Les indépendantistes prennent leurs distances de leur ancien collègue Réjean Hébert

Médecin en gériatrie, l’ex-ministre de la Santé avait été élu en 2012 pour le Parti québécois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Médecin en gériatrie, l’ex-ministre de la Santé avait été élu en 2012 pour le Parti québécois.

«Opportuniste», «désespéré», manque de cohérence et de crédibilité… Les indépendantistes ne manquaient pas de qualificatifs mardi pour décrire le possible passage de l’ex-ministre péquiste Réjean Hébert chez les libéraux de Justin Trudeau. M. Hébert, qui a dirigé le ministère de la Santé sous le gouvernement de Pauline Marois, songe à se présenter pour le parti fédéraliste lors de l’élection du 21 octobre.

«Être ministre de la Santé à tout prix, ça a déjà donné Gertrude Bourdon», a observé le chef parlementaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, en faisant allusion à la candidate malheureuse qui oscillait entre caquistes et libéraux en pleine campagne électorale, pour finalement rejoindre les seconds. «Quand on magasine publiquement un poste de ministre, il m’apparaît qu’il faut s’engager comme député sur un territoire», a-t-il ajouté.

M. Hébert envisage de sauter dans l’arène fédérale pour faire avancer le dossier des soins à domicile. «Je ne suis pas un politicien de carrière, je suis un politicien de projets», a-t-il expliqué en entrevue, tout en rappelant qu’il s’était présenté sur la scène provinciale en 2012 pour travailler sur le dossier du financement des soins à domicile et de la prévention des maladies chroniques. «J’ai un intérêt à retourner en politique si c’est un levier pour faire avancer des dossiers importants pour le Canada», a-t-il continué.

De toute évidence, ce n’est pas un souverainiste. Pour aller avec Justin Trudeau; je pense qu’il faut prendre acte de ça.

Cette affirmation en a fait sourciller plus d’un au sein de son ancienne formation politique, d’autant plus que M. Hébert avait signé une lettre dans Le Devoir moins de deux semaines après la victoire caquiste en octobre pour appeler à l’union du PQ et de Québec solidaire (QS). Il n’avait pas exclu, non plus, de se présenter à la succession de Pauline Marois en 2014.

« De toute évidence, ce n’est pas un souverainiste», a protesté la députée du Parti québécois, Véronique Hivon, qui a siégé au même conseil des ministres entre 2012 et 2014.

« [J]uste lui rappeler que la santé, c’est [d'autorité] du Québec, a remarqué le député péquiste Harold LeBel. S’il veut [faire] bouger les choses sur la santé, c’est au Québec que ça se fait, pas à Ottawa. »

Le premier ministre Justin Trudeau y voit le signe que d’autres enjeux sont devenus plus importants pour les électeurs. « [L]a préoccupation sur les structures politiques ou l'indépendance n'est plus un élément aussi central du débat politique des Québécois», a-t-il souligné alors qu’il était de passage à Vancouver.

L’ex-chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui a elle aussi partagé la table du conseil des ministres avec M. Hébert durant deux ans, estime que ce changement d’allégeance en dit long sur l’état du mouvement indépendantiste.

«Si, au moindre souffle et à la moindre carotte, les porte-parole comme Réjean Hébert virent leur veste de bord et sont prêts à faire n’importe quelle compromission pour avoir leur place au soleil, c’est ça qui démontre la faiblesse du mouvement indépendantiste.»

Elle milite toujours pour que l’indépendance du Québec soit remise à l’avant-plan par les partis souverainistes. Le député solidaire et ex-chef d’Option nationale, Sol Zanetti, est d’accord.

«Surtout, il faut redonner un sens au mouvement indépendantiste parce que c’est comme s’il y a des gens qui sont désespérés parce qu’ils ont oublié les raisons pour lesquelles ils luttaient», a-t-il remarqué en liant la souveraineté du Québec à la lutte contre les changements climatiques.

«Je m’interroge sur la cohérence et la crédibilité de M. Hébert», a réagi le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Maxime Laporte, avant d’énumérer les enjeux qui ont mené à des frictions entre Québec et Ottawa.

«On l’aura vu dans tous les dossiers, anciens et plus récents, que ce soit le cannabis, Netflix, les transferts en santé, l’environnement, l’économie, la Davie, la gestion de l’offre, Bombardier, les demandeurs d’asile, l’évasion fiscale, les tentatives de centralisation de la commission des valeurs mobilières, etc. La liste s’allonge pour ce qui est des ingérences et des attaques à l’égard des prérogatives du Québec.»

À Ottawa, la députée du Bloc québécois Monique Pauzé a invité Réjean Hébert « à poursuivre sa réflexion ».

« Il n’y a rien à attendre d’un gouvernement qui coupe dans l’indexation des transferts en santé, a-t-elle rappelé. Nous comprenons que le docteur Hébert veut faire avancer le projet d’une assurance autonomie, mais ce n’est pas par Ottawa qu’il pourra y arriver. »

«Je vais vous rappeler que le système de santé québécois a été mis en place parce que le fédéral dans les années 1960 et plus tard en 1984 a élaboré la Loi canadienne sur la santé, a signalé l’ancien péquiste en entrevue. C’est le fédéral qui a été la bougie d’allumage du système de santé que l’on connaît actuellement, qui est basé sur le financement des hôpitaux et des médecins.»

«Je pense que le fédéral n’a rien à voir dans la prestation de services, mais le financement du fédéral peut avoir une influence déterminante et, à mon avis, le financement des soins à domicile doit être un financement tout à fait différent de ce que l’on connaît actuellement», a-t-il poursuivi.

Médecin en gériatrie, l’ex-ministre de la Santé avait été élu en 2012 pour le Parti québécois, qui avait alors formé un gouvernement minoritaire. Il avait été battu en 2014. Il est présentement doyen de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.