Véronique Hivon dit «non» à la chefferie du Parti québécois

Véronique Hivon a annoncé mardi qu’elle ne sera pas candidate à la direction du Parti québécois.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Véronique Hivon a annoncé mardi qu’elle ne sera pas candidate à la direction du Parti québécois.

« Ce n’est pas qu’il y avait un manque d’intérêt, loin de là, […] mais il arrive dans la vie que les conditions ne sont tout simplement pas réunies. » Prenant bien des observateurs de la scène politique par surprise, Véronique Hivon a fait un pas de côté mardi en annonçant qu’elle ne sauterait pas dans l’arène visant à conquérir la direction du Parti québécois.

La décision s’est imposée d’elle-même, a spécifié en mêlée de presse la députée de Joliette, invoquant une situation familiale « qui ne va pas changer dans trois jours ou trois semaines ».

« J’ai le sentiment, depuis que je suis en politique, que c’est le moment où ma famille a le plus besoin de moi et où j’ai le plus besoin d’être là pour ma famille. »

Plus tôt dans la journée, la députée, également maman, avait fait part de sa décision via sa page Facebook. « C’est par souci de clarté et de transparence que je souhaite communiquer ma décision dès aujourd’hui », avait-elle écrit, ajoutant vouloir préserver « le détail des raisons bien personnelles qui sont en cause par respect pour mes proches ».

La course à la succession de Jean-François Lisée n’aura lieu qu’en 2020. Mais dès l’automne prochain, le parti tiendra un congrès extraordinaire, permettant d’adopter un nouveau texte fondateur et de déterminer les règles du jeu de cette course qui ne semble, pour l’instant, ne susciter qu’un faible intérêt auprès des candidats potentiels. Seul Sylvain Gaudreault, qui a été chef par intérim en 2016, s’est montré intéressé à prendre les rênes du parti indépendantiste.

Le goût de continuer

En mêlée de presse, Véronique Hivon — qui était en réflexion depuis quelques mois et qui avait été candidate à la direction du Parti québécois en 2016 avant de se retirer pour des raisons de santé — a assuré ne pas vouloir quitter un navire à la dérive ; elle demeure d’ailleurs députée de Joliette. « (Ma décision) n’a rien à voir avec la situation du PQ aujourd’hui. […] J’ai le goût de continuer, j’ai le goût de m’investir », a-t-elle déclaré, se disant déterminée à « reconnecter » les Québécois avec le projet d’indépendance. « Je crois qu’on peut rebâtir les choses une brique à la fois. »

Le Parti québécois s’est lancé dans un vaste chantier de reconstruction au lendemain de l’élection du 1er octobre dernier, qui lui a fait vivre sa pire dégelée de l’histoire en ne récoltant que 17 % des voix. Des maigres dix députés que la formation souverainiste avait réussi à faire élire, une — Catherine Fournier — a depuis claqué la porte pour siéger comme indépendante. Le Parti québécois est aujourd’hui le troisième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, derrière Québec solidaire.

Le « quoi » avant le « qui »

Ce nouveau chapitre dans l’histoire du Parti québécois — une « page de liberté et de réinvention qui s’ouvre » — a le potentiel d’attirer de « très grands talents » prêts à reprendre la barre, croit Véronique Hivon que Jean-François Lisée avait auréolée l’an dernier du titre de vice-chef du Parti québécois.

Et de l’adversité naissent souvent de grandes choses, croit-elle. « La combativité ressort encore davantage et il y a un sentiment qu’on n’a rien à perdre. »

Ces talents attendent toutefois la tenue du congrès extraordinaire avant de se manifester, analyse la députée de Joliette. « On fait cette démarche, qui est une première au parti, de mettre le congrès extraordinaire, le « quoi », avant le « qui » […] On a cette chance de bâtir notre socle commun ensemble, du bas vers le haut. »

Une démarche qui permettra de redéfinir les idées et l’identité du parti avant de choisir le messager. « Trop souvent dans le passé, on s’est lancé dans des courses à la chefferie en cherchant un sauveur. […] Et en prenant la personne, on prenait les idées de cette personne », déplore-t-elle.

Conciliation travail-famille

En annonçant qu’elle baissait pavillon en vue de la course à la chefferie, Véronique Hivon a insisté pour dire que cela ne signifiait en rien que la conciliation politique-famille est impossible. « Je pense d’ailleurs en être un exemple clair (que c’est possible), étant devenue députée et mère à dix jours d’intervalle à peine, puis ministre, candidate à la chefferie et vice-chef », a-t-elle déclaré.

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3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 août 2019 05 h 16

    … oui !

    « Je crois qu’on peut rebâtir les choses une brique à la fois. » (Véronique Hivon, députée, PQ)

    Effectivement et de la décision de Mme Hivon concernant la chefferie de sa formation, il est comme essentiel que la « reconstruction du PQ » se réalise pas à pas et d’une brique à la fois, histoire de renforcer ce qui l’a mise au monde !

    Retrouver ou revaloriser l’âme du PQ nécessite efforts et confiance, surtout des témoins frais et dispo capables ou en mesure d’assumer, sans honte ni réserve, tout chantier menant au passage de l’autonomie à l’autodétermination de Peuple, notamment celle du Québec !

    Rebâtir les choses ?

    Bien sûr que …

    … oui ! - 7 août 2019 -

  • Gilles Bonin - Inscrit 7 août 2019 07 h 21

    Mme Hivon

    a de bonnes raisons de ne pas solliciter la chefferie du PQ. Et la première, celle dont on ne dit mot ou si peu: c'est un tel foutoir, malheureusement. La prochaine étape, encore malheureusement, sera peut-être son retrait de la vie politique. Si le PQ a un avenir, je ne sais pas où il est... pour un avenir prévisible, s'il en reste encore un.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 août 2019 09 h 47

      Moi aussi monsieur Bonin, je suis d'avis que ce n'est qu'une première étape vers son retrait de la vie politique.

      Ce n'est pas sans mérite de la part de madame Hivon qui est sans égal, et qui conserve encore aujourd'hui l'estime de toute la population. Même de ses adversaires.