François Legault inquiète les anglophones

Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network (QCGN)
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network (QCGN)

« C’est un climat très très inquiétant. » Plusieurs membres influents de la communauté anglophone dénoncent des relations difficiles avec un gouvernement Legault jugé « déconnecté ». Au coeur du problème : un manque de sensibilité de Québec envers les minorités, disent-ils.

Loi sur la laïcité, transfert de deux écoles de la Commission scolaire English-Montréal dans le réseau francophone, abolition annoncée des commissions scolaires : la communauté anglophone a trouvé en neuf mois de gouvernance caquiste de nombreux dossiers litigieux qui auront des ramifications juridiques articulées autour des droits de la communauté linguistique minoritaire.

Les inquiétudes sont vives et traduisent un manque de confiance important envers le gouvernement Legault, selon les intervenants contactés cette semaine par Le Devoir. « Absolument », répond Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network (QCGN). C’est lui qui évoque un climat « très très » préoccupant.

On ne peut pas assujettir les droits des minorités à un sondage

« Nos acquis dans la communauté sont à risque », estime celui qui vient de signer une entente de collaboration avec des organismes franco-ontariens et acadiens pour établir un rapport de force plus grand en matière de défense des droits linguistiques. « Je ne pense pas que le gouvernement a un programme politique contre la communauté. Ce n’est pas ciblé contre nous. Mais nous sommes toujours une victime collatérale. »

Selon M. Chambers, cela traduit un problème fondamental avec le gouvernement Legault. « Ils sont ignorants des droits de la communauté [anglophone] et ce n’est pas une priorité pour eux. Quand leurs priorités politiques vont à l’envers de nos intérêts, ils s’en foutent un peu. »

La force de la majorité

« C’est un gouvernement qui gère en disant : “Nous avons un sondage qui indique que nos gestes sont populaires”, ajoute Geoffrey Kelley. Mais ça fait souvent fi du droit des minorités. »

L’ancien ministre libéral préside une nouvelle alliance provinciale d’une quarantaine d’organismes communautaires représentant les Québécois d’expression anglaise et unis pour défendre les commissions scolaires (APPELE-Québec).

« On ne peut pas assujettir les droits des minorités à un sondage », soutient M. Kelley. « Au Québec ou ailleurs, la volonté de la majorité va souvent à l’encontre de celle des minorités : c’est pourquoi on doit bâtir des droits pour protéger ces minorités contre les humeurs de la majorité. » Geoffrey Kelley estime ainsi que « ce gouvernement devra démontrer une meilleure compréhension du principe de ce que sont les droits des minorités ».


Écart
 

L’écho est similaire auprès de Russell Copeman, directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec. « Il y a manifestement une différence d’opinions marquée entre les organismes de la communauté et le gouvernement », indique-t-il.

« On communique assez aisément, la réponse est polie, on écoute… mais il n’y a aucun ajustement, ajoute M. Copeman. Et c’est là que le bât blesse : on exprime nos préoccupations, le gouvernement prend note et c’est tout. Entre le début et la fin du processus, il n’y a pas de changement. »

Pour le chercheur Jack Jedwab (Association d’études canadiennes), observateur attentif des relations entre les communautés anglophones et francophones depuis une trentaine d’années, la situation actuelle révèle des « frictions importantes ».

« Je sens qu’il y a chez François Legault de la bonne volonté pour toucher la communauté anglophone, mais dans le message, il y a déconnexion » avec les priorités des anglophones.

« C’est à la fois un problème sur les questions de fond et sur la manière de mener le dialogue », pense-t-il en évoquant, lui aussi, le réflexe du gouvernement de justifier par l’appui de la majorité des décisions affectant surtout les minorités.

« Il y a de gros malentendus, et il semble que ça va se régler par des processus judiciaires. Ce n’est certainement pas la meilleure solution pour ce genre de situation. »

Québec tempère

Joint vendredi, Christopher Skeete — adjoint parlementaire du premier ministre pour les relations avec les Québécois d’expression anglaise — ne nie pas qu’il y a des tensions, mais il estime que « les relations avec la communauté vont, somme toute, bien ».

« Il ne faut pas croire que la communauté est un bloc monolithique où tout le monde pense de la même façon », soutient celui qui est en charge du secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise. « C’est plus compliqué que cela. »

Il y aurait donc décalage entre le discours des dirigeants d’organismes et les préoccupations des anglophones ? « Je peux le garantir », répond le député Skeete, qui avait fustigé le président du QCGN dans un communiqué en mai et qui assure « qu’au-delà de QCGN, nous avons obtenu des échos positifs de la part d’autres organismes de la communauté ».

Selon M. Skeete, deux éléments brouillent les perceptions. « Le Québec sort d’un cycle de 50 ans où les Québécois d’expression anglaise se sentaient menacés par la possibilité d’un Québec indépendant. Il y a encore des membres dans la communauté qui sont dans cette bataille, même si nous ne sommes plus là. »

Au-delà de cette méfiance envers un gouvernement prônant tout de même un fort nationalisme, il y a aussi les habitudes, ajoute le député. « Les libéraux ont été là pendant près de 15 ans, la communauté était habituée à un certain style de gouvernement. »

Filière libérale

La Coalition avenir Québec a activement courtisé les anglophones avant les dernières élections. Dans une publicité diffusée en 2017, on entendait notamment François Legault inviter les anglophones « tannés d’être pris pour acquis par les libéraux » à se joindre aux caquistes.

Mais le parti a-t-il assez de contacts auprès de cette communauté ? En octobre, le Parti libéral a remporté la victoire dans 27 des 28 circonscriptions ayant la plus forte proportion d’électeurs non francophones. La filière libérale demeure puissante dans la communauté : Geoffrey Chambers (ex-vice-président anglophone du Parti libéral du Québec) et MM. Kelley et Copeman (longtemps députés libéraux à Québec) ont de profondes racines dans ce parti.

Christopher Skeete dit qu’il est « un peu simpliste de penser que ça prend des Anglais [au sein du gouvernement] pour montrer que cette minorité est considérée ». Il affirme qu’il travaille activement à bâtir des liens avec la communauté, et que la réponse du milieu communautaire est notamment très bonne. « Mais c’est sûr qu’il y a certains différends. »

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82 commentaires
  • Raynald Collard - Abonné 13 juillet 2019 03 h 34

    Bla bla bla

    Tellement entendu ce discours au temps des années fleurdelysées. Nous en sommes peut-être même immunisés? Ce victimistme de luxe qui nous roule au nez dans la Jaguar des certitudes coloniales ne nous émeut plus. Ne nous impressionne plus, ne nous fait plus peur. Philippe Couillard et le prochain chef du PLQ n'ont pas compris, ne comprennent pas, ne comprendront pas que les paradigmes ont changé entre la vraie minorité de ce pays et la vraie majorité.

    "Mêlez-vous de vos affaires" pourrait bien remplacer pour un temps le "Je me souviens" sur nos plaques d'immatriculation, non?

    Raynald Collard, St-Antoine-sur-Richelieu

    • Pierre Beaulieu - Abonné 13 juillet 2019 14 h 37

      De plus, tout ce branlebas sent la propagande typique d'un parti Libéral frustré par sa récente défaite. Ses plus fidèles partisans du 'West Island" ont visiblement pris les choses en mains.

  • Gilles Bonin - Abonné 13 juillet 2019 04 h 52

    Comme

    on le voyait se profiler, notamment pour la loi sur la laïcité, minorité religieuse égale minorité linguistique, égale minorité anglophone. La rengaine revient...

  • Jérôme Faivre - Inscrit 13 juillet 2019 05 h 47

    Le Devoir inquiète les québécois

    Le Devoir n'a rien de mieux à faire pendant l'été et contacte des intervenants de «la communauté anglophone» pour vérifier si ils sont heureux et contents !

    On pourrait rire, mais c'est bien ce qu'a fait le Devoir, après être tombé cette semaine dans une quasi-dépression parce qu'il n'a pas été autorisé à prendre des photos du Salon Bleu pour le retrait du crucifix (Catherine Lalonde le 11 juillet dernier).

    La direction de la rédaction est bien entrée dans une sorte d'errance permanente. La recherche de victimes de la majorité québécoise semble une obsession et constituer la seule option rédactionnelle pour survivre.

    Le Devoir qui,* deux jours* après l'élection du nouveau gouvernement titrait «Pas de pardon pour les croyants qui s'affichent», qui pendant des semaines, s'est évertué à publier des photos de femmes voilées et à colporter l'image d'un gouvernement et d'une majorité québécoise au bord du racisme et de l'intolérance, vient maintenant pleurer sur le sort des anglophones au Québec.

    Faut le lire pour le croire.

    Les québécois devraient plutôt être inquiets du biais anti québécois et radicalement multiculturel du journal qui devient une sorte de vivier pour tout ce qui peut être favorable au «Québec bashing» .

    Et après on viendra demander des sous pour un journal qui se targue d'être indépendant. Ce n'est pas nécessaire. Il y a déjà des organes de presse qui font exactement le même travail.

    Fais ce que tu dois pour le Canada, telle est la nouvelle devise d'une feuille de chou de moins en moins nationale et de plus en plus régionale, au service des «communautés».

    Espérons encore une prise de conscience et un sursaut d'orgueil pour le Québec, mais ça semble mal parti.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 juillet 2019 15 h 49

      En tout respect, je ne suis pas d'accord! Cette question a fait les manchettes ces derniers jours. Il fallait que Le Devoir fouille ce dossier.

      En 2019, on parle, encore, de censure!

    • Yves Graton - Abonné 13 juillet 2019 17 h 56

      et Henri Bourassa, Gérard Filion et Claude Ryan se sont retournés dans leurs tombes en répétant :
      ." silence dans l'azur. Chaque atome de silence est la chance d'un fruit mûr ."
      Et Brian Myles a souri et tourné la page.
      ALEA JACTA EST

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 juillet 2019 07 h 15

      J’ai voté OUI en 1980. Je suis indépendantiste depuis le 23 juin 1990, au soir du rejet de Meech. J’ai, bien sûr, applaudi la loi 21; je l’ai même trouvée timorée, car j’aurais inclus les écoles privées et les CPE. Je sais, bien sûr, qu’il n’y a aucune comparaison à faire entre la situation des Francophones hors Québec et celle des Anglo Québécois.

      Cependant, j’ai une certaine réserve dans le dossier des commissions scolaires. J’ai bien hâte que la CAQ nous dise ce qu’elle veut faire et où elle se situe par rapport à la prétention des Anglo Québécois : à savoir qu’ils sont protégés par la constitution. Si on remplace la structure "commission scolaire" par une autre structure différente, cela serait-il contestable au plan constitutionnel? Je regrette...mais on est toujours régi par L'ILLÉGITIME 1982.

      L’article ci-dessus, quant à moi, c’est tout simplement de l’information pertinente suite à l’actualité récente; ce n’est pas un éditorial ni une chronique. En tout respect, ne tirons pas sur le messager.....mais sur le message ! :)

  • Pierre Grandchamp - Abonné 13 juillet 2019 06 h 47

    Au sujet des commissions scolaires, il est grand temps que la CAQ accouche

    Je ne veux pas discuter si c'est correct ou pas de faire disparaître les commissions scolaires.

    Il est grand termps que le gouvernement précise son projet. Je trouve, d'une partt, qu'il entretient le mythe de tout remettre entre les mains des écoles.

    Et puis, oui, les Anglo Québécois ont des droits dans ce dossier..

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 juillet 2019 13 h 12

      Ou plutôt les Anglo Québécois disent qu'ils ont des droits.En ce qui me concerne, il faut éclaircir cela avant de mettre la hache dans les commissions scolaires.Eh oui, nous sommes encore dans le Canada!

  • Jean Lacoursière - Abonné 13 juillet 2019 06 h 52

    Des membres influents de la communauté anglophone disent le gouvernement Legault a :

    « Un manque de sensibilité de Québec envers les minorités. »

    Or, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les anglophones du Québec ne forment pas une minorité linguistique.

    Le Québec fait partie du Canada et les anglos vivant au Québec font partie de l'écrasante majorité canadienne-anglaise, une langue aussi parlée par des centaines de millions de personnes au sud du Canada.

    On a déjà vu plus précaire que çà.