Inondations: inexactitudes et changements de règles font rager des municipalités

Des hommes en chaloupe lors des dernières inondations printanières, à Rigaud
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des hommes en chaloupe lors des dernières inondations printanières, à Rigaud

La colère gronde toujours dans certaines municipalités sous le coup du moratoire imposé en juin par le gouvernement Legault pour interdire la reconstruction et la construction en zone inondable.

« C’est une catastrophe », s’exclame la mairesse de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, Danie Deschênes, en entrevue. Celle-ci doit faire face à la frustration des citoyens devant cette décision qui ne relève pas de la Ville. Un peu moins de 200 résidences de sa municipalité sont toujours sur la carte délimitant la zone d’intervention spéciale (ZIS), même si elles n’ont jamais été inondées et qu’elles ne sont pas à risque de l’être. Certaines maisons sont même à cheval sur la zone.

« Ça a été mal pensé, mal conçu, mal envoyé, très mal communiqué, ajoute-t-elle. En fait, ils ont mis ça dans la cour des villes sans même nous demander notre avis, qui est quand même assez pertinent. On connaît notre territoire. »

La nouvelle carte publiée la semaine dernière pour corriger une première version erronée contient toujours des inexactitudes, selon la mairesse. La ZIS doit en principe inclure les résidences situées dans des zones inondables de cote de récurrence de 20 ans et celles qui ont été inondées en 2017 et en 2019.

« Ils ont fait un coup de pinceau sur le Québec sans même réfléchir à l’impact humain qu’il pouvait y avoir », remarque Mme Deschênes.

Après avoir retranché 30 municipalités de la ZIS en début de semaine dernière, les ministères des Affaires municipales et de l’Environnement en ont retiré 12 autres quelques jours plus tard — en totalité ou en partie. Mme Deschênes a eu la surprise de constater que Notre-Dame-de-l’Île-Perrot ne faisait pas partie de la liste. Or, la moitié des municipalités retranchées vendredi sont dans la circonscription voisine de Soulanges, représentée par la députée caquiste Marilyne Picard. Le comté adjacent de Vaudreuil est détenu par la députée libérale Marie-Claude Nichols.

« J’en viens à me questionner : coudonc, est-ce qu’on fait de la politique partisane ici ? Parce que les îles qui sont dans Soulanges ont été retirées et Notre-Dame-de-l’Île-Perrot étant dans Vaudreuil, on ne regarde même pas la ville, ce qui est inacceptable », soutient Mme Deschênes.

La députée libérale n’a pas voulu présumer lundi des motivations du gouvernement, mais elle a dénoncé en entrevue l’improvisation dont il fait preuve.

« Je suis découragée parce que je me [demande si] on va faire un travail à la pièce, remarque Mme Nichols. C’est la troisième version de la carte. Pourquoi est-ce qu’on ne travaille pas de façon intelligente, de façon logique ? »

[Les ministères des Affaires municipales et de l’Environnement] ont fait un coup de pinceau sur le Québec sans même réfléchir à l’impact humain qu’il pouvait y avoir

Elle s’attend à ce que d’autres correctifs soient apportés avant le 19 août, date limite pour signaler toute inexactitude sur la carte de la ZIS.

Le Devoir a tenté lundi d’obtenir les commentaires de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, mais n’a pas obtenu de réponse de son cabinet.

Conséquences pour les citoyens

À une vingtaine de kilomètres de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, l’arrondissement montréalais de Pierrefonds-Roxboro a dénoncé par communiqué le manque de communication de la part du gouvernement et le fardeau administratif qu’il a laissé, sans préavis, aux municipalités, en pleine période estivale.

« C’est eux qui ont lancé les règles et ils ne sont pas là pour les expliquer », regrette la porte-parole de l’arrondissement, Joanne Palladini.

Le fait d’être inclus dans la ZIS peut avoir des conséquences importantes pour les citoyens. Le coût de leur assurance habitation peut monter en flèche, quand on ne leur refuse pas simplement une couverture. Ils perdent également la possibilité de faire quelque rénovation que ce soit.

Les propriétaires qui veulent être exclus de la ZIS doivent, depuis le 15 juillet, remplir un formulaire signé par le directeur général de leur municipalité. « C’est comme ça qu’on a appris par les citoyens que le plan de match avait été changé », déplore Mme Palladini.

Elle a invité les fonctionnaires du ministère des Affaires municipales à venir ouvrir un bureau temporaire dans les locaux de l’arrondissement pour répondre aux questions des propriétaires résidentiels. Au moment où ces lignes étaient écrites, 76 citoyens de Pierrefonds-Roxboro avaient rempli le formulaire pour contester leur inclusion dans la ZIS.

« On nous demande de certifier la valeur de certains documents qui pourraient être fournis par les citoyens, maison n’a pas l’expertise pour le faire », souligne la porte-parole.

Plus de questions que de plaintes

À l’extérieur de la région de Montréal, la situation suscite moins de mécontentement. La Fédération québécoise des municipalités (FQM) dit avoir reçu davantage d’appels de ses membres concernant des questions que des plaintes. Son président espère toutefois que le gouvernement terminera l’élaboration des cartes des zones inondables rapidement.

« Mettre un moratoire, pour moi, c’est correct à ce stade-ci, mais il ne faut pas qu’il traîne pendant un an ou deux », déclare Jacques Demers.

La FQM demandera tout de même au gouvernement de reporter la date limite, d’abord fixée au 19 août, pour donner le temps aux MRC de faire l’analyse de chacun des cas particuliers. La durée du moratoire demeure indéterminée. Il sera levé lorsque le gouvernement se sera doté de nouvelles règles d’aménagement du territoire en zone inondable et d’une meilleure cartographie de ces endroits.

2 commentaires
  • Jacques Patenaude - Abonné 23 juillet 2019 09 h 05

    Les municipalités sont le vrai problème des inondés

    Je demeure en zone inondable et j'espère que le gouvernement ne cédera pas aux municipalités. Dans cette affaire le laxisme des municipalités est largement responsable de la situation. Les écouter ne ferait que prolonger le problème. Les véritables conséquences vécues par les citoyens concerné c'est que mal informés par une réglementation laxiste ils ont pris les mauvaises décisions pour la construction ou la rénovation de leur demeure. Oui si rien n'est fait "Le coût de leur assurance habitation peut monter en flèche, quand on ne leur refuse pas simplement une couverture". Croyez-vous vraiment que si ma maison est déclaré hors de la zone inondable et que mes voisins ne le sont pas la couverture de ma résidence sera exclue par les assureurs de la hausse anticipée?
    Ceux qui, vivant en zone inondables en sont conscient et adaptent leurs résidences à cette réalité n'ont pas de problèmes mais malheureusement le laxisme des municipalités fait en sorte que trop de monde construisent ou rénovent sans tenir compte de cette réalité. Les municipalités au lieu de tenter de nier la réalité devrait plutôt revendiquer des programmes de mise à niveau des résidences concernées pour qu'elles soient adaptées à la réalité des inondations.

  • Gilles Bonin - Inscrit 23 juillet 2019 23 h 41

    Une politique radicale:

    tu as construit en zone inondable, débrouille-toi; tu as construit en zone «temporairement non-inondable» pour cause de digue, donc en zone potentiellement inondable quand-même: débrouille-toi; si tu es inondé, c'est que c'était inondable donc: débrouille-toi. Après quelques événements «mouillés», vous verrez les cas diminuer et on n'en entendra plus parler. C'est radical? Ben, oui: lisez le titre.