontecilla a également tiré à boulets rouges sur le projet de libéralisation de l’industrie du taxi, qui « ouvre grand la porte à des multinationales voraces qui ne respectent pas les règles ».

Au-delà de la question des indemnisations financières, l’industrie du taxi souhaite pouvoir « réserver » certains créneaux du transport rémunéré de personnes aux chauffeurs de taxi, comme celui du transport adapté.