François Legault se trouve de nouveaux alliés à Saskatoon

François Legault quitte la salle après s’être adressé à la presse avec le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne François Legault quitte la salle après s’être adressé à la presse avec le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe.

François Legault gagne l’appui de ses homologues provinciaux dans sa lutte pour accroître l’immigration économique, mais toujours pas celui d’Ottawa.

Le gouvernement Trudeau a soumis une offre en juin pour régler l’ensemble des revendications du Québec en immigration, a appris Le Devoir d’une source proche des négociations. Ottawa attend toujours la réponse de l’équipe de François Legault.

Or, le premier ministre québécois a trouvé mercredi des alliés inattendus en ses homologues des autres provinces et territoires.

À près de trois mois des élections fédérales, « ils demandent au gouvernement fédéral de parvenir à une cible minimale de 65 % en ce qui concerne l’admission des immigrants économiques : travailleurs spécialisés, des gens d’affaires et des entrepreneurs », peut-on lire dans le communiqué du Conseil de la fédération. Celui-ci a été le fruit d’âpres négociations entre les délégations des 10 provinces et des territoires.

Le chef du gouvernement ontarien, Doug Ford, plaide comme lui pour une hausse de l’immigration économique « à une cible minimale de 65 % des admissions annuelles de candidats, notamment des travailleurs qualifiés, des gens d’affaires et des entrepreneurs, afin de satisfaire adéquatement les besoins du marché du travail ».

Approches différentes

M. Ford et M. Legault ont cependant des divergences d’opinions sur la façon d’y parvenir. En effet, l’Ontario entend augmenter le nombre d’immigrants totaux admis sur son territoire, ce qui lui permettrait d’accroître la proportion d’immigrants économiques — actuellement à 54 % — sans réduire le nombre absolu de réfugiés ou de personnes admis en fonction du programme fédéral dans la province.

Les premiers ministres ont souligné que « les provinces et les territoires demeurent les mieux placés pour décider des critères de sélection, en fonction de leurs besoins et de leurs priorités ».

M. Legault était ravi à sa sortie du Conseil de la fédération, mercredi soir. Il est convaincu que cet appui crée un rapport de force en défaveur d’Ottawa.

« On a le soutien de toutes les provinces et de tous les territoires pour appuyer un changement quand même important ! » a-t-il lancé.

Les discussions entre Québec et Ottawa achoppent sur le gel du nombre de réfugiés accueillis en sol québécois et sur la faible augmentation du nombre d’immigrants issus de la réunification familiale proposée par le gouvernement Legault.

Ottawa a proposé un processus plus rapide pour l’arrivée de nouveaux arrivants qui pourraient combler la pénurie de main-d’oeuvre et a offert plus de flexibilité pour que les travailleurs temporaires puissent rester, mais demeure ferme sur les réfugiés et la réunification familiale. Il s’attend à ce que le Québec prenne en charge 23 % des réfugiés acceptés dans le pays, en vertu de l’Accord Canada-Québec sur l’immigration. Le gouvernement Trudeau souligne que la faible augmentation du nombre d’immigrants issus de la réunification familiale risque, quant à elle, de créer des délais plus longs au Québec pour le traitement des demandes que dans le reste du pays.

Ottawa a également émis une fin de non-recevoir pour les tests de français et des valeurs que le gouvernement voulait faire passer aux immigrants.

Le plan de triage annulé

De son côté, le gouvernement Legault dénonce l’élimination en douce d’un projet-pilote pour trier les demandeurs d’asile qui traversent la frontière canado-américaine près de Saint-Bernard-de-Lacolle. Ottawa a récemment mis fin à ce programme, faute d’appui de l’Ontario.

Seulement cinq familles ont été transférées à Chatham-Kent, une municipalité d’un peu plus de 100 000 habitants, située à environ 300 kilomètres au sud-ouest de Toronto.

Québec a invité mercredi le gouvernement fédéral à « prendre ses responsabilités » et à « effectuer un triage à la frontière en fonction des lieux de destination ».

Cette question fait partie des revendications du Québec avec Ottawa pour gérer l’affluence des demandeurs d’asile à la frontière. Le gouvernement Legault réclame également 300 millions pour compenser les frais de l’accueil des migrants. Dans sa nouvelle offre, Ottawa a proposé une somme qui serait en deçà des 300 millions réclamés par Québec, mais au-delà des 165 millions déjà proposés.

L’électricité du Québec n’intéresse pas Doug Ford

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, reste indifférent à l’hydroélectricité québécoise, malgré la promesse de son homologue québécois, François Legault, de lui faire un « deal qu’il ne pourra pas refuser ». « It’s a pretty firm no at this point », a affirmé son attachée de presse Ivana Yelich, durant une rencontre bilatérale entre M. Ford et M. Legault en marge du Conseil de la fédération. Dans un communiqué conjoint, M. Legault et M. Ford ont promis de « continuer leurs discussions en lien avec leurs engagements d’assurer un accès à de l’électricité plus abordable et plus fiable pour nos familles et nos entreprises ». « Cela ne veut pas dire que l’Ontario achètera de l’hydroélectricité du Québec », a par la suite précisé Mme Yelich de l’équipe « Ford Nation ». Il s’agit de la deuxième rebuffade essuyée par M. Legault en huit mois. Le chef du gouvernement québécois ne baisse pas les bras pour autant. M. Legault présente l’énergie hydraulique comme une solution de rechange économique à l’énergie nucléaire approvisionnant la population ontarienne. Il propose aussi d’embaucher des travailleurs ontariens afin de construire de nouveaux barrages pour produire de l’énergie destinée à l’Ontario.

Jolin-Barrette suspend un programme pour étudiants étrangers

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a émis un décret mercredi pour suspendre immédiatement, et ce, jusqu’au 1er novembre 2019, les demandes faites en vertu du Programme de l’expérience québécoise, qui permettait aux étudiants étrangers d’immigrer après leurs études. Le gouvernement veut donner la priorité aux personnes qui occupent un emploi au Québec. Il fait une exception pour ceux qui avaient un permis de travail valide entre le 10 juillet et le 1er novembre et pour certains candidats dont la demande a été annulée dans le cadre de la réforme de l’immigration.

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2 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 11 juillet 2019 14 h 03

    Personne ne sera surpris de voir que « Ottawa a également émis une fin de non-recevoir pour les tests de français et des valeurs que le gouvernement voulait faire passer aux immigrants.»... Surtout les tests de Français j'imagine.

    C'est simple, ne communiquons qu'en Français avec les nouveaux arrivants. La nécessité leur fera apprendre la langue du pays.

    De toutes façons en Allemagne c'est en Allemand. En Russie, c'est en Russe. En hollande c'est en Hollandais. En Espagne c'est en Espagnol, c'est comme ça dans tous les pays du monde qui se respectent.

    Ça devrait être la pratique courante de toutes façons !

  • Simon Pelchat - Abonné 11 juillet 2019 14 h 32

    Roc, un allié!

    Bien naif le premier ministre Legault de croire encore le ROC un allié du Québec dans quoi que soit même face au Gouvernement Fédéral dirigé par un parti libéral de Trudeau, fils de l'autre Trudeau de surcroît. Comment peut-il oublier un passé pas si lointain. Tant qu'à subir l'humiliation de quémander encore et toujours des zones d'autonomie de gouvenance pour le Québec au Fédéral colonisateur anglais, Il aurait été plus repectueux pour nous Québécois de se présenter seul devant le colonisateur.