La réforme du mode de scrutin divise la CAQ

Vue de l’Assemblée nationale 
Photo: Getty Images Vue de l’Assemblée nationale 

Les élus caquistes ont étalé au grand jour mercredi leurs différends sur la réforme du mode de scrutin, au dam de l’ex-président de l’Assemblée nationale Jean-Pierre Charbonneau.

La députée de Roberval, Nancy Guillemette, a appelé ouvertement à la tenue d’un référendum sur l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel mixte. « C’est un gros enjeu. On devrait demander à la population son avis. Mais, on verra dans le futur », a déclaré Mme Guillemette à l’entrée du Salon rouge, mercredi avant-midi. Le premier ministre François Legault avait pourtant écarté cette idée il y a à peine deux semaines et demie.

L’élue caquiste a « entendu des inquiétudes » concernant le redécoupage des circonscriptions advenant le déploiement d’un nouveau mode de scrutin permettant l’élection de députés de circonscriptions, mais aussi de députés de liste. « Quand on a de grandes circonscriptions […] c’est sûr que le service à la population peut être amoindri… mais en ayant deux députés — [dont] un de liste — probablement que cela palliera… », a-t-elle poursuivi.

La mise au rancart du mode de scrutin actuel ne constitue pas une priorité « pour les gens de la Mauricie », a fait valoir la députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif. « Sur le terrain, on n’en entend pas parler pour l’instant », a-t-elle souligné.

Même son de cloche de la part de son confrère Éric Girard. « Mon travail comme député, c’est de faire avancer mes dossiers de citoyens. Moi, je suis concentré là-dessus. Je suis dans le présent », a insisté le député de Lac-Saint-Jean.

Le président du Mouvement démocratie nouvelle (MDN), Jean-Pierre Charbonneau, demande aux élus de la CAQ de résister aux tentatives de sabordage de la réforme du mode de scrutin. « C’est une question de dignité. C’est une question d’honneur. C’est une question de respect des citoyens », a-t-il affirmé dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. « Un moment donné, tu ne peux pas, comme député, amener ton premier ministre et ton chef à se placer dans une position où il va faire rire de lui pendant des années. »

Par ailleurs, il est faux de prétendre que l’implantation d’un nouveau mode de scrutin est impopulaire au Québec, mentionne-t-il au passage. En effet, plus des deux tiers des Québécois souhaitent que le gouvernement procède à une réforme comme il s’y était engagé, selon un sondage Léger à paraître dans les prochains jours.

M. Charbonneau met en doute les visées démocratiques des politiciens appelant aujourd’hui à l’organisation d’une vaste consultation populaire sur la proportionnelle mixte. « Ceux qui réclament un référendum sont ceux qui ne veulent pas de la réforme », fait-il valoir.

Le MDN appuie la tenue d’un référendum sur un nouveau mode de scrutin, mais seulement après que celui-ci ait été testé par la population en 2022. « Que les législateurs qui ont des conseillers, qui ont des experts [à leur service], assument leur responsabilité de leadership. Puis, que les citoyens soient amenés à expérimenter le nouveau, et qu’après cela, [on se demande par référendum] : « Ayant testé les deux, est-ce qu’on veut continuer avec le nouveau système ou revenir à l’ancien ? », propose M. Charbonneau.

QS et PQ étonnés

Les porte-parole de Québec solidaire et du Parti québécois se sont dits étonnés mercredi de voir des caquistes se distancier de la réforme du mode de scrutin alors qu’il s’agissait d’une promesse électorale de la CAQ.

Cela dit, le PQ pourrait appuyer l’idée de soumettre le projet de réforme du mode de scrutin à la population par le biais d’un référendum à condition qu’il n’empêche pas l’instauration d’un nouveau mode de scrutin à temps pour les prochaines élections générales, prévues en 2022. « S’il le faut, on va y aller, mais le plus important, c’est que la prochaine élection se fasse avec un nouveau mode de scrutin », a lancé le chef parlementaire du PQ, Pascal Bérubé.

La co-porte-parole de QS, Manon Massé, juge un référendum superfétatoire. L’électorat québécois a déjà donné un « mandat très très clair » au gouvernement, en élisant 94 députés en faveur d’une réforme électorale — sur papier du moins — l’automne dernier, a-t-elle fait valoir.


La ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques, Sonia LeBel, a rencontré la solidaire Manon Massé et le péquiste Harold Lebel mercredi après-midi afin de faire « le point sur le dossier ». Elle propose de calquer la carte électorale québécoise sur la carte électorale canadienne qui compte 78 circonscriptions, en y ajoutant une circonscription pour les Îles-de-la-Madeleine et une circonscription pour Ungava. À ces 80 « députés de circonscription » s’ajouteraient 45 « députés de liste ». Ceux-ci seraient élus en fonction du vote obtenu par leur formation politique dans chacune des 17 régions administratives du Québec. « C’est le scénario qui circule le plus », a indiqué une source bien informée.

Legault jette du lest

Le premier ministre François Legault a dit mercredi être « à l’écoute » des préoccupations des députés de l’Assemblée nationale, à commencer par les membres de son propre groupe parlementaire. Il a aussi dit « comprendre que des personnes demandent un référendum » sur un nouveau mode de scrutin, puisque celui-ci entraînera un « changement important » dans la vie politique québécoise.

Le chef du gouvernement a invité ses députés à « penser aux intérêts des Québécois et non aux intérêts de la CAQ ». « On va essayer de faire le plus grand consensus possible », a-t-il lancé à la presse.

De son côté, M. Legault a réitéré mercredi sa promesse de déposer un projet de loi modifiant le mode de scrutin à l’Assemblée nationale avant le 1er octobre prochain, mais pas celle de le soustraire à un référendum.