Immigration: le Québec fait-il plus que sa part pour les réfugiés?

Depuis 2017, plusieurs milliers de demandeurs d’asile ont emprunté le chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle, en Montérégie, pour venir cogner aux portes du Québec.
Photo: Charles Krupa Associated Press Depuis 2017, plusieurs milliers de demandeurs d’asile ont emprunté le chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle, en Montérégie, pour venir cogner aux portes du Québec.

En dépit de la décision de réduire le nombre de réfugiés accueillis au Québec, le premier ministre François Legault a déclaré cette semaine que le Québec en faisait plus que bien des nations dans le monde. Est-ce vraiment le cas ? Oui et non.

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, M. Legault s’est fait demander cette semaine si le Québec en faisait assez sur le plan humanitaire.

Sa réponse : « Quand on regarde actuellement, compte tenu de la taille de notre population, le nombre de réfugiés qu’on accueille à chaque année, on fait plus que notre part. […] Je pense que, même en réduisant le pourcentage, on resterait quand même un des endroits dans le monde où on en fait le plus pour accueillir des réfugiés et des immigrants que j’appellerais non économiques. […] Quand on se compare avec ce qui se fait ailleurs, on n’a pas à être gênés. On fait plus que notre part du côté humanitaire. »

Qu’en est-il vraiment ? D’abord, le Canada est en effet particulièrement réputé pour son programme de réinstallation. Ce programme fait en sorte que les réfugiés sont sélectionnés à l’étranger par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) par opposition aux demandeurs d’asile qui se présentent aux frontières.

En 2018, le Canada est le pays à avoir accueilli le plus grand nombre de réfugiés de cette façon, soit 28 100 personnes sur les 92 400 réfugiés à avoir été réinstallés sur la planète. De ce nombre 5850 ont été accueillis au Québec, soit 21 %.

Des demandeurs d’asile en attente

Or, le jeu des comparaisons se complique si on tient compte des 27 970 demandeurs d’asile qui sont venus cogner aux portes du Québec en 2018, notamment en empruntant le chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle, en Montérégie.

On ne peut pas vraiment dire si ceux-ci ont été accueillis ou pas puisque leurs demandes sont pour la plupart toujours en traitement à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR).

Des données du HCR suggèrent toutefois que le Québec et le Canada sont dans la moyenne des pays du G7 pour ce qui est du nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile reçus au prorata de sa population.

Selon le rapport 2018 du Haut-Commissariat pour les réfugiés, le Canada a accueilli cette année 114 109 personnes (réfugiés et demandeurs d’asile inclus) soit 0,3 % de sa population, ce qui le place au 4e rang derrière l’Allemagne (1,28 %), la France (0,55 %) et l’Italie (0,31 %) mais loin devant le Royaume-Uni (0,19 %), les États-Unis (0,09 %) et surtout le Japon (0.001 %).

Mais attention, la comparaison est moins avantageuse quand on compare le Québec et le Canada aux pays moins riches. Comme le fait remarquer le HCR, « seul un petit nombre de réfugiés vont dans les pays les plus riches » comme le Canada, soit 0.3 %.

Moins qu’avant

Par ailleurs, le Québec a décidé d’en faire moins qu’avant. Le Plan d’immigration du gouvernement Legault vise à réduire de 23 % le nombre de réfugiés réinstallés, ce qui lui permettra d’augmenter la proportion d’immigrants réguliers dits économiques.

C’est donc 2050 réfugiés de moins par an qui pourront s’installer au Québec, l’équivalent de 400 parrainages par l’État et 950 parrainages privés en moins.

Qu’adviendra-t-il de ces personnes ? Les 400 qui devaient être parrainées par le gouvernement vont être accueillies par le Canada, mais dans d’autres provinces, selon ce que Le Devoir a pu apprendre. Quant à celles qui auraient pu venir au Canada en étant parrainées par des familles ou des organismes, leur sort est plus incertain.

Au cabinet du ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, on s’est toutefois bien gardé de critiquer le Québec dans ce dossier cette semaine. « Il va sans dire que nos responsabilités humanitaires sont partagées entre tous les ordres de gouvernement et nous apprécions les efforts du Québec à cet égard, particulièrement en ce qui concerne les demandeurs d’asile », a-t-on répondu vendredi par courriel.

Pour la directrice du Centre multiethnique de Québec, Dominique Lachance, tout cela est bien dommage. « Oui, c’est vrai qu’on en fait plus que d’autres pays, mais on en a les moyens. […] Comme pays riche, on a les moyens. »

En 2015, son organisme a ouvert une résidence pour héberger les réfugiés qui arrivaient à Québec en attendant qu’on leur trouve un logement. Quatre ans plus tard, de nombreuses chambres sont vides.

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