Pluie de promesses pour les villes

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a profité de son discours devant les élus pour écorcher le premier ministre Justin Trudeau. 
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a profité de son discours devant les élus pour écorcher le premier ministre Justin Trudeau. 

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a pris une série d’engagements vendredi dans un discours au congrès de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), écorchant au passage le premier ministre Justin Trudeau et prédisant qu’il mènera une campagne de peur pour le scrutin du 21 octobre.

Son allocution à saveur préélectorale a semblé plaire à de nombreux délégués, qui se sont levés pour l’applaudir. M. Trudeau, qui s’était adressé à la foule en début de journée, avait reçu un accueil beaucoup plus tiède, ponctué d’applaudissements polis.

Le chef conservateur a promis de traiter les municipalités comme des partenaires à part entière, de maintenir un financement stable pour leurs projets et de mieux gérer ces fonds.

« Contrairement aux programmes d’infrastructure des gouvernements précédents, le plan des libéraux est réparti dans 32 ministères et organismes différents, a dénoncé M. Scheer. Je ne pense pas qu’il y ait déjà eu une gestion aussi irresponsable de sommes aussi importantes pour l’infrastructure publique depuis la création d’Infrastructure Canada en 2002. »

Il n’a pas manqué de rappeler que 25 % des 60 candidats conservateurs québécois nommés jusqu’à maintenant proviennent du monde municipal.

Andrew Scheer s’est également engagé, s’il est élu premier ministre, à déposer une politique environnementale ambitieuse, à abolir la taxe sur le carbone — une proposition accueillie par des cris approbateurs et des applaudissements —, à s’attaquer à la crise du logement et à celle des opioïdes et à combattre la criminalité liée aux gangs.

Il a accusé le gouvernement Trudeau d’avoir perdu le contrôle du déficit. Si rien n’est fait, a-t-il dit, de plus en plus d’argent servira à payer les intérêts sur la dette.

Trudeau fait valoir son bilan

Plus tôt dans la journée, le premier ministre Justin Trudeau avait donné le ton en affirmant que le Canada était à une élection de retomber dans l’austérité conservatrice. « Ce que nous avons vu à l’échelle provinciale devrait nous servir d’avertissement, a-t-il déclaré. Nous ne pouvons oublier jusqu’où les politiciens conservateurs sont prêts à aller pour concrétiser leur idéologie de réduire la taille du gouvernement. »

Il a associé les conservateurs fédéraux aux coupes du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford. Face à la grogne populaire, ce dernier a annulé en début de semaine des compressions rétroactives qui représentaient un manque à gagner de millions de dollars pour les villes.

« Le premier ministre Ford fait de la politique avec de l’argent qui appartient à vos communautés, et vos citoyens en paient le prix », a dénoncé Justin Trudeau, déclenchant des applaudissements.

Il a ensuite rappelé que le dernier budget libéral a doublé le montant du Fonds de la taxe sur l’essence que recevront les municipalités à l’échelle du pays en 2019 — 2,2 milliards — et a dressé le bilan de son gouvernement pour le financement d’infrastructures municipales.

« À Montréal, on est sur le point d’inaugurer le tout nouveau pont Samuel-De Champlain, a donné comme exemple M. Trudeau. Un pont sans péage tel que promis, contrairement aux conservateurs. » Il a ensuite promis une annonce pour bientôt pour le projet de tramway à Québec.

Le premier ministre s’est dit prêt à financer directement les municipalités, sans passer par les gouvernements provinciaux, lorsque ceux-ci refusent de collaborer avec Ottawa. « [S]’ils ne veulent pas travailler avec nous, nous allons trouver une façon de continuer à travailler avec vous », a-t-il affirmé en faisant toujours allusion au gouvernement Ford en Ontario.

Une bonne nouvelle pour le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Alexandre Cusson, qui veut pouvoir conclure des ententes directes avec le gouvernement fédéral.

« La partie de ping-pong a assez duré entre Ottawa et les provinces, a-t-il déclaré en entrevue à La Presse canadienne. Trop souvent, il y a de l’argent à Ottawa, mais comme on attend des ententes administratives, bien on ne voit pas la couleur de cet argent-là. On arrive, il reste moins de temps pour faire les travaux et […] ça a un impact à la hausse sur les prix. »

Les maires des grandes villes canadiennes, eux aussi, avaient fait connaître leurs demandes la veille, soit un meilleur financement pour le transport en commun et leurs infrastructures de même qu’une augmentation de l’enveloppe pour l’adaptation aux changements climatiques.

« Ce sont les maires qui sont les mieux placés pour connaître les besoins de leur communauté », a affirmé la présidente de la FCM, Vicky-May Hamm, en entrevue, appelant Ottawa à leur faire confiance.

Deux autres chefs de partis fédéraux, le néodémocrate Jagmeet Singh et la verte Elizabeth May, s’adresseront aux élus municipaux dans le cadre de ce congrès annuel qui se poursuit samedi et dimanche.

Avec La Presse canadienne