Loi sur la laïcité: la désapprobation des politiciens de l’Ouest laisse Legault de marbre

À Québec, M. Legault dit avoir légiféré afin de séparer l’État et la religion comme d’autres grandes démocraties occidentales l’ont fait.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne À Québec, M. Legault dit avoir légiféré afin de séparer l’État et la religion comme d’autres grandes démocraties occidentales l’ont fait.

Le premier ministre François Legault trouve « exagérée » la réaction outrée à la Loi sur la laïcité de l’État de la part de politiciens de l’Ouest canadien.

L’interdiction du port de signes religieux chez les policiers, les juges, les gardiens de prison ainsi que les enseignants, prévue à la nouvelle loi, « n’enlève rien au reste du Canada », a-t-il fait valoir dans un entretien avec Le Devoir mercredi après-midi.

« Ces quatre groupes d’employés là, au Québec, ne pourront pas porter de signes religieux. Ça change quoi à l’Ontario, à la Colombie-Britannique, au Manitoba ? Ça ne change rien pour eux autres », a-t-il déclaré.

Dix jours après son adoption par l’Assemblée nationale, le projet de loi 21 subit toujours le courroux de femmes et d’hommes du reste du Canada.

En Alberta, le premier ministre Jason Kenney et la chef de l’opposition officielle Rachel Notley ont successivement dénoncé la nouvelle législation québécoise. Le 16 juin est « un jour triste pour le Canada » puisque « le racisme [est devenu] loi » au Québec, s’était indignée Mme Notley sur Twitter.

C’était au tour du premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, de condamner mercredi une loi « dangereuse, non canadienne, qui mérite qu’on s’y oppose ». Il a appelé les premiers ministres des trois autres provinces de l’Ouest à exprimer d’une seule voix leur désapprobation à l’égard de la loi québécoise sur la laïcité de l’État en marge d’une rencontre à Edmonton, jeudi.

« Nous devons veiller à ne pas restreindre les libertés des personnes, qu’il s’agisse de liberté de parole, de mouvement ou de religion », a déclaré le chef de gouvernement conservateur à La Presse canadienne. Selon lui, le Québec égratigne l’image du Canada, qui « est un phare dans le monde entier pour le soutien qu’il apporte aux libertés, pas pour la suppression de ces libertés ».

À Québec, M. Legault dit avoir légiféré afin de séparer l’État et la religion comme d’autres grandes démocraties occidentales l’ont fait.

« Moi, je rappelle à M. Pallister qu’il y a des pays en Europe qui ont fait exactement la même chose que nous. On pense à l’Allemagne, à la France, à la Belgique. Est-ce que M. Pallister est prêt à dire que ces pays-là ne respectent pas les valeurs fondamentales ou, encore pire ? comme le dit Mme Notley ? que c’est un projet de loi qui est raciste ? Je pense que c’est complètement exagéré », a-t-il déclaré derrière le bureau offert par l’Union nationale à Maurice Duplessis il y a plus de soixante ans.

Sans remords

Par ailleurs, M. Legault trouve curieux d’entendre certains de ses homologues critiquer une loi « modérée », « équilibrée » dûment adoptée par l’Assemblée nationale, et qui recueille de surcroît un large appui au sein de la population québécoise.

« Ce sont les Québécois qui doivent décider de ce genre de fonctionnement.La société québécoise a le droit de dire : les signes religieux pour les personnes qui sont en autorité, eh bien, au Québec, ça ne sera pas permis. Puis, il y a une large majorité qui est d’accord avec cela. Donc, il n’y a pas de surprise ; ç’a été dit avant la campagne, après la campagne », a-t-il poursuivi.

Cela dit, M. Legault comprend que des Canadiens puissent être choqués de voir une province employer la disposition de dérogation de la charte canadienne des droits et libertés « adoptée dans le temps par M. Trudeau, le père » afin « de protéger des droits collectifs et d’aller contre certains droits individuels ».

Le ton de la rencontre estivale des premiers ministres des provinces et des territoires, qui battra son plein du 9 au 11 juillet en Saskatchewan, est donné.

S’estimant exempt de tout remords, le premier ministre dit être accosté dans la rue par des quidams lui disant : « On est fiers de vous, M. Legault. Vous vous êtes tenus debout. Vous avez défendu ce qu’on veut. »

Avec La Presse canadienne

Signes religieux chez les enseignants: Roberge rejette l’argumentaire de la CSDM

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, rejette du revers de la main les préoccupations exprimées par la Commission scolaire de Montréal (CSDM) quant aux difficultés d’appliquer la Loi sur la laïcité de l’État dans les écoles.

Selon lui, il est faux de prétendre que la nouvelle interdiction de porter des signes religieux va compliquer la vie des directeurs d’école, tenus, selon la CSDM, d’appliquer la loi de façon différente d’un établissement à l’autre, selon leur compréhension et leur interprétation de la loi.

Un tel scénario exposerait la CSDM à des recours judiciaires, selon sa présidente, Catherine Harel Bourdon, qui réclame des balises claires et un délai d’un an avant d’appliquer la Loi sur la laïcité de l’État dans le réseau scolaire montréalais, pour ajuster les politiques d’embauche notamment.

« Je ne pense pas que [la loi] soit bien compliquée à appliquer. Je pense que tout le monde comprend cette loi », a déclaré le ministre, mercredi, en marge de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres.

Il a réaffirmé qu’il n’y aurait pas de passe-droit et que la loi devait s’appliquer à Montréal comme ailleurs. Ce serait une erreur, a-t-il ajouté en mêlée de presse, de se demander si on doit appliquer la loi et quand, « deux mauvaises questions ».

Le caractère multiethnique des écoles de Montréal ne doit pas davantage devenir une excuse pour ne pas appliquer la loi, a-t-il ajouté.

Il a rappelé que la Fédération des commissions scolaires, qui regroupe une soixantaine de commissions, s’était dissociée de la plus importante commission scolaire du Québec — la CSDM — pour lancer le message que la Loi sur la laïcité de l’État sera observée dès la rentrée scolaire.

La semaine dernière, le Conseil des commissaires de la CSDM avait semé l’émoi en adoptant une résolution visant à reporter d’un an l’application de la loi.

On disait avoir besoin de temps pour consulter les directeurs d’école, les conseils d’établissement, les parents, les syndicats et les associations.

La loi sur la laïcité interdit à plusieurs catégories d’employés de l’État de porter des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions, dont les enseignants et les directeurs d’écoles primaires et secondaires du secteur public.