François Legault réclame plus de pouvoirs pour les provinces

Le premier ministre François Legault
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre François Legault

Le premier ministre François Legault a plaidé lundi pour une offensive autonomiste des provinces canadiennes avant de s’envoler vers la Saskatchewan, où il participera à son premier Conseil de la fédération.

« Il faut garder jalousement les pouvoirs actuels des provinces. Il faut aller vers plus d’autonomie, plus de compétences pour les provinces », a-t-il souligné dans un impromptu de presse en marge d’une séance du Conseil des ministres, à Québec.

Dans cet esprit, M. Legault a annoncé lundi qu’il serrera les coudes avec ses homologues conservateurs Scott Moe, Jason Kenney et Doug Ford, en cherchant lui aussi à faire invalider par la Cour suprême la taxe fédérale sur le carbone. Il y voit une intrusion du gouvernement de Justin Trudeau dans le champ de compétence des provinces.

Plaidant pour une plus grande autonomie des provinces dans la fédération canadienne, M. Legault a « bon espoir »de créer un « consensus » derrière la nécessité d’accroître la proportion d’immigrants économiques au Canada tout en réduisant la proportion de réfugiés et de nouveaux arrivants issus de la réunification familiale.

Le gouvernement québécois compte faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 59 % en 2020 à 65 % en 2022 en gelant le nombre de réfugiés et en n’augmentant que légèrement le nombre de personnes admises en fonction du programme fédéral de regroupement familial au Québec. « La prospérité de chacune des provinces va beaucoup dépendre du choix des immigrants qui viennent au Canada. Donc, pour moi, ce sera un sujet très, très important », a fait valoir M. Legault.

À Saskatoon, les premiers ministres des provinces et des territoires tâcheront cette semaine de rédiger une lettre commune en prévision des élections générales du 21 octobre.

« Vous allez le voir, éventuellement, dans la lettre qui va être adressée aux différents partis politiques fédéraux par l’ensemble des premiers ministres, a révélé M. Legault. L’élément premier qui est mentionné, c’est qu’on pense qu’une fédération canadienne qui est plus décentralisée, qui donne plus de pouvoirs aux provinces est une fédération qui est plus efficace. »

De « très bonnes » relations

Avec l’intervention du Québec en Cour suprême, le premier ministre saskatchewanais, Scott Moe, peut maintenant s’enorgueillir d’un nouvel appui dans son bras de fer avec Ottawa. Ses nouveaux homologues conservateurs, Doug Ford en Ontario et Jason Kenney en Alberta, lui ont apporté le leur au cours de la dernière année.

Le nouveau premier ministre ontarien avait appuyé publiquement M. Moe lors du dernier Conseil de la fédération, au Nouveau-Brunswick en juillet 2018, et ce, sous l’oeil inquiet de la délégation québécoise. Quelques semaines auparavant, le premier ministre québécois, Philippe Couillard, avait perdu sa principale alliée au sein de la fédération canadienne, la première ministre ontarienne Kathleen Wynne. Les électeurs ont par la suite donné un grand coup de balai aux libéraux dirigés par Brian Gallant au Nouveau-Brunswick, Philippe Couillard au Québec, puis Wade MacLauchlan à l’Île-du-Prince-Édouard.

Contrairement à son prédécesseur, le caquiste François Legault a annoncé sans détour l’opposition du Québec à tout projet de construction de pipeline transportant du pétrole de l’Ouest sur le territoire du Québec, et ce, faute d’acceptabilité sociale. À la tête du « Canada central », Philippe Couillard et Kathleen Wynne avaient pour leur part réservé leur appui au projet de pipeline Énergie Est, selon le respect de sept conditions. « Moi, je ne me sens pas du tout gêné de refuser de l’énergie sale, alors que nous, on offre de l’énergie propre à un prix compétitif », avait laissé tomber M. Legault lors d’une rencontre fédérale-provinciale organisée par Justin Trudeau, à Montréal en décembre dernier. Sa déclaration a été accueillie avec froideur par la classe politique canadienne.

M. Legault décrit aujourd’hui sa relation avec les premiers ministres des autres provinces de « très bonnes », citant son souper avec Jason Kenney et ses discussions avec Doug Ford. Il n’a toutefois pas été invité par le premier ministre albertain à participer au Stampede de Calgary lundi, contrairement à ses homologues de la Saskatchewan, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.

« Moi, je ne suis pas conservateur », a précisé le premier ministre du Québec lorsque Le Devoir lui a demandé s’il allait faire la une du magazine anglais Maclean’s avec les autres premiers ministres provinciaux qui se situent à droite de l’échiquier politique. Le magazine avait publié en décembre une photo de cinq politiciens opposés à la taxe sur le carbone accompagnée du titre La résistance.

M. Legault ne craint pas de voir les conservateurs désormais faire la pluie et le beau temps au sein du Conseil de la fédération. Par précaution, il a annoncé la participation de sa conjointe, Isabelle Brais, à la délégation québécoise. « Elle s’en vient avec moi. Elle va sûrement m’aider à convaincre les conjoints, les conjointes », a-t-il dit, sourire en coin.

7 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 9 juillet 2019 00 h 35

    Allez

    profitons-en.. C'est la période électorale. Malheureusement ça ne durera pas.

  • Jean Lapointe - Abonné 9 juillet 2019 07 h 08

    Les justifications de F. Legaul sont insuffisantes.

    «L’élément premier qui est mentionné, c’est qu’on (François Legault) pense qu’une fédération canadienne qui est plus décentralisée, qui donne plus de pouvoirs aux provinces est une fédération qui est plus efficace. »

    N'est-ce pas un peu court comme explications? François Legault se comporte comme s' il ne connaissait pas l'histoire du Canada. En tout cas il n'en tient absolument pas compte. Il est incompétent. Le Québec a besoin d'un premier ministre qui est capable de situer le Québec dans une perspective historique. Il n'a qu'une simple vision à court terme et il n'a que l'efficacité comme préoccupation. C'est comme si pour lui la fédération canadienne allait de soi de toute nécessité. Si c'est une stratégie qu'il adopte il faudrait qu'il nous le dise. Nous ne pouvons pas nous contenter de quelqu' un comme lui pour diriger le Québec. Il ne nous mène nulle part. Réveillez-vous les caquistes. Comment voulez-vous qu' il puisse convaincre ses homologues alors qu' il n'a que de maigres arguments à apporter pour défendre sa thèse. Il ne vont que se moquer de lui et ils auraient bien raison de le faire. C'est vraiment désolant.

    • Gilles Théberge - Abonné 9 juillet 2019 10 h 35

      La seule façon d’être vraiment interdépendant, c’est d’être indépendant !

    • André Lussier - Abonné 10 juillet 2019 23 h 52

      Vraiment désolé de devoir dire que vous avez raison, Pis que nous sommes, collectivement, dans la mouise,

      Si gouverner, c'est prévoir, faudrait faire lire le chapitre à M. Legault,
      En espérant le mieux pour notre avenir, merci

  • Marcel Vachon - Abonné 9 juillet 2019 10 h 16

    ... de maigres arguments?.....

    Cher Jean.
    Bien planifiés, les nombreux arguments du Québec et que François Legault semble bien maîtriser, vont lui permettre de marquer des points vitaux dans ce qui s'annonce une belle partie d'échec canadienne. En tout cas, ses pièces sont très bien placées à ce jour. Go, go, go François.

  • Pierre Labelle - Abonné 9 juillet 2019 10 h 25

    Et puis quoi encore!

    Oui, quoi encore n'a pas été dit sur la place que devrait occuper le Québec au sein de cette fédération canadienne! Tous les premiers ministres québécois se sont casser les dents devant l'intrangidence du gouvernement fédéral, et appuyer en cela par les autres provinces.
    Il n'y a pas mille solutions possibles, le Québec doit devenir adulte et avoir le courage nécessaire pour enfin devenir un pays.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 juillet 2019 12 h 54

    « Jalousement » ?!?

    « Il faut garder jalousement les pouvoirs actuels des provinces. Il faut aller vers plus d’autonomie, plus de compétences pour les provinces » (François Legault, PM, CAQ)

    Bien sûr que possible, mais, plutôt de valoriser un quelconque aplaventrisme, de type « provincialiste », devant le Canada (ce pays si loin et si proche de nulle part), notre bien-aimé premier ministre aurait intérêt à mousser, dans la langue de Molière, l’autodétermination du Québec, et ce, en tant que Nation-État appelé à se libérer et devenir souverain !

    « Jalousement » ?!? - 9 juillet 2019 -