Un chercheur ontarien met la ministre McCann en garde

Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Le Québec peut s’inspirer de l’Ontario pour verser une prime aux médecins de famille, mais il devrait éviter de répéter les mêmes erreurs, prévient le Dr Rick Glazier, un omnipraticien torontois et chercheur en politiques publiques sur la santé pour l’institut ontarien ICES.

« C’est l’exemple à ne pas suivre parce que ça pénalise les médecins qui offrent le meilleur accès aux soins », a-t-il affirmé en entrevue.

Le Dr Glazier et six de ses collègues ont publié en avril une étude dans la revue scientifique Health Affairs, où ils concluent qu’une prime versée par le gouvernement ontarien pour améliorer l’accès à un médecin de famille récompensait plutôt ceux qui voyaient le moins de patients.

« Cet incitatif a été instauré en Ontario il y a près de 20 ans et personne ne l’a changé depuis, a-t-il constaté. Personne ne croyait qu’il y avait un problème. »

Objectif raté

La prime est versée aux médecins payés par capitation, c’est-à-dire payés par patient plutôt qu’à l’acte pour les inciter à se rendre disponibles. Elle représente 20 % du salaire qu’ils reçoivent pour ce type de pratique, mais chaque fois qu’un patient consulte un autre médecin que celui qui lui est attitré, le coût de cette consultation est retranché de la prime.

« L’un de ses objectifs était d’empêcher les médecins de prendre beaucoup de patients pour recevoir un boni sans se libérer pour les voir, a expliqué le Dr Glazier. Nous avons toutefois découvert qu’elle avait l’effet inverse. »

La prime des médecins pratiquant dans les petites villes ou en région rurale dépassait 36 000 $ en 2013, mais les médecins pratiquant dans les grandes villes comme Toronto et Ottawa n’en recevaient pas même s’ils étaient beaucoup plus disponibles.

« Elle récompensait les médecins en milieu rural, alors que ce n’était pas du tout l’intention », a résumé le chercheur.

Il conclut donc que les gouvernements devraient demeurer vigilants lorsqu’ils ajoutent de coûteuses primes au salaire des médecins.

« Il n’y a rien de mal à donner un incitatif financier, mais il faut constamment l’évaluer pour détecter les impacts imprévus », a-t-il exposé. Quitte à ajuster le tir en cours de route.

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