Jolin-Barrette se défend de considérer les réfugiés comme un fardeau

Le ministre québécois de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre québécois de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette

Le ministre québécois de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a vivement réagi jeudi aux propos du représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), Jean-Nicolas Beuze, qui a invité le gouvernement à cesser d’opposer les immigrants économiques à ceux qui sont réinstallés au Québec pour des raisons humanitaires.

M. Beuze a également demandé au gouvernement d’augmenter le seuil de réfugiés accueillis au Québec chaque année au lieu de le diminuer.

« Le point n’est pas de vous dire un nombre, mais de vous dire qu’il faut faire attention, que cette dichotomie qui tend à dire que les réfugiés sont un poids comme vous essayez de le souligner en ce moment, ce n’est pas forcément la réalité que l’on voit quand on regarde les bénéfices économiques, sociaux et culturels de recevoir des réfugiés », a-t-il dit sans vouloir préciser quel serait le seuil acceptable.

« Je n’ai jamais dit que les réfugiés étaient un poids, l’a interrompu le ministre Jolin-Barrette, visiblement insulté. Les propos que vous me prêtez ne sont pas acceptables. » M. Beuze a par la suite dit qu’il était désolé.

« Si ce n’est pas un fardeau et si on ne les considère pas comme ça, pourquoi on baisse le nombre de ces gens qui contribuent à la société québécoise », a fait remarquer, plus tard, la députée libérale Paule Robitaille.

L’échange musclé entre le ministre et le fonctionnaire onusien a suscité un certain malaise chez le député de Québec solidaire, Andrés Fontecilla, d’autant plus que M. Jolin-Barrette avait demandé d’entrée de jeu au représentant du UNHCR comment il validait ses prises de position publiques.

« Dès le début, le ministre a tenté de discréditer les propos du représentant du haut-commissaire des Nations unies, de discréditer sa position en le questionnant sur “mais est-ce que vous avez eu la permission de dire ce que vous dites”, a constaté M. Fontecilla. C’était “malaisant”, oui. »

« M. Beuze, en sa qualité de représentant du haut-commissaire pour les réfugiés au Canada, fait ses propres choix, mais moi en ma qualité de représentant du peuple québécois, de la nation québécoise, j’ai le devoir de remettre les pendules à l’heure et c’est ce que j’ai fait », s’est défendu M. Jolin-Barrette en mêlée de presse.

« Le Québec et les Québécois ont toujours accueilli généreusement les réfugiés sur le territoire québécois, a-t-il noté. Avec les migrants au cours des dernières années, le Québec a fait plus que sa part au niveau de l’accueil. On a offert un panier de services. Ça a entraîné des centaines de millions de dollars de dépenses pour le gouvernement du Québec. Le fédéral d’ailleurs doit participer aussi à cet effort-là. »

Le savoir-faire des réfugiés

Ce type de propos insinue que les réfugiés et les demandeurs d’asile sont un fardeau pour la société, selon Andrés Fontecilla.

« Ça peut laisser entendre que, oui, l’État québécois investit beaucoup, mais il ne parle pas en contrepartie des bénéfices qui viennent à recevoir des réfugiés parce qu’on sait leur taux de chômage est moins élevé, ils s’intègrent plus facilement à la société, surtout en région », a affirmé le député solidaire.

La recommandation du représentant du UNHCR de sélectionner des réfugiés en vertu de certains critères économiques grâce à un projet pilote du gouvernement fédéral vaut la peine d’être explorée, à son avis.

La députée libérale Paule Robitaille abonde dans le même sens. « On peut arrimer les besoins des employeurs avec le savoir-faire de certains réfugiés », a-t-elle dit en entrevue.

Le ministre Jolin-Barrette a rejeté cette suggestion. « Ça, c’est une autre discussion, a-t-il tranché. Nous, on est sur les travailleurs qualifiés qui viennent combler immédiatement un besoin sur le marché du travail. »

L’étude des nouveaux seuils d’immigration proposés par le gouvernement s’est terminée jeudi.

L’étude des nouveaux seuils d’immigration proposés par le gouvernement s’est terminée jeudi. Plusieurs associations du milieu économique ont pressé le gouvernement d’accueillir 60 000 nouveaux arrivants par année, particulièrement de travailleurs qualifiés.

La Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) a mis en garde contre l’idée de considérer les immigrants, particulièrement les travailleurs étrangers temporaires, comme du « cheap labor ». « Il faut les accueillir dans des bonnes conditions, a insisté son secrétaire général, Serge Cadieux. Ce n’est pas de la marchandise jetable ! »

Après avoir réduit les seuils d’immigration à 40 000 en 2019, le gouvernement caquiste propose plutôt de les augmenter progressivement à compter de 2020 pour accueillir entre 49 500 et 52 500 nouveaux arrivants en 2022. Le nombre de réfugiés déjà réduit en 2019 demeurerait le même et se situerait entre 6800 et 7500 annuellement.

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 16 août 2019 06 h 37

    Suffisance!

    Le ministre Simon Jolin-Barrette n'accepte aucune critique. Il est toujours dans la vérité. Quelle suffisance! Comme si le représentant de l'ONU était un moins que rien, un ignare. Vraiment!

    M.L.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 16 août 2019 08 h 47

      @ Lebel
      Le représentant de l'ONU se mêle de ce qui ne le regarde pas. Il agit comme un représentant d'une métropole qui viendrait dire à sa colonie ce qu'il faudrait faire. Comme si on n'était pas assez grand pour s'occuper de nos affaires.

      C'est l'attitude de ce M. Beuze qui est prétentieuse, suffisante et méprisante même. Il est en effet ignare des affaires internes d'un gouvernement responsable et dûment élu. Je trouve qu'il ne méritait même pas qu'on le reçoive à l'Assemblée Nationale.

      Je serais curieux de voir comment il serait reçu ailleurs avec une pareille attitude. Ça manque de diplomatie, de tact et de respect.

    • Michel Lebel - Abonné 16 août 2019 09 h 22

      @ Jean-Marc Marcoux,

      Le Canada, y inclus donc le Québec, est membre de l'ONU. Celle-ci a donc le droit de donner son avis sur les politiques migratoires et autres de ses États-menbres. Le critique, il faut savoir l'accepter, même si cela peut faire mal. En matière d'immigration et d'accueil des réfugiés, le ministre Jolin- Barrette n'est pas le seul détenteur de la vérité!

      M.L.

    • Clermont Domingue - Abonné 16 août 2019 09 h 48

      Oui, le Ministre Jolin-Barrette aurait pû dire que les réfugiés sont un fardeau. Ils en sont un pour une période plus ou moins longue. Accepter cette réalité est une question de générosité. Pour le reste, j'appuie son propos.

  • Richard Lapointe - Abonné 16 août 2019 06 h 51

    Même à l'ONU il y a des imbéciles.

    Le ministre a bien fait de remettre le représentant e l'ONU à sa place.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 août 2019 07 h 06

    … Québec ?

    « M. Beuze, en sa qualité de représentant du haut-commissaire pour les réfugiés au Canada, fait ses propres choix, mais moi en ma qualité de représentant du peuple québécois, de la nation québécoise, j’ai le devoir de remettre les pendules à l’heure et c’est ce que j’ai fait » (Simon Jolin-Barrette, Ministre, MIDI, CAQ)

    Bien sûr que certes, mais une question :

    Qui a invité ce représentant de l’ONU à venir narguer le Québec dans ses politiques légitimes sur ou concernant le monde de l’Immigration ?

    Le Canada (ce pays si loin et si proche de nulle part) ou le …

    … Québec ? - 16 août 2019 –

    Ps. : Si j’avais été le ministre, ce haut personnage serait poliment renvoyé à l’ONU, tout simplement !

  • Gilles Bonin - Inscrit 16 août 2019 07 h 49

    Le «machin»

    comme disait DeGaulle en parlant de l'ONU qui est bien prompt à taper sur les sociétés démocratiques et qui traite avec des pincettes les exploiteurs de tout crin qui sévissent de par le monde. La suffisance n'était pas dans le camp de M. Jolin-Barrette, mais dans le petit arrogant donneur de leçon de l'ONU. Le monsieur qui savait, lui, ce qui devait être fait...

    • Michel Lebel - Abonné 16 août 2019 09 h 53


      Ce n'est pas la plus intelligente affirmation de Charles de Gaulle. Je préfère un monde avec l'ONU, si imparfaite soit-elle, qu'un monde sans elle. L'homme de Colombey, lui aussi, n'était pas parfait! Il a commis son lot d'erreurs.

      M.L.

  • Jean Lapointe - Abonné 16 août 2019 07 h 54

    L'ONU n.a pas de leçon a nous donner.

    « M. Beuze, en sa qualité de représentant du haut-commissaire pour les réfugiés au Canada, fait ses propres choix, mais moi en ma qualité de représentant du peuple québécois, de la nation québécoise, j’ai le devoir de remettre les pendules à l’heure et c’est ce que j’ai fait »

    Je trouve que monsieur Jolin-Barrette a bien répondu. L'ONU n'a pas de leçon à nous donner. C'est à nous de décider ce qui nous convient conformément à nos besoins. A ce que je sache l'ONU n'a aucune autorité sur nous. Bravo. Ils ne peuvent pas connaître à fond la situation dans laquelle nous sommes.