La CAQ ne fait pas de partisanerie avec les inondations, réplique Andrée Laforest

Il n’y a eu aucune partisanerie dans les correctifs apportés à la zone du moratoire qui interdit la reconstruction et la construction en zone inondable, a soutenu la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, mardi en entrevue au Devoir.

« C’est complètement farfelu de dire qu’on y est allés en fonction des élus, mais en même temps, vous comprendrez qu’on est 75 députés de la Coalition avenir Québec (CAQ), alors ça se peut qu’il y ait plus de comtés ou de municipalités qui sont travaillés », a-t-elle affirmé.

La moitié des 12 municipalités retirées de la zone d’intervention spéciale (ZIS) vendredi sont dans la circonscription de Soulanges, représentée par la députée caquiste Marilyne Picard.

Or, dans la circonscription adjacente de Vaudreuil, détenue par la députée libérale Marie-Claude Nichols, la mairesse de Notre-Dame-de-l’lÎe-Perrot, Danie Deschênes, attend toujours. Un peu moins de 200 résidences de sa municipalité sont toujours sur la carte délimitant la ZIS, même si elles n’ont jamais été inondées et qu’elles ne sont pas à risque de l’être. Certaines maisons sont même à cheval sur la zone.

« J’en viens à me questionner : coudonc, est-ce qu’on fait de la politique partisane ici », avait demandé la mairesse en entrevue au Devoir la veille.

« C’est incroyable d’avancer cette possibilité-là, parce qu’on y est toujours allés en fonction de la sécurité des citoyens et des municipalités, mais en même temps, les municipalités qui travaillent plus rapidement, on les traite plus rapidement », a répondu Mme Laforest.

Elle soutient avoir suivi à la lettre la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme avant de décréter le territoire pour l’application du moratoire.

Elle rejette l’idée qu’elle aurait dû consulter les municipalités avant de publier la première carte délimitant la ZIS puisque cela aurait alimenté la « course aux permis ».

« Il fallait déposer le plus rapidement possible le projet de décret parce qu’on aurait eu énormément de construction encore en zone inondable », s’est défendu la ministre en ajoutant que les crues coûtent « une fortune » aux contribuables.

Un travail de moine

La colère gronde dans certaines municipalités riveraines depuis la publication d’une première carte contenant des inexactitudes. À celles qui se plaignent de devoir gérer ce fardeau inattendu en pleine période estivale, Mme Laforest répond qu’il est normal qu’elles le fassent.

« Nous, comme gouvernement, on fait un énorme travail et les municipalités, c’est leur travail d’accueillir les demandes des citoyens », a-t-elle affirmé en ajoutant qu’elle avait vécu le déluge du Saguenay en 1996.

« C’est aux maires et aux mairesses de rassurer les citoyens, a-t-elle fait valoir. Quand je vois une mairesse qui fait peur à ses citoyens, je trouve ça triste. »

Ces propos ont sidéré l’élue visée de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot.

« Faut vraiment qu’ils vivent sur une autre planète pour dire des choses comme ça, s’est exclamée Danie Deschênes au téléphone. Honnêtement, les citoyens eux-mêmes nous écrivent. On n’invente pas de choses. »

Quand je vois une mairesse qui fait peur à ses citoyens, je trouve ça triste

Elle a ajouté qu’il était difficile pour sa municipalité de se dépêcher pour répondre au gouvernement puisqu’elle dispose de ressources limitées. Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, qui a une population de quelque 10 500 habitants, compte trois employés dans son service d’urbanisme.

« C’est du travail de moine parce qu’il faut cogner aux portes, les gens sont en vacances, a indiqué pour sa part le maire de Beaconsfield, Georges Bourelles.

La Ville a envoyé une lettre à chacun des 197 propriétaires dont la résidence ne devrait pas se retrouver dans la ZIS afin qu’ils remplissent le formulaire à remettre au gouvernement.

« On n’a jamais eu d’inondations », s’est-il exclamé en précisant que le conseil municipal avait adopté une résolution d’urgence le 15 juillet pour exprimer son désaccord. Deux lettres envoyées à la ministre sont demeurées sans réponse.

Méthodologie critiquée

La spécialiste du comportement des rivières, Pascale Biron, s’interroge sur la méthodologie utilisée par le gouvernement.

« C’est comme s’ils sont partis avec la prémisse de base que c’était normal de présenter des cartes un peu approximatives pour ensuite les peaufiner, a-t-elle avancé. C’est un peu étrange, selon moi, comme scientifique. »

« C’est un travail de rigueur qu’on fait », a soutenu la ministre Laforest.

Les citoyens touchés ont jusqu’au 19 août pour demander des correctifs à leur municipalité, mais d’autres modifications continueront d’être apportées d’ici là. Elle croit que la majorité soumettra les informations pertinentes au ministère à temps, mais précise que le gouvernement continuera à apporter des modifications après la date butoir si nécessaire.

Depuis la publication de la première version de la carte délimitant la ZIS en juin, 42 municipalités ont été retranchées en totalité ou en partie. Cette zone doit en principe inclure des résidences situées dans des zones inondables de cote de récurrence de 20 ans et celles qui ont été inondées en 2017 et en 2019, mais elle comporterait encore des erreurs.

Le fait d’être inclus dans la ZIS peut avoir des conséquences importantes pour les citoyens. Le coût de leur assurance habitation peut monter en flèche, quand on ne leur refuse pas simplement une couverture. Ils perdent également la possibilité de faire quelque rénovation que ce soit.

1 commentaire
  • Yvon Pesant - Abonné 24 juillet 2019 07 h 07

    Parti pris... en considération?

    On dirait bien que plus ça change plus c'est pareil en politique "provinciale".

    Madame Laforest aura beau dire bien haut que ce n'est pas du tout le cas qu'il y en a qui vont travailler fort pour lui rabattre le CAQuet.