Ottawa juge insuffisant l’effort du Québec en immigration

Le gouvernement caquiste compte faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 59% en 2020 à 65% en 2022.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement caquiste compte faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 59% en 2020 à 65% en 2022.

La hausse progressive des seuils d’immigration proposée par le ministre Simon Jolin-Barrette ne passe pas le test du gouvernement Trudeau.

« Quoiqu’étant un pas dans la bonne direction, cela est insuffisant, notamment pour répondre à la pénurie de main-d’oeuvre et pourvoir les 120 000 postes vacants à travers la province », a fait valoir l’équipe du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, dans un échange avec Le Devoir.

M. Jolin-Barrette propose d’augmenter progressivement le nombre d’immigrants admis au Québec au cours des prochaines années pour en accueillir entre 49 500 et 52 500 en 2022.

Selon le document Planification de l’immigration au Québec 2020-2022, il faudra donc trois ans pour relever les seuils d’immigration québécois à leur niveau de 2018.

« C’est une proposition que nous faisons présentement, alors ce n’est pas le choix final du gouvernement du Québec », a martelé M. Jolin-Barrette dans une mêlée de presse. « C’est une proposition pour fin de discussion en commission parlementaire. »

Le document, qu’il a déposé à l’Assemblée nationale vendredi, fera l’objet de consultations dans la deuxième moitié du mois d’août. « Nous nous attendons à ce que la consultation qui sera entreprise par le gouvernement du Québec reflète la réalité […] des petites et grandes entreprises [aux prises avec une pénurie de main-d’oeuvre] », a indiqué l’attaché de presse du ministre Hussen, Mathieu Genest.

Le gouvernement caquiste compte faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 59 % en 2020 à 65 % en 2022. « Maintenant, les immigrants que nous allons accueillir, ils vont répondre aux besoins du marché du travail. C’est le mandat que j’ai reçu du premier ministre. Il faut s’assurer que dans chacune de nos villes, chacun de nos villages, il puisse y avoir de la vitalité et que les personnes immigrantes puissent aller travailler en région », a affirmé M. Jolin-Barrette, après avoir diminué le nombre de personnes immigrantes de 52 500 à 40 000 pour l’année 2019. En effet, le gouvernement libéral comptait pour sa part admettre environ 52 500 immigrants au Québec en 2019, soit 12 500 de plus.

« Je l’ai répété des dizaines de fois pendant la campagne électorale, une baisse temporaire, c’est faire un pas derrière », a affirmé le premier ministre François Legault, en marge d’une annonce à Gatineau. « Puis, on n’exclut pas même de les augmenter [les taux d’immigration] encore dans les années suivantes », a-t-il ajouté.

M. Jolin-Barrette a précisé qu’il « était fondamental de réduire les seuils parce qu’il faut consacrer davantage d’énergie à chaque personne immigrante qui choisit le Québec ». « Puis, savez-vous, avec 146 millions de dollars supplémentaires, je vais avoir les moyens d’assurer un suivi pour chaque personne immigrante pour l’intégration, la francisation, l’intégration au marché de l’emploi », a-t-il fait remarquer.

Gel du nombre de réfugiés

Dans son document de travail, le gouvernement caquiste prévoit un gel du nombre de réfugiés accueillis au Québec au cours des trois prochaines années ? soit de 6900 à 7500 réfugiés par an. Le hic : Ottawa compte admettre 5250 réfugiés supplémentaires d’un bout à l’autre du pays entre 2019 et 2021. Or, le Québec doit en prendre en charge environ 20 % en vertu de l’Accord Canada-Québec sur l’immigration.

D’autre part, le gouvernement québécois mise sur une faible augmentation du nombre de personnes admises en fonction du programme fédéral de regroupement familial ? de 9950 en 2020 et 2021 à 10 400 en 2022 —, ce qui fait sourciller Ottawa. « La hausse insuffisante dans la catégorie du regroupement familial est particulièrement préoccupante, a mentionné M. Genest dans un courriel. Elle aurait pour effet de créer un système à deux vitesses désavantageux pour les résidents du Québec, qui devraient attendre plusieurs mois supplémentaires avant d’être réunis avec leurs êtres chers. Nous ne pouvons que nous en inquiéter. »

Bref, Ottawa n’a pas l’intention d’obtempérer au désir de Québec de contrôler davantage l’immigration sur son territoire, en sélectionnant près de trois personnes sur quatre en 2022 (74 % en 2022 contre 71 % en 2019).

Promesse brisée ?

À Québec, les trois partis d’opposition ont accusé les caquistes d’avoir fait une promesse électorale tout en sachant pertinemment qu’ils ne pourraient pas la tenir longtemps. Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s’est adressé à « toutes les personnes qui ont voté pour la CAQ en disant : “Eux autres, ils vont diminuer l’immigration.” » «Vous vous êtes tous fait avoir parce qu’on ne peut pas prévoir les besoins réels », a-t-il lancé, tout en fixant l’oeil de la caméra posée devant lui. « [Les caquistes] ont cédé à un lobby », a-t-il ajouté en faisant référence aux acteurs économiques qui se plaignent de la pénurie de main-d’oeuvre.

« Je pense que [les caquistes] s’en rendent compte », a poursuivi l’élue libérale Dominique Anglade. « On est rendus à plus de 120 000 postes vacants au Québec. On n’a qu’à faire le tour de nos régions pour constater à quel point cet enjeu-là est primordial dans toutes les régions du Québec. »

La baisse temporaire des seuils d’immigration en 2019 n’était pas un geste sans conséquence, a rappelé la députée de Québec solidaire Ruba Ghazal. « C’est déplorable, parce qu’en plus d’aggraver la pénurie de main-d’oeuvre, cette promesse électorale a contribué à alimenter une peur de l’immigrant qui va grandement affecter le vivre ensemble », a-t-elle souligné.

Le Conseil du patronat du Québec juge l’accroissement du nombre d’immigrants prévu par M. Jolin-Barrette insuffisant. « Comme la rareté de main-d’oeuvre est devenue un enjeu très important pour l’ensemble de la société québécoise, nous estimons que nous devrions hausser les seuils, et ce, plus rapidement », affirme le président-directeur général du regroupement de gens d’affaires, Yves-Thomas Dorval.

Les cibles

2017:  52 400

2018:  51 118

2019:  40 000  (38 000 minimum à 42 000 maximum)  

2020:  43 000  (41 500 minimum à 44 500 maximum)  

2021:  46 000  (44 500 minimum à 47 500 maximum)

2022:  51 000  (49 500 minimum à 52 500 maximum)

17 commentaires
  • Jérôme Faivre - Inscrit 8 juin 2019 06 h 05

    Diversion

    Cet article de simple information est ouvert aux commentaires ?
    On notera qu'il n'y a pas une ligne en faveur du projet gouvernemental. Unanimité contre ?

    Cela semble confirmer l'approche des opposants au projet de loi sur la laïcité que mentionne Mme Bombardier dans sa chronique d'aujourd'hui dans un autre journal, en s'adressant au Premier ministre:
    « Des adversaires vous invitent à donner priorité à votre projet de loi sur l’immigration et à reporter à plus tard celui sur la laïcité, car le report de la loi sur l’immigration aurait des conséquences néfastes sur l’emploi et l’économie, selon l’éditorial de La Presse. Ces arguments défendus sur un ton de condescendance en disent long sur la panique qui s’est emparée des défenseurs du Canada de Justin Trudeau, le « bill of right’s friend ».

    Et elle poursuit:
    «Monsieur le Premier Ministre, la majorité des Québécois qui vous appuient souhaitent l’adoption de la loi 21 avec ou sans bâillon parlementaire. Les débats sur la laïcité et l’immigration qui déterminent l’avenir du Québec exigent courage et volonté. Voilà pourquoi tant de Québécois espèrent en vous».

    Entièrement d'accord avec cette position. Que le gouvernement du Québec adopte sans tarder cette loi de précaution et d'intérêt public et, surtout, qu'il ne se laisse pas impressionner par les cassandres et tourmentés de service… et par les médias en mal de copie.

    Au passage, le Devoir va bientôt lancer une campagne de financement pour pouvoir réapprovisionner son stock de photos de femmes voilées qui illustre jour après jour ses pages pour bien marquer sa grand préoccupation pour le sujet.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 juin 2019 09 h 40

      Il y a belle lurette que les grands médias, exception du Journal de Montréal, écrivent ce que le Canada veut lire en retour d'avantages divers.

      Votre dernier paragraphe montre que le Devoir veut les sous de ses lecteurs-lectrices pour faire plaisir au Canada.

      La disgrâce d'un courtisan ne saurait mieux s'appliquer.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 juin 2019 08 h 10

      « Au passage, le Devoir va bientôt lancer une campagne de financement pour pouvoir réapprovisionner son stock de photos de femmes voilées qui illustre jour après jour ses pages pour bien marquer sa grand préoccupation pour le sujet. » (Jérôme Faivre)

      De ce « Au passage », et plus encore, le Le Devoir pourrait, également, comme inviter l’actuel ministre fédéral de l’immigration, M Hussein, à l’aider à peaufiner ses orientations éditoriales, histoire de mieux comprendre ce qu’il pense tout bas sans l’aide volontaire de son lectorat !

      Au passage !?! - 9 juin 2019 -

  • Claude Bariteau - Abonné 8 juin 2019 07 h 43

    Il y aurait actuellement 120,000 postes vacants au Québec.

    Les combler, selon le Canada, ne peut se faire qu'avec des gens de l'immigration.

    Toutes autres approches (retour au travail, rétention, intégration de personnes actuellement sans emploi, modification des règles de retraite pour allonger la durée du travail en concordance avec le vieillissement de la population, hausse des salaires, et cetera) ne font pas partie des choix du Canada, car ils sont susceptibles de hausser les coûts et les bénéfices des entreprises, ce qu’il ne dit pas.

    Pour Ottawa, le Québec ne joue pas sur la patinoire canadienne selon les règles qu’il a reconnues pour accepter de nouveaux immigrants, dont ceux pour regroupement familial et les réfugiés, en misant sur la venue de travailleurs qualifiés.

    Nous voilà dans un dossier qui ne concerne pas nécessairement les emplois. Mais Ottawa ne s’en préoccupa pas.

    Aussi Ottawa dit qu’il ne transférera pas l’immigration au Québec. Il siffle pour entrave au jeu par l’équipe Québec au nom des joueurs d’estrade qui n’accepte pas que l’équipe du Québec ne réponde pas à leurs attentes.

    Voilà QS et le PLQ qui parlent d’un bris de contrat et demandent une punition de match avec suspension parce que ce bris brise le « vivre ensemble ? » alors que le PQ soutient que jouer sur la patinoire canadienne comprend des imprévues qui obligent à des ajustements.

    La CAQ en a fait et ils s’avèrent qu’ils ne sont pas au goût des joueurs d’estrade qui disent payer chers leurs billets de saison bien qu’ils les obtiennent grâce aux subventions de l’État.

    Dans ce dossier, il ressort que le Canada entend gérer le Québec avec des programmes conjoints. C’est son approche depuis les transferts de pouvoir en 1964. Il y tient avec rigueur. C’est sa façon d’avoir la mainmise sur le Québec avec comme alternative des punitions ou la tutelle.

    Il serait temps que le Québec joue sur sa propre patinoire avec le Canada.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 8 juin 2019 08 h 17

      Merci pour la belle métaphore M. Bariteau.

      En terme plus cru, j'aurais le goût de dire au gouvernement canadien d'aller se faire... voir.
      Mais, comme vous le laisser entendre, c'est à nous de prendre nos cliques et nos claques et de nous aménager notre propre patinoire chez nous. Si nous avons le culot de le faire.

    • Simon Pelchat - Abonné 8 juin 2019 08 h 54

      Je partage votre point de vue M. Bariteau.

  • Jocelyn Mercier - Abonné 8 juin 2019 07 h 52

    Les couples peuvent difficilement avoir plus de deux enfants car ils n'ont pas l'argent pour y arriver. Pourquoi ces 146 millions dollars ne sont pas donnés aux familles qui désirent avoir plus d'enfants? M. Legault dit que ces 146 millions de dollars aideront à l'intégration des immigrants. Or, il n'y a pas d'intégration sans assimilation des immigrants. Le multiculturalisme interdit l'assimilation et donc l'intégration des immigrants. Nous voyons clairement que nous ne sommes pas gouvernés par des élus mais plutôt par des juges et des lobbys.

  • Gilles Bonin - Inscrit 8 juin 2019 08 h 30

    Vite

    se débarrasser de cette engeance qu'est le gouvernement de Juuussstinnnn. Québécois, Québécoises entendrez-vous? Probablement pas - bon je reconnais que l'alternative conservatrice n'est pas très alléchante, mais pour une fois, les Québécois et Québécoises pourraient être conséquents et, puisqu'ils appuient fortement les politiques du gouvernement de M. Legault, envoyer paître Justin et sa clique en votant pour envoyer un signal fort à Ottawa, en votant pour le Bloc. Et ne craignez rien: ce n'est pas un fort contingent bloquiste à Ottawa qui va arracher aux Québécois et Québécoises leur si chères Rocheuses...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 juin 2019 08 h 40

      La surdité des québécois est en effet à la hausse surtout chez les branchés sur leur i-phone :la
      musique pour ne pas écouter. Mais leur engagement pour les changements climatiques me font
      espérer qu'un ou qu'une leader du style de la jeune Suédoise va se lever et sera suivi(e) pour
      l'Indépendance du Québec et la Liberté.
      J'aime supposer que le Bloc fasse un tintamarre à Ottawa.

  • Louise Collette - Abonnée 8 juin 2019 09 h 15

    QC

    <<Il serait temps que le Québec joue sur sa propre patinoire avec le Canada>>
    Vous pouvez toujours rêver, ce qu'il nous faut c'est l'indépendance, autrement ce sera la même situation ad vitam aeternam.

    • Gilles Théberge - Abonné 8 juin 2019 10 h 13

      C’est ça que ça veut dire « jouer sur sa propre patinoire »...!

    • Claude Bariteau - Abonné 8 juin 2019 10 h 32

      Mme Colette, je ne rêve pas. Jouer sur sa propre patinoire implique d'être indépendant. Il me semblait que c'était clair.