L’exemple new-yorkais des maternelles 4 ans

À l’heure actuelle, seulement 27% des enfants en âge d’aller à la garderie ont une place en CPE et 42 000 sont sur la liste d’attente.
Photo: Unsplash À l’heure actuelle, seulement 27% des enfants en âge d’aller à la garderie ont une place en CPE et 42 000 sont sur la liste d’attente.

Le virage vers les maternelles 4 ans franchit une étape importante cette semaine avec le passage d’une trentaine de groupes et de chercheurs en commission parlementaire au Parlement. Une occasion de plus de noter les désaccords profonds qu’inspire le sujet.

Ainsi, les élus ont entendu lundi l’expert Richard Léonard affirmer que la maternelle 4 ans était « inévitable » dans la lignée des pratiques pédagogiques.

Mais ils ont aussi eu droit aux mises en garde du professeur Jacques Moreau, de l’École de service social de l’Université de Montréal, selon qui cela peut constituer une « menace » pour le développement des enfants.

Confronté à un scepticisme persistant dans ce dossier, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a répété qu’il fallait « agir tôt pour prévenir plus tard des écarts » et que 27 % des enfants arrivaient en maternelle avec du retard dans au moins un domaine de développement. « Nous allons réussir cette implantation parce qu’on le fait pour les bonnes raisons, parce qu’on croit à l’égalité des chances », a-t-il martelé.

Avec le projet de loi 5, la Coalition avenir Québec vise à ce que les écoles primaires offrent la maternelle 4 ans à l’ensemble des familles à partir de 2023, soit l’équivalent de 2500 classes. À l’heure actuelle, elle n’est offerte que dans 394 classes de secteurs défavorisés.

Lundi, les travaux ont débuté avec le passage remarqué d’un organisme new-yorkais, qui semble avoir développé des maternelles 4 ans gratuites avec succès. « On ne veut pas que vous nous copiiez, on veut simplement vous donner un exemple qui pourrait être inspirant pour vous », ont expliqué Carlyn Rahynes, du projet Pre K Center, et son collègue Rafael Alvarez.

Lancé en 2014 par le maire Bill de Blasio, le projet ciblait au départ seulement certains secteurs plus défavorisés. Or il a connu un tel succès que la Ville a décidé de l’offrir à tous les enfants. Selon M. Alvarez, les élèves de la première cohorte aujourd’hui en troisième année ont des résultats de 20 % supérieurs à ceux de leurs prédécesseurs.

Des « duos de feu »

Cinglante, la députée libérale Marwah Rizqy a déclaré que le gouvernement « manquait tellement d’appuis » dans ce dossier qu’il lui fallait aller jusqu’à New York pour en trouver.

Dans leurs questions aux représentants new-yorkais, les élus de l’opposition ont d’ailleurs insisté sur les grandes différences entre la réalité de New York et celle du Québec, notamment le fait qu’il n’y avait pas là-bas d’équivalent de CPE avant la création du programme Pre K.

De façon plus générale, le Parti libéral, Québec solidaire et le Parti québécois sont unanimes pour dire que le projet de loi n’est pas justifié et que le gouvernement devrait se contenter d’offrir la maternelle 4 ans à davantage d’enfants en milieu défavorisé tout en consolidant le réseau des centres de la petite enfance (CPE).

À l’heure actuelle, seulement 27 % des enfants en âge d’aller à la garderie ont une place en CPE et 42 000 sont sur la liste d’attente.

Nous allons réussir cette implantation parce qu’on le fait pour les bonnes raisons, parce qu’on croit à l’égalité des chances

Outre les visiteurs de New York, deux organismes plutôt favorables au projet sont intervenus lundi en commission parlementaire. Richard Leonard, un spécialiste en adaptation scolaire atteint de paralysie cérébrale, est venu raconter les démarches hâtives et persévérantes de ses parents, qui lui ont permis de surmonter ses handicaps et de faire la carrière qu’on lui connaît. « On ne doit pas s’empêcher de réaliser quelque chose parce que les moyens présentement ne sont pas adéquats. On peut peut-être différer, changer la façon de faire, mais moi, je crois profondément que, dans la ligne des pratiques pédagogiques, la maternelle 4 ans est inévitable », a-t-il dit.

On a ensuite pu entendre l’Association québécoise de la garde scolaire, qui représente les services de garde dans les écoles primaires. Sa directrice, Diane Miron a notamment suggéré d’employer des éducatrices en services de garde dans les équipes de maternelle 4 ans.

Ouvert à cette suggestion, le ministre Roberge a répété que les maternelles 4 ans seraient encadrées par des « duos de feu » composés d’une enseignante et d’une éducatrice à temps partiel.

Ces équipes auraient l’avantage de dépister plus vite les retards d’apprentissage et de diriger les enfants rapidement vers des services spécialisés au sein de l’école.

Or selon le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE), les éducatrices en CPE font déjà du dépistage. Le problème, fait valoir sa présidente, c’est que leurs interventions ne sont pas relayées par des services dans le réseau de santé.

Les besoins des enfants de 4 ans « ne seront pas suffisamment pris en compte » dans les maternelles 4 ans, a renchéri le professeur Jacques Moreau, de l’Université de Montréal, qui les accompagnait, parlant même de « menace » pour leur développement.

En fin de journée, ce fut au tour de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) d’afficher son opposition au projet de loi. « On est extrêmement inquiets comme organisation syndicale », a fait valoir le président de la centrale, Jacques Létourneau. « Pour inventer un nouveau modèle, ça va coûter pas mal d’argent », a-t-il souligné en évoquant les 880 millions de dollars prévus pour la construction des classes.

Mardi, ce sera au tour des associations de parents, notamment anglophones, de se faire entendre au Parlement en plus des garderies privées et du personnel de direction des écoles. Les travaux doivent se poursuivre jusqu’à jeudi et reprendre mardi prochain.

2 commentaires
  • Pierre Labelle - Abonné 28 mai 2019 06 h 13

    Non au mur à mur.

    Le mur à mur proposé par le ministre Roberge dans ce dossier démontre les oeillères que porte le ministre et son gouvernement. Ce n'est pas parce que tu fait un rêve une nuit que ce dernier doit absolument devenir réalité. Oui cette promesse électorale de François Legault a du bon, mais elle peut et doit être appliqué en tenant compte de la réalité qui existe dans le milieu de l'éducation au Québec en 2019. Pénurie de classes, pénurie d'écoles, écoles existantes en décripitude, pénurie d'enseignants(es), pénurie de pédagogues, orthopédagogues et autres spécialistes nécessaire à la bonne croissance des enfants. Quand, et seulement quand nous aurons comblés ces graves lacunes, nous pourrons songer à ces maternelles 4 ans pour tous. En attendant complétons notre réseau des CPE qui est un modèle en Amérique du Nord. Que la CAQ n'essaie pas de réinventer la poudre à canon. Le Québec n'a pas les moyens de se mettre en échec lui-même en fonçant les yeux fermés dans un tel projet. On compare une pomme avec une autre pomme, pas avec une orange, alors les matenelles 4 ans de NY, ne peuvent servir de comparaison avec un Québec qui offre des CPE alors que NY n'en a pas.

  • Jean-François Trottier - Abonné 28 mai 2019 07 h 33

    New-York, New-York...


    Existe-t-il à New-York un système de garderie comparable à nos CPE?

    Ben... non. Ou plutôt oui. chez les riches.

    Mes petits-enfants sont en CPE et chaque fois que j'y suis passé j'ai constaté la qualité exceptionnelle du milieu, dont la présence attentive d'une éducatrice pour un nombre restreint d'enfants. des notes détaillées pour chaque enfant en fin de journée,
    Je n'y ai jamais vu plus de 8 enfants par éducatrice.

    Le ratio enseignant/élève sera autour de 1 pour 18 à la maternelle.

    Les maternelles fonctionneront de 8:30 ou 9:00 le matin à 15:00 je suppose.

    Après 15:00 les enfants seront amenés dans la garderie de l'école. Un endroit où ils sont parqués en attendant leurs parents.
    Aucun projet dans la garderie de l'école, seulement des moyens de passer le temps. Parfois la télé.
    Les personne présentes sont des gardiennes, pas des éducatrices.

    Certains parents arriveront, comme pour un CPE, juste avant 18 heures.
    Ça va faire 3 heures par jour à niaiser en les attendant.

    New-York a bien agi face à... rien du tout.

    Nous avons les CPE.

    Quelque chose cloche.
    Combien le gouvernement veut économiser en érodant le plus possible l'extraordinaire système des CPE ?