Legault n’hésitera pas à bousculer l’opposition

<p>«Plus un gouvernement veut faire de changements, plus il va être appelé à faire adopter sous bâillon un projet de loi», a souligné François Legault.</p>
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

«Plus un gouvernement veut faire de changements, plus il va être appelé à faire adopter sous bâillon un projet de loi», a souligné François Legault.

L’opposition parlementaire est un obstacle aux « grands changements » proposés par la Coalition avenir Québec, a déploré le premier ministre François Legault. Pour la surmonter, il recourra au bâillon lorsque nécessaire, a-t-il averti vendredi, tout en forçant les élus de l’Assemblée nationale à adopter à toute vapeur le projet de loi sur la laïcité de l’État et le projet de loi sur l’immigration.

« Plus un gouvernement veut faire de changements, plus il va être appelé à faire adopter sous bâillon un projet de loi », a-t-il souligné durant la présentation de son bilan de la session parlementaire, vendredi après-midi. « Nous, on veut faire de grands changements. Je pense que le Québec était dû, entre autres, depuis quinze ans, pour de grands changements », a-t-il ajouté en appelant le Parlement à l’action.

L’Assemblée nationale redonnera de la fierté aux Québécois en adoptant le projet de loi 21 sous le bâillon au cours du week-end, a-t-il poursuivi.

Le premier ministre a soutenu vendredi être régulièrement interpellé dans la rue par des quidams sur le sujet. Ils lui disent : « Monsieur Legault, lâchez pas sur la laïcité ! Lâchez-nous pas ! » a-t-il relaté. Comme s’ils voulaient corroborer ses dires, les élus caquistes à proximité se sont aussitôt mis à applaudir et à scander : « Legault ! Legault ! »

La seule urgence, c’est le programme politique de François Legault

 

Il y a, dans le projet de loi 21, « quelque chose qui touche à la fierté », a fait valoir le chef de la CAQ. « De sentir cette fierté retrouvée, chez notre peuple qui se redresse, avance, réussit, moi, ça me rend l’homme le plus heureux du monde », a-t-il affirmé tout sourire.

À ses yeux, le Parlement exposerait la société québécoise à « des risques pour la cohésion sociale » en « laiss[ant] traîner le débat » sur la laïcité de l’État. « Il y aurait un danger de ne pas répondre à cette demande de la part de la vaste majorité des Québécois », a-t-il affirmé, non sans rappeler avoir été élu à la tête d’un gouvernement majoritaire sur la promesse de « mettre derrière nous » ce débat de société.

Bien que « modéré » et « raisonnable », le projet de loi 21 « permet d’envoyer un message qu’on veut protéger nos valeurs, nos façons de vivre au Québec ». Il constitue également un rempart aussi bien à l’extrémisme religieux qu’à l’extrémisme de droite, a soutenu M. Legault.

La société québécoise s’est crispée depuis l’éclatement de la soi-disant crise des accommodements raisonnables il y a une douzaine d’années. Mais le projet de loi 21 « va faire baisser la tension de façon très importante ». « Il y a une certaine tension. Il faudrait vivre sur une autre planète pour ne pas la voir », a-t-il dit en conférence de presse, tout en promettant de « se concentrer, dans les trois années et demie qui restent, à parler d’éducation, de santé, d’économie ».

Jolin-Barrette, fier

Le ministre omniprésent Simon Jolin-Barrette s’est dit « très fier » d’employer le bâillon notamment afin de clore le débat sur le port de signes religieux par des employés de l’État, qui agite le Québec depuis plus d’une décennie. « Je pense que tous les Québécois seront fiers de cela parce que pendant des années et des années, nous avons parlé de laïcité de l’État. Rien n’a été fait par le Parti libéral du Québec. D’autres partis, comme le Parti québécois, voulaient aller plus loin… » a-t-il affirmé vendredi.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, s’est demandé « ce qu’il y a à être fier d’imposer un bâillon ». « Il invoque l’urgence d’agir. La seule urgence, c’est le programme politique de François Legault », a-t-il dénoncé.

M. Jolin-Barrette a déposé le 28 mars dernier le projet de loi sur la laïcité de l’État. Celui-ci interdit le port de signes religieux à tout nouvel employé de l’État « en situation d’autorité », c’est-à-dire les agents de la paix, procureurs, juges ainsi que les enseignants et directeurs des écoles primaires et secondaires publiques. « Il reste beaucoup d’emplois disponibles », a fait valoir M. Legault, qui est taxé par l’opposition d’ériger une barrière à l’emploi au détriment des femmes musulmanes.

L’élue libérale Hélène David a reproché à l’auteur du projet de loi 21, Simon Jolin-Barrette, de se « situe[r] du mauvais côté de l’Histoire ». « C’est un jour triste. […] Le ministre impose un projet de loi qui suspend des libertés, restreint l’accès à l’emploi, recourt à la disposition de dérogation pour empêcher l’application des chartes des droits et libertés », a-t-elle lâché lors de la période des questions.

Le leader parlementaire solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, est persuadé qu’« il y aura un prix à payer [par la Coalition avenir Québec] pour ce bâillon-là ». « Adopter sous bâillon une loi qui suspend la Charte des droits et libertés du Québec, c’est un triste exploit que va réussir le gouvernement de François Legault à sa première session parlementaire », a-t-il déclaré.

 

 

Deux bâillons

Au petit matin, M. Legault a officiellement demandé au président de l’Assemblée nationale, François Paradis, de réunir les élus en « séances extraordinaires à compter de 9 h, samedi 15 juin 2019 », pour mener à bien non seulement le processus d’étude du projet de loi sur la laïcité de l’État, mais aussi celui du projet de loi sur l’immigration.

L’adoption du projet de loi 9 entraînera l’élimination des quelque 18 000 demandes en attente au ministère de l’Immigration. Même si le gouvernement caquiste s’est engagé à rembourser tous ceux qui ont fait une demande dans le cadre du Programme régulier des travailleurs qualifiés, l’opposition est outrée. « On ne peut pas, pour le bien de l’économie, on ne peut pas traiter [les dossiers de] 50 000 personnes selon les critères qui existaient à l’époque. […] On ne fait pas cela par plaisir », a insisté M. Legault vendredi, quatre mois et une semaine après le dépôt du projet de loi.

Le premier ministre a dit à la presse avoir joué à visière levée, en répétant au fil des derniers mois sa volonté d’adopter ces mesures législatives importantes avant la relâche parlementaire. Face à l’« obstruction » du Parti libéral du Québec, il n’a d’autres choix que de recourir au bâillon, a-t-il fait valoir.

L’emploi de cette mesure d’exception « démontre une mauvaise planification parlementaire » de la part de l’équipe gouvernementale, a fait valoir le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé. « À plus forte raison sur le projet de loi 21, qui est un projet de loi fondamental », a-t-il précisé.

Le premier ministre a dit envisager de procéder à une réforme parlementaire visant à limiter la « perte de temps » des députés. « Un moment donné, il faut conclure, surtout avec un gouvernement majoritaire », a-t-il conclu.

En quoi les travaux parlementaires ont-ils été utiles jusqu'ici?

«Je veux que la priorité nationale au Québec, ça soit l’éducation [et l’économie]. Ce n’est pas une fin en soi d’être riche, mais on a besoin d’être riche pour avoir les moyens d’investir en santé, en éducation et dans les différents services qu’on donne à la population. Donc, la réforme qu’on est en train de faire à Investissement Québec, c’est très important. Il y a une question d’autonomie.» - François Legault (CAQ)

«On a apporté beaucoup d’amendements à différents projets de loi. On a nous-mêmes présenté des projets de loi [pour contrer] le suremballage, [pour créer] le passe-sports [visant à colliger les données sur l’état de santé des enfants à la suite d’une commotion cérébrale]. Je pense à Mme David, entre autres, qui a présenté des idées pour faire en sorte qu’on s’occupe de santé mentale.» - Pierre Arcand (PLQ)

«Ça nous a permis de vous faire connaître nos députés. Je ne sais pas si vous les avez vus à l’oeuvre, là, Gabriel en a nommé trois, mais on pourrait les nommer tous et toutes, ils sont des parlementaires très actifs et, sincèrement, très pertinents dans la politique québécoise actuellement. Je pense que nos premiers mois, on pourrait les définir comme ça.» - Manon Massé (QS)

«Les questions qu’on a posées ont été utiles dans la vie quotidienne des gens. [Et] je pense que si le Parti québécois n’était pas là, on ne parlerait pas beaucoup de la nation québécoise. Et je vous le dis, là, j’ai fait l’analyse de tous les gestes du gouvernement de la CAQ : ce n’est pas vrai qu’il est si nationaliste que ça, parce qu’il y a beaucoup de tests auxquels il répond comme les libéraux.» - Pascal Bérubé (PQ)

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En quoi les travaux parlementaires ont-ils été utiles

Je veux que la priorité nationale au Québec, ça soit l’éducation [et l’économie]. Ce n’est pas une fin en soi d’être riche, mais on a besoin d’être riche pour avoir les moyens d’investir en santé, en éducation et dans les différents services qu’on donne à la population. Donc, la réforme qu’on est en train de faire à Investissement Québec, c’est très important. Il y a une question d’autonomie.

On a apporté beaucoup d’amendements à différents projets de loi. On a nous-mêmes présenté des projets de loi [pour contrer] le suremballage, [pour créer] le passe-sports [visant à colliger les données sur l’état de santé des enfants à la suite d’une commotion cérébrale]. Je pense à Mme David, entre autres, qui a présenté des idées pour faire en sorte qu’on s’occupe de santé mentale.

Ça nous a permis de vous faire connaître nos députés. Je ne sais pas si vous les avez vus à l’oeuvre, là, Gabriel en a nommé trois, mais on pourrait les nommer tous et toutes, ils sont des parlementaires très actifs et, sincèrement, très pertinents dans la politique québécoise actuellement. Je pense que nos premiers mois, on pourrait les définir comme ça.

Les questions qu’on a posées ont été utiles dans la vie quotidienne des gens. [Et] je pense que si le Parti québécois n’était pas là, on ne parlerait pas beaucoup de la nation québécoise. Et je vous le dis, là, j’ai fait l’analyse de tous les gestes du gouvernement de la CAQ : ce n’est pas vrai qu’il est si nationaliste que ça, parce qu’il y a beaucoup de tests auxquels il répond comme les libéraux.
11 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 15 juin 2019 00 h 27

    Fier?

    De ne pas respecter les chartes des droits, dont la québécoise, et de mettre fin aux débats démocratiques? Et tout cela la première année de ce mandat donné par moins de 38 % des votant.es, dont la moitié l'a donné uniquement pour sortir les libéraux du pouvoir, pas en raison de son programme. On est passé de l'arrogance des libéraux à celle des caquistes, ou de Charybde en Scylla...

  • Michel Lebel - Abonné 15 juin 2019 05 h 49

    La question n'est pas définitivement réglée.


    Cette fièreté à la caquiste? C'est quoi cette tartine? Fièreté de réduire les libertés, fièreté de modifier sur division la Charte des droits et libertés du Québec(du jamais vu), fièreté de ces clauses dérogatoires pour empêcher toute contestation judiciaire. Je ne suis pas fier de cette action gouvernementale. Pour moi, l'État de droit, ce n'est pas du bidon. Je ne marche pas dans la parade vantarde et populiste du gouvernement Legault. Et je suis sûr d'une chose, le débat sur la laïcité n'est pas clos ou ''derrière nous''. Qui vivra verra.

    Michel Lebel

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 juin 2019 19 h 33

      On verra bien qui vit dans le passé, m Lebel.

  • Pierre Samuel - Abonné 15 juin 2019 07 h 12

    Bâillon à l'immobilisme trouillard ...

    Depuis Bouchard-Taylor que ça branle dans le manche à l'instar du PLQ qui ne veut faire peur à personne, du PQ du peut-être ben que oui,
    peut-être ben que non sans compter l'exemplarité virginale de QS, pour une fois depuis des lustres qu'un premier ministrer du Québec mette enfin ses culottes au risque de bousculer les sempiternelles traîne-savates, bravo à François Legault de se tenir debout ! C'en est rafraîchissant !

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 juin 2019 07 h 14

    Bref !

    « Il constitue également un rempart aussi bien à l’extrémisme religieux qu’à l’extrémisme de droite, a soutenu M. Legault. » (Marco Bélair-Cirino, sur le pdl 21, Le Devoir)

    Possible, mais cet ajout-douceur :

    Bien qu’il soit un quelconque rempart à l’extrémisme dit « religieux », ce pdl, dans ses principes d’affirmation d’origine (voir c1 art 2.1); ne peut-pourra l’être sur le plan des extrémismes de « droite/gauche/centre », et ce, pour l’unique raison qu’il ne mentionne pas, parmi ces dits principes, les questions en lien avec la « Séparation de l’État des IDÉOLOGIES » ; des questions susceptibles, pourtant, de l’aider à assumer une laïcité citoyenne et démocratique RESPONSABLE !

    Bref ! - 15 juin 2019 -

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 juin 2019 07 h 40

    … à la québécoise !

    « Au petit matin, M. Legault a officiellement demandé au président de l’Assemblée nationale, François Paradis, de » (Marco Bélair-Cirino, Le Devoir)

    Cé l’fun de savoir que ça bouge au Québec !

    Pendant que ça bouge, il est à espérer que les Membres de l’ANQ, réunis « exceptionnellement » dès cette belle fin de semaine s’annonçant de beauté, vont être en mesure de, avec des échanges courtois et civilisés, célébrer-accueillir, « religieusement » ou autrement, tout autant la Séparation de l’État des Religions que des Histoires d’Immigration !

    De ce « pendant que ça bouge », vivons et bougeons de fierté …

    … à la québécoise ! - 14-15 juin 2019 -

    Ps. : En passant, et compte tenu de la présente session parlementaire, que de « bravos » accompagnent toute la Maison du Peuple, notamment toutes ces personnes qui ont/ont eu à cœur-chœur le Nationalisme Québécois via son Patriotisme et sa Fête Nationale du Québec ! Merci et bonnes vacances, et ce toujours, de fierté à la Québécoise !