Les crucifix pourront rester dans les écoles et les hôpitaux

Le retrait du crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement de Québec en 2017 avait soulevé un tollé, à un point tel que la direction était rapidement revenue sur sa décision.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le retrait du crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement de Québec en 2017 avait soulevé un tollé, à un point tel que la direction était rapidement revenue sur sa décision.

Les crucifix pourront rester dans les écoles et des hôpitaux, contrairement à ceux qui ornent les murs des palais de justice, a décidé l’équipe de François Legault. Un « manque de cohérence », selon le sociologue Guy Rocher.

« Comme on demande aux personnes de ne plus porter de signes ostentatoires, c’est bien le moins qu’on demande à l’école elle-même, qui est publique et laïque — à l’immeuble lui-même —, de ne plus porter de signes ostentatoires, a-t-il souligné en entrevue au Devoir. Il me semble que c’est ça, la logique normale. »

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et la ministre de la Santé, Danielle McCann, ont choisi de ne pas établir de directive pour qu’on décroche ce symbole religieux, à l’inverse de leur collègue Sonia LeBel. Celle-ci a déjà fait parvenir une lettre à sa sous-ministre pour s’assurer que les salles d’audience dans les palais de justice en soient exemptes. Le ministère de la Justice en a compté 17 sur le territoire québécois.

« On va vraiment retirer ce qui est amovible, à l’instar de celui de l’Assemblée nationale, et après ça, on fera l’évaluation, par la suite, dans une deuxième étape à savoir quelle est la valeur de ce qu’on a retiré, a-t-elle détaillé. Est-ce que ça vaut la peine de l’exposer ou de le relocaliser ailleurs dans le palais de justice, comme [ayant] une certaine valeur soit historique, sentimentale ou patrimoniale ? »

La Loi sur la laïcité de l’État, adoptée tard dimanche soir, interdit le port de signes religieux à certains employés de l’État comme les procureurs, les policiers, les enseignants et les directeurs d’école. Cependant, les ministres n’ont pas l’obligation d’établir une directive pour que le crucifix soit retiré des édifices publics.

« Chaque cas est individuel, en fonction notamment du patrimoine historique », a indiqué l’attaché de presse du ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette. La loi prévoit que « les objets et les bâtiments puissent demeurer intacts », comme les croix taillées dans la brique.

« Le cas par cas est toujours une manière faible de décider ou de ne pas décider. On renvoie aux autres la responsabilité de prendre des décisions », a remarqué Guy Rocher.

Autonomie

Le ministère de l’Éducation n’a pas pu fournir de données au Devoir sur le nombre de crucifix dans les écoles.

« L’immense majorité des croix ont été retirées des classes lors de la déconfessionnalisation des écoles, a indiqué l’attaché de presse du ministre Roberge, Francis Bouchard. Si jamais il devait en subsister, nous nous fions au bon jugement des directions d’école. Elles ont l’autonomie nécessaire pour les retirer si elles veulent le faire. »

Il n’existe pas de compilation, non plus, au ministère de la Santé, qui compte 2707 bâtiments. Le retrait du crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement de Québec en 2017 avait soulevé un tollé, à un point tel que la direction était rapidement revenue sur sa décision.

« Je pense qu’il faut se recentrer sur l’objectif de la loi, qui est circonscrite vraiment à des gens qui sont en position d’autorité, a justifié Mme McCann en mêlée de presse mercredi. Je ne pense pas que ça va créer de l’inconfort. »

« On a de la difficulté à comprendre ces deux réactions des ministres », a souligné la présidente du Mouvement laïque québécois, Lucie Jobin. « Le retrait du crucifix dans l’Assemblée nationale devrait les guider pour agir en conséquence », a-t-elle ajouté, en soulignant que le principe de la laïcité de l’État est maintenant inscrit dans la Charte des droits et libertés de la personne.

L’organisme, qui avait contesté avec succès la prière au conseil municipal de Saguenay, pourrait appuyer un nouveau recours juridique s’il y avait une plainte auprès de la Commission des droits de la personne.

La croix de l’Assemblée nationale dans le Salon bleu doit être retirée avant la reprise des travaux parlementaires en septembre.

La loi 21 laisse également le soin aux villes de retirer ou non le crucifix de leurs salles de conseil municipal. Montréal a déjà choisi de le faire. Dans plusieurs autres villes, dont Saguenay, il a déjà été retiré. Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke garderont le leur, soit pour des raisons patrimoniales, artistiques ou parce qu’aucun citoyen n’a demandé à ce qu’il soit déplacé.