La loi québécoise sur la laïcité de l’État divise les Canadiens

Les premiers ministres des provinces et territoires lors de la conférence de presse clôturant leur rencontre.
Photo: Jonathan Hayward Les premiers ministres des provinces et territoires lors de la conférence de presse clôturant leur rencontre.

La Loi sur la laïcité de l’État divise les Canadiens, comme le montre un sondage Nanos commandé par The Globe and Mail.

Près de 45 % des Canadiens dont les Québécois approuvent l’interdiction du port de signes religieux touchant certains employés de l’État québécois. Parmi les 1000 répondants, 29 % ont dit « appuyer la Loi 21 » et 15,5 % ont dit « plutôt l’appuyer ».

Moins d’un mois après son adoption par l’Assemblée nationale, la Loi recueille toujours un large appui au sein de la population québécoise (62 %).

Mais, l’appui populaire à la Loi sur la laïcité de l’État fléchit considérablement à l’extérieur des frontières québécoises. En effet, 45 % des Britanno-Colombiens se disent d’accord avec celle-ci, contre 39 % des résidents des Prairies, 37,2 % des personnes des provinces atlantiques et 36 % des Ontariens.

Les Canadiens sont majoritairement (53 %) opposés à l’interdiction frappant les agents de l’État québécois en position de coercition policiers, constables spéciaux, gardes du corps, procureurs, juges, gardiens de prison ainsi que les directeurs et les enseignants des écoles primaires et secondaires publiques. En effet, 39 % des personnes interrogées par Nanos y sont « opposées » et 14 % y sont « plutôt opposées ».

Les Canadiens n’invitent pas pour autant le gouvernement fédéral à contester la « Loi 21 » devant les tribunaux, indique le sondage. Précisément, 48 % des personnes sondées soutiennent qu’Ottawa ne « devrait pas entreprendre un recours juridique » afin de faire invalider la loi controversée.

Le sondage Nanos montre aussi une divergence de vues entre les femmes et les hommes sur l’interdiction du port de signes religieux. 57 % des femmes désapprouvent la « Loi 21 » comparativement à 48,5 % des hommes.

Les résultats du coup de sonde ont paru dans l’édition de jeudi du quotidien The Globe and Mail au moment même où les premiers ministres des provinces et des territoires étaient réunis à Saskatoon. Le premier ministre du Québec, François Legault, s’en est d’ailleurs emparé durant la conférence de presse de clôture du Conseil de la fédération. « Il n’y a pas unanimité au Canada ? on le voit dans un sondage ce [jeudi] matin sur l’interdiction des signes religieux pour les personnes en autorité, c’est très partagé partout au Canada », a-t-il souligné à gros traits.

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a néanmoins pris soin d’affirmer sa vive opposition à la « Loi 21 » directement à son homologue québécois, François Legault, durant la journée. À ses yeux, la législation québécoise est « dangereuse », « potentiellement oppressive », en plus d’être contraire aux valeurs canadiennes, avait-il dit à la presse mercredi.

« Nous ne nous entendons pas sur la « Loi 21 ». Les gens du Manitoba célèbrent la diversité. Je suis convaincu que le pays le pense aussi. Je ne pense pas que nous devons cacher cela », a-t-il dit dans la foulée de son échange avec M. Legault. Le premier ministre québécois demeure selon lui « un brave homme », a-t-il poursuivi, tout en ajoutant que l’Assemblée nationale avait toute la légitimité nécessaire de légiférer afin de renforcer la laïcité de l’État comme elle l’a fait le 16 juin dernier.

À ce moment-là, « la question a été tranchée », a fait valoir de son côté M. Legault, rappelant à ses confrères des autres provinces que le projet de loi 21 avait passé la rampe du Parlement québécois grâce à l’appui de deux formations politiques ayant recueilli plus de la moitié des suffrages lors des dernières élections générales.

Le sondage Nanos Research commandé par The Globe and Mail a été réalisé par téléphone et en ligne auprès de 1000 Canadiens âgés de 18 ans et plus du 29 juin au 4 juillet dernier. Par comparaison, un échantillon probabiliste similaire aurait une marge d’erreur d’environ plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.