Avec Arrima, «nouveau départ» pour le système d’immigration

«Vous avez été patients. [...] La grande réforme de l’immigration est déjà en marche. C’est un nouveau départ», a lancé le ministre Simon Jolin-Barrette à des représentants du monde des affaires et de l’immigration réunis jeudi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Vous avez été patients. [...] La grande réforme de l’immigration est déjà en marche. C’est un nouveau départ», a lancé le ministre Simon Jolin-Barrette à des représentants du monde des affaires et de l’immigration réunis jeudi à Montréal.

Un « virage majeur » en immigration s’est amorcé jeudi avec l’entrée en fonction du nouveau système Arrima, qui donnera la priorité aux aspirants immigrants déjà au Québec et qui répondent aux besoins des employeurs.

Ce système vise à réduire la pénurie de main-d’oeuvre, surtout en région, et à diminuer les délais de traitement des demandes d’immigration de 36 mois à 6 mois.

« Vous avez été patients », a lancé le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, à des représentants du monde des affaires et de l’immigration réunis jeudi à Montréal. « La grande réforme de l’immigration est déjà en marche. C’est un nouveau départ », a-t-il ajouté.

Cette réforme vise aussi à mettre fin à l’arrivée d’immigrants surqualifiés, qui mène à des « rêves brisés ». Pas moins de 59 % des immigrants qui se trouvent au Québec depuis cinq ans et moins sont surqualifiés par rapport aux besoins des employeurs, a rappelé le ministre. « Le Québec ne peut pas se permettre un tel gaspillage de talent », a-t-il dit.

Le gouvernement a changé la façon de sélectionner les travailleurs qualifiés pour répondre en priorité aux besoins des entreprises, surtout en région. À l’heure actuelle, 70 % de ces travailleurs immigrants s’établissent à Montréal, ce qui n’aide en rien à résoudre la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit dans les régions.

Les employeurs satisfaits

Les associations patronales ont salué ce virage attendu depuis longtemps du processus d’immigration. « Il est évident que l’immigration fait partie de la solution aux défis que représente la rareté de main-d’oeuvre qui marque le paysage économique du Québec depuis un bon moment. La mise en place du système de sélection Arrima, privilégiant le domaine de formation et l’expérience de travail des candidats à l’immigration au Québec, permettra aux employeurs de la province d’avoir accès plus rapidement à une main-d’oeuvre en adéquation avec leurs besoins », a indiqué Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec (CPQ).

Il s’est réjoui parce que les employeurs pourront soumettre une offre d’emploi validée afin d’embaucher des candidats qui correspondent à leurs besoins. « De plus, la priorité sera accordée aux demandeurs qui ont de l’expérience au Québec ou à ceux ayant obtenu un diplôme d’un établissement québécois d’enseignement. »

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a qualifié le système Arrima « d’outil adapté qui permettra de rehausser l’adéquation entre les profils des immigrants et les besoins réels des entreprises, tout en réduisant les délais de traitement ». « Nous saluons également la confirmation que le gouvernement traitera en priorité les demandes des travailleurs qui désirent immigrer et qui se trouvent déjà en sol québécois », a déclaré Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre.

Le nouveau système met fin à la procédure du « premier arrivé, premier servi », qui a mené à un inventaire de 18 000 demandes d’immigration en attente. Les aspirants immigrants devront désormais remplir une « déclaration d’intérêt » où ils indiqueront leurs expériences professionnelles, leur scolarisation, leur situation familiale et leur connaissance du français et de l’anglais.

Le ministre Jolin-Barrette a invité les milliers de personnes dont le dossier d’immigration a été abandonné — à la suite de l’adoption du projet de loi 9 — à remplir une « déclaration d’intérêt ». La priorité sera donnée aux 3700 dossiers de personnes qui se trouvent déjà au Québec. Le gouvernement lancera une « invitation » aux candidats dont le profil correspond aux besoins en main-d’oeuvre des entreprises québécoises.

L’annulation du traitement de milliers de demandes d’immigration risque d’entraîner des actions devant les tribunaux, ont prévenu des avocats en droit de l’immigration.


 
3 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 28 juin 2019 02 h 10

    Les employeurs satisfaits

    Bien sûr, on leur confie le choix des immigrants! Il demeure étrange que tous les articles que j'ai lus sur le sujet ne donnent la parole qu'aux employeurs, jamais à d'autres, qui pourraient avoir des objections face à ce nouveau processus. Et quand on sait que les besoins des employeurs sont pour des postes exigeant peu de qualifications, je m'inquiète. Sont-ce de nouveaux concitoyen.nes qu'on cherche, ou du cheap labor?

    • Marc Davignon - Abonné 28 juin 2019 08 h 56

      Votre question est troublante. Bien sûr que les employeurs (les businessmen (?!?!?!?), les <créateurs de richesse> (ouf!), les gens d'affaires ... les affairistes) manque de <matière première> pas cher, vous savez, avec le principe : acheter pas cher et revendre cher. Il y a, aussi, le principe de la demande et de l'offre. Il y a aussi le principe de <prendre conscience de la valeur des choses>. Vous savez, comme dans celui qu'un expert a évoqué pour être en mesure de justifier une augmentation : on ne paie pas cher car nous n'avons pas suffisent conscience de la richesse que représente l'électricité.

      Vous savez, toutes ces balivernes (ces sophismes) avec lesquelles ces pseudo-experts se gargarisent pour justifier l'injustifiable : nous avons une pénurie de main-d'oeuvre.

      Quand on pense que le travailleur a enfin pris conscience de sa valeur ... on le noie dans une argumentation fallacieuse.

  • Marcel Vachon - Abonné 28 juin 2019 08 h 51

    Patience

    Il est trop tôt pour voir le résultat de ce qui débute depuis quelques heures seulement. Dans 6 mois, si le résultat n'est pas au rendez-vous, on aura toutes les raisons de lancer des roches à qui-de-droit.