D’abord sortir les enfants du placard

La CSDM avait écrit en mars au ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, pour lui signaler que la sécurité des élèves était «fortement compromise».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La CSDM avait écrit en mars au ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, pour lui signaler que la sécurité des élèves était «fortement compromise».

Des révélations choquantes sur de jeunes autistes confinés au placard de leur école ont renforcé les attaques du programme des maternelles quatre ans mardi au Parlement. Plus que jamais, le gouvernement doit revoir ses priorités, plaident les oppositions.

« Le ministre peut-il admettre que les besoins sont criants en ce moment dans le réseau de l’éducation ? », a dénoncé la députée péquiste Véronique Hivon mardi pendant la période de questions.

Mme Hivon avait fourbi ses munitions à partir d’un reportage de Radio-Canada rapportant que la pénurie de locaux était tellement grave à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) que l’école spécialisée de l’Étincelle n’avait plus d’endroit sécuritaire pour isoler ses élèves autistes en crise.

Mme Hivon dénonçait aussi le cas rapporté par Le Journal de Montréal d’un jeune garçon de 11 ans qui ne savait ni lire ni écrire, faute d’avoir eu de l’aide pour composer avec ses troubles d’apprentissage.

« Est-ce que le ministre peut s’engager aujourd’hui [à ce] que tous les enfants qui ont des besoins à l’heure actuelle […] vont les recevoir avant de se lancer tête baissée dans cette idée fixe des maternelles quatre ans ? », a-t-elle lancé.

Un peu plus tôt, la porte-parole libérale en éducation Marwah Rizqy reprochait au gouvernement de ne pas avoir « la priorité à la bonne place ». « En ce moment, il y a des endroits où il y a de véritables besoins. […] C’est triste de voir aujourd’hui qu’on a des enfants autistes qui sont mis dans des placards. […] La priorité du gouvernement doit être revue. »

Chez Québec solidaire aussi on a brandi l’histoire du placard à la CSDM pour inviter le ministre à « mieux gérer ses priorités ».

De l’aide avant les maternelles

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, n’a toutefois pas manqué de se dire « choqué » par la situation de l’école de l’Étincelle.

« J’ai eu à travailler avec des enfants qui ont un trouble du spectre de l’autisme puis j’ai eu à intervenir sur de tels enfants en crise. Il faut le faire avec tact en prenant soin d’eux, même s’ils sont en crise. Ils ont besoin qu’on prenne soin d’eux, et de les envoyer dans un placard à balais, dans un endroit où il y a des dispositifs électriques, des vis apparentes. […] Ce n’est pas une façon de faire acceptable au Québec », a-t-il lancé lors de la période de questions.

S’il y a un problème, si un local est dangereux, n’appelez pas le ministre, appelez l’ébéniste. Quand il y a un problème, ne me demandez pas d’aller visiter l’école, réparez-la.

Le ministre était d’autant plus sur le gril que la CSDM lui avait écrit en mars pour lui signaler que la sécurité des élèves était « fortement compromise ».

Piqué au vif, il a laissé entendre que les commissaires de la CSDM auraient dû agir. « S’il y a un problème, si un local est dangereux, n’appelez pas le ministre, appelez l’ébéniste. Quand il y a un problème, ne me demandez pas d’aller visiter l’école, réparez-la. Et si vous avez besoin d’argent, faites-nous des demandes, on ne laissera pas les enfants dans des locaux dangereux. »

La CSDM fait par ailleurs partie des groupes qui n’ont pas réussi à se faire inviter à la commission parlementaire chargée d’étudier le projet de loi sur les maternelles 4 ans. « Il n’y a pas d’ouverture de la part du gouvernement de les entendre. Et, pourtant, la CSDM est un groupe qui a de l’expertise par rapport aux maternelles quatre ans », a déploré à cet égard la porte-parole solidaire en éducation Christine Labrie.

Étude peu concluante

La question des invitations à cette commission parlementaire est source de tensions, les caquistes se faisant justement reprocher de ne pas inviter certains experts moins gagnés aux maternelles quatre ans, comme le pédiatre Jean-François Chicoine, de l’Hôpital Sainte-Justine, la Dr Mylène Drouin, de la Direction régionale de santé publique de Montréal ou encore la chercheuse Christa Japel, de l’Université du Québec à Montréal. Il reste pourtant des plages horaires vacantes, martèlent à cet égard les oppositions.

Or, cela n’a pas empêché le projet de loi de s’attirer encore du scepticisme mardi. Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a notamment cité dans son mémoire une étude embarrassante de Mme Japel (mentionnée plus haut), l’une des deux seules recherches à avoir évalué les maternelles 4 ans qui se sont développées au Québec ces dernières années. L’étude menée en 2014-2015 concluait que « la qualité de l’environnement éducatif » dans lequel évoluaient les enfants était « très basse ».

Ce passage du mémoire a fait réagir le ministre qui a tenu à souligner qu’à l’époque de l’étude, le gouvernement avait peu investi dans l’aménagement des locaux. Or, la présidente du CSE, Maryse Lassonde, lui a répondu que l’étude relevait aussi des lacunes en « stimulation du langage » dans les « activités offertes », notamment.

Par contre, Mme Lassonde n’a pas non plus donné satisfaction à la péquiste Véronique Hivon lorsque cette dernière lui a demandé de comparer les services offerts en CPE et ceux en maternelle quatre ans. La présidente du CSE a alors affirmé que l’accès à des orthophonistes et orthopédagogues serait plus facile dans les maternelles 4 ans que dans les CPE parce qu’elles se trouvent dans des écoles qui en ont déjà. « Il y a probablement dans certains milieux plus d’accès aux ressources professionnelles. Cet accès-là devrait favoriser le développement des enfants, oui. »

5 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 29 mai 2019 03 h 02

    C'est beau

    la faute du ministre et blablabla, même s'il y a un peu de vrai et une bonne dose de réalité qui lui tombe dessus. Mais les comportements «débiles» d'en bas - du prof, à la direction d'école, à la commission scolaire, c'est d'une aberration!!!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 29 mai 2019 04 h 42

    Apprendre dans un placard ?!?

    « Ils ont besoin qu’on prenne soin d’eux, et de les envoyer dans un placard à balais, dans un endroit où il y a des dispositifs électriques, des vis apparentes. […] Ce n’est pas une façon de faire acceptable au Québec » (Jean-François Roberge, Ministre, MÉES, CAQ)

    De cette citation, réaction de solidarité :

    Bien qu’il soit « justifiable » (?!?, A) de placer des enfants dans des placards, des placards convertis soudainement en salles d’apaisement, il n’en demeure pas moins que des mesures sécuritaires préventives auraient pu être utilisées pour éviter ce genre de situation dite « intolérable », notamment en milieu scolaire, et ce, à l’aube du 21ème siècle !

    De ce genre de situation rappelant l’ère des Duplessis-Léger, en existe-t-il d’autres similaires dans ce Réseau scolaire du Québec (d’exemples, chez les « troubles de comportement », la « déficience intellectuelle » … .) ?

    De cette réaction, il est à espérer que des mesures appropriées émergent afin que ce genre de situation ne se produise plus et que l’essentiel de l’enseignement auprès de personnes en difficulté (« TSA », « TA », « DI » … .) se déroule, sauf exception ???, en dehors des salles d’apaisement !

    Apprendre dans un placard ?!? - 29 mai 2019 –

    A : Toutes les raisons sont bonnes pour justifier ce genre de « justifiable » qui, même en présence des enfers pavés d’excellentes intentions !?!, semble, plutôt et fort possiblement, relever d’une certaine mentalité-culture du milieu comme … à revisiter d’urgence !

  • Yvon Robert - Abonné 29 mai 2019 08 h 05

    Pour une commission Parent 2.0

    Pour une commission Parent 2.0 La commission Parent a permis de créer le ministère de l'éducation et de rendre l'école accessible à l'ensemble de la population en 1960. Il est temps de s'arrêter de faire une évaluation de la situation et de proposer un modèle pour les années 2000, en attendant réparons nos écoles.

    Les écoles tombent en ruines

    On se dirige vers une pénurie d'enseignants

    Le nombre de décrocheurs explose

    La priorité aux maternelles 4 ans divise

    On annonce l'abolition des commissions scolaires

    Le système est en manque de 2000 professionnels

    Une loi de l'Instruction publique d'un autre siècle.

    Un régime pédagogique qui étouffe les écoles

    Un ministère de l'Éducation tentaculaire

    Des conventions collectives de 200 pages

    Un apprenti sorcier comme ministre de l'Éducation

  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 29 mai 2019 11 h 21

    Marie-Hélène Gagnon - abonnée

    Si le ministre avait vraiment voulu avoir une idée plus réaliste pour les maternelles 4 ans, il aurait invité un représantant de la Finlande, pays avec le taux le plus élevé de diplômation au monde et où les enfants débutent la maternelle à mi-temps à 6 ans!
    Est-ce qu'il y a une étude sur les premiers élèves au Québec à avoir fréquenté les maternelles 4 ans et leur réussite scolaire versus ceux qui ont fréquenté les CPE?
    Les élèves du primaire et du secondaire ont déjà très peu de services, rajouter les maternelles 4 ans ne fera pas apparaître les spécialistes!

  • Gilles Théberge - Abonné 29 mai 2019 15 h 08

    Ce ministre « moi je sais tout » est peut-être resté trop longtemps dans son propore placard ! Il commence à être condescendant avec tout le monde.

    Je ne sais pas s'il ne comprends pas où si c'est le fait que Legault s'est déjà engagé et qu'il doit absolument livrer cette commande. Mais il commence à être pesant dans le plateau des insatisfactions...