Maternelles 4 ans: qui financera les camps de jour?

Les services aux enfants varient beaucoup d’une école à l’autre, d’une commission scolaire à l’autre.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Les services aux enfants varient beaucoup d’une école à l’autre, d’une commission scolaire à l’autre.

L’arrivée des maternelles quatre ans risque de faire grimper la demande pour les services de camp de jour d’été, déplore l’Union des municipalités du Québec (UQM), qui réclame déjà de l’aide et des fonds.

À l’heure actuelle, les enfants de quatre ans peuvent continuer à fréquenter leur garderie pendant la saison estivale. Or, une fois à la maternelle, les parents doivent se débrouiller autrement puisque les services de garde des écoles sont fermés durant la belle saison, signale l’UMQ dans un mémoire obtenu par La Presse canadienne jeudi.

L’organisme, qui regroupe des centaines de municipalités au Québec, anticipe dès lors une « demande accrue de la part des parents » pour les camps de jour. Or, ces camps « ne sont pas adaptés pour accueillir des enfants de cet âge » et prennent la plupart du temps les enfants à partir de 5 ans seulement.

« Les toilettes, les lavabos et les fontaines d’eau n’ont pas été conçus pour les tout-petits, contrairement aux infrastructures dans les CPE et les garderies », fait valoir le lobby, qui mentionne aussi le manque de formation de son personnel et la nécessité d’ajouter des moniteurs pour créer de plus petits groupes.

Déjà aux prises avec une hausse des enfants à besoins particuliers et des difficultés à recruter des animateurs, l’UMQ avertit le gouvernement qu’il en coûtera au moins 26 millions de dollars par an pour offrir le service.

Ce n’est pas le premier groupe à signaler des problèmes découlant de l’horaire particulier des maternelles quatre ans. Depuis le début de la commission parlementaire, plusieurs voix soulignent que les parents risquent d’avoir à payer pour le service de garde le soir et les camps de jour l’été.

Des enseignantes en maternelle

Jeudi, la commission parlementaire a par ailleurs permis d’entendre pour la première fois des éducatrices qui enseignent en maternelle quatre et cinq ans.

« Nous sommes préoccupées par une volonté politique qui sépare plus qu’elle unit les différents acteurs qui oeuvrent auprès de cette clientèle », a dit d’entrée de jeu la présidente de l’Association d’éducation préscolaire du Québec (AEPQ), Sylvie Drouin.

À l’instar de plusieurs autres acteurs du milieu, Mme Drouin a préféré ne pas se prononcer sur la pertinence d’offrir les maternelles quatre ans partout, concentrant plutôt son intervention sur les besoins des enfants et des enseignantes.

26 millions
C’est ce montant que l’UMQ estime qu’il faudra dépenser annuellement pour s’occuper des bambins durant l’été, alors que les services de garde à l’école sont fermés

En réponse aux questions des élus, elle a toutefois signalé que les modules de jouets dans les cours d’école étaient souvent conçus pour des enfants plus âgés (six ans et plus).

À un certain moment, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, l’a invitée à « rassurer » les parents qui craignent que leurs petits soient perdus dans une cour d’école dominée par les grands.

L’autre représentante de l’AEPQ, Carolane Couture, a alors répondu qu’à certains endroits, les petits de maternelle faisaient la récréation à un moment distinct du reste des élèves, mais que ça dépendait des établissements.

Même chose pour les services pour les enfants à besoins particuliers. « Il y a des classes où il y a une orthophoniste qui vient une fois par semaine faire des activités de stimulation en partenariat avec l’enseignante, ce qui est merveilleux », a dit Mme Couture, qui enseigne elle-même dans une maternelle quatre ans. « Par contre, dans les mêmes commissions scolaires, il y a des enfants qui n’ont pas ce privilège-là, a-t-elle dit. C’est inéquitable ».

Comme point positif de la réforme projetée par la CAQ, Mme Drouin a toutefois mentionné que la maternelle quatre ans permettait aux enseignantes de la maternelle ordinaire d’obtenir facilement des renseignements sur leurs élèves puisqu’ils ont passé l’année précédente dans l’école. « Quand l’enfant arrive du service de garde, on n’a pas accès à son bagage antérieur », a-t-elle dit.

Un chercheur sonne l’alarme

La journée a en outre été marquée par le passage d’un nouveau chercheur doutant des vertus de la formule de maternelle quatre ans. « La recherche, elle est floue », a déclaré Georges Tarabulsy, professeur à l’école de psychologie de l’Université Laval. « On se lance dans cette entreprise sans avoir fait le travail d’évaluer, de valider, de piloter pour être sûrs qu’on va dans la bonne direction. Si ça fonctionne, je vais être le premier à dire qu’il faut dépenser deux millards de dollars. Mais si on n’est pas sûrs, on devrait aller un petit peu plus lentement. »

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, lui a alors fait remarquer que le Québec avait testé la formule, ces dernières années, en créant 394 classes. « Ça fait cinq ans qu’on l’implante progressivement, et, nous, on projette de poursuivre l’implantation sur cinq ans, donc, à terme, on l’aura implantée en dix ans », a-t-il dit. Rappelons que son gouvernement prévoit d’offrir le service à 50 % des enfants de quatre ans d’ici cinq ans, l’équivalent de 2600 classes.

Plus tôt en matinée, M. Roberge avait dû se défendre d’ignorer la science dans ce dossier lors de la période de questions. « Le ministre nie la réalité, il refuse de voir ce que les études nous disent et il persiste à imposer sa promesse électorale », lui a lancé la députée solidaire Christine Labrie avant de la comparer à « un Gaétan Barrette 2.0 », ce qui l’a forcée à s’excuser non pas auprès de M. Roberge, mais de M. Barrette.

Lors de son échange avec elle, le ministre Roberge avait affirmé que le « statu quo » du système actuel faisait « régresser » le Québec, tandis qu’en Ontario, « la vulnérabilité des enfants qui ont bénéficié de [la maternelle quatre ans] a été coupée de moitié. On s’inspire de ce qui se fait de bon et on l’interprète à notre façon pour offrir le meilleur à nos enfants. Qui pourrait nous reprocher ça ? », avait-il lancé.

À la comparaison avec M. Barrette, il a en outre répondu qu’il comptait travailler en équipe avec le milieu de l’éducation. « Je veux rassurer les gens : on travaille en concertation », a-t-il dit.

Avec La Presse canadienne

4 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 31 mai 2019 08 h 54

    C'est une grave erreur...

    En plus de nous comparez aux USA dont les services de garde sont extrêmement dispendieux, le ministre ignore la compétence des CPE en les amalgamant aux garderies privées. Au lieu de bonifier le soutien aux CPE et de leur permettre d'intégrer les enfants de milieux défavorisés gratuitement, on affecte 3 millions pour les garderies en milieu familial. Il y a là un biais pour le privé et un profond mépris pour une institution typiquement québécoise, unique au monde, où les parents sont impliqués et qui souffre d'un manque d'investissemnt récurent. C'est une honte!

  • Gilles Bonin - Inscrit 31 mai 2019 10 h 00

    Oh! qu'on aime

    tout mélanger.... quand on ne veut pas évoluer. Il y aura un service de garde ET l'école à 4 ans. Point barre. Parce qu'elle est la logique de la possibilité des maternelles 5 ans juxtaposées au service de garde. À 4 ou 5 ans ce devrait être les mêmes empêchements. Ah! mais voilà, la maternelle 5 ans est depuis longtemps implantée... alors ça fait partie des meubles.

  • Gilles Théberge - Abonné 31 mai 2019 12 h 43

    Monsieur Roberge est un monsieur « je sais tout » et il n’écoute et n’entend rien d’autre.

    Comment on appelle ça un gars comme ça....?

  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 1 juin 2019 07 h 56

    Passage service de garde à la maternelle

    Dans l'article madame Dumais dit que l'avantage des maternelles 4 ans est que ça permet aux professeurs de maternelles 5 ans d'avoir un portrait de leur élèves. Pourtant dans plusieurs services de garde, il existe des outils qui dressent le portrait de l'enfant de 4 ans et qui est remis aux professeurs de maternelles et suite à la lecture de ces portraits, dans certains endroits, des professeurs de maternelles viennent en service de garde pour rencontrer les éducatrices afin de mieux connaître leur futurs élèves.