Changements climatiques: Dominic Champagne appelle à former une «large coalition»

L’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, et le premier ministre François Legault
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, et le premier ministre François Legault

La Coalition avenir Québec verdit son programme politique, ce qui ne plaît pas à tous les membres du parti de François Legault.

Parmi eux, Éric Boisclair s’inquiète de voir l’image de marque de la CAQ pâlir après l’adoption par les participants du conseil général de Montréal d’une foule de mesures visant à réduire l’empreinte écologique des Québécois. « LA CAQ s’est toujours dit le défenseur du contribuable. […] Pourquoi cet intérêt soudain à se laisser influencer par les groupes de pression verts. Cet intérêt pour les GES n’a jamais fait partie du discours de la CAQ et ne fait pas partie des promesses de campagne de l’automne dernier », a-t-il affirmé après le coup d’envoi d’un débat de plus de trois heures sur 32 résolutions visant à verdir le programme politique de la CAQ, samedi après-midi.

Le militant de la circonscription lavalloise de Fabre a notamment décrit les efforts de retrait des véhicules à essence des routes québécoises comme une « attaqu [e] à notre liberté et notre style de vie pour quelque chose qui ne donnera aucun résultat » dans la lutte contre les changements climatiques. « Le Québec ne sauvera pas la planète », a-t-il fait valoir.

M. Boisclair a invité les autres membres de la CAQ à s’opposer aux propositions soumises par la commission politique visant à accélérer la « transition énergétique », mais à appuyer celles visant à améliorer la « gestion des matières résiduelles » ou à accroître la « protection du territoire ». Le Lavallois a reproché au passage aux médias et aux groupes de pression de casser les oreilles de la population avec « l’urgence climatique ». « Sachant que les scientifiques climat-réalistes sont toujours systématiquement écartés du débat public, quelle est la validité de l’urgence climatique ? » a-t-il demandé en plénière. Un confrère a invité l’auditoire à regarder de plus près les études effectuées par les scientifiques entourant le président des États-Unis, Donald Trump sur les « bienfaits majeurs » des gaz à effet de serre (GES).

En l’absence d’un consensus au sein de la communauté scientifique, « mieux vaut prévenir que subir » les changements climatiques, a rétorqué un autre caquiste, s’attirant, lui, les applaudissements de la salle.

Plus tard, un militant a dit appréhender qu’Infoman s’empare des propos de militants caquistes pour tourner en ridicule la CAQ. « Les climatosceptiques, on peut se garder une petite gêne aujourd’hui ! » a-t-il déclaré au micro. « Bravo ! » a lancé une femme dans la salle.

Consigne sur les bouteilles de plastique
Les membres de la CAQ ont notamment voté en faveur samedi de la création d’« une consigne sur les bouteilles d’eau afin de réduire progressivement leur utilisation ». Plus largement, ils ont demandé au gouvernement de François Legault de « mettre en œuvre un plan de retrait du plastique à usage unique ». « Il va y avoir un très bon plan. Ne vous en faites pas », a assuré la présidente de la commission juridique, Céline Tessier.

Jérémie Bélanger, qui dit avoir été défait par « les communistes » de Québec solidaire dans la circonscription de Rouyn-Noranda au dernier scrutin, avait appelé «ses confrères et consœurs à battre la proposition », mais en vain. Il craint maintenant de voir la Sûreté du Québec se transformer en « police du plastique ».

Certains membres ont tenté de faire adopter une résolution semblable demandant au gouvernement caquiste d’instaurer une consigne sur le verre. Ils ont mordu la poussière.

« Urgence pragmatique »
Le gouvernement caquiste est mu par une « urgence pragmatique », a martelé le chef de la CAQ, François Legault, à son arrivée au premier rassemblement de membres depuis les élections générales du 1er octobre dernier. M. Legault a toutefois dit refuser de revêtir les habits de « bonhomme vert » de son prédécesseur à la tête de l’État québécois, Philippe Couillard. La porte demeure fermée à tout « péage » ou « taxe nouvelle », a-t-il indiqué.

Les promesses faites par la CAQ seront suivies d’actions, a assuré la présidente du Conseil exécutif national de la CAQ, Alice Khalil. Après les « vœux pieux » des libéraux, les « actions réelles » de la CAQ, a-t-elle résumé.

Le premier ministre s’est réjoui de voir environ 1200 membres de la CAQ ― incluant l’activiste Dominic Champagne ― participer au premier conseil général post-électoral. « Je suis content de voir tous les gens participer, incluant Dominic Champagne. Je suis très ouvert à écouter les contributions des groupes de citoyens, des groupes de pression. Cependant la CAQ n’est pas au service de groupe de pression. Elle est au service de l’ensemble des Québécois », a-t-il précisé dans une mêlée de presse. Des bacs de recyclage, des programmes imprimés sur du papier recyclé, ainsi que des affiches rappelant que l’événement est carboneutre étaient placées derrière lui à la vue de tous.

Une large « coalition »
L’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, a pressé quelque 1200 caquistes à former une large « coalition » pour combattre les changements climatiques. Le metteur en scène a fait son appel durant le conseil général de la Coalition avenir Québec samedi. L’auditoire ne lui était pas acquis d’avance. Il en était ravi.

« Je suis là pour convaincre le monde de signer le pacte », a-t-il lancé après avoir demandé aux signataires du Pacte pour la transition de se manifester. Quelques personnes dispersées dans une vaste salle de conférence du Plaza Montréal, où se tient le conseil général de la CAQ ce week-end, ont levé la main. « Qui ne l’a pas signé ? » Des centaines d’individus se sont fait voir. « Quand je suis devant des convaincus, c’est moins heureux ! » a-t-il lancé, s’affairant à convaincre les militants de la CAQ d’accélérer la transition écologique.

« Le gouvernement n’y arrivera pas tout seul. Le premier ministre n’y arrivera pas tout seul. […] On est en période de surplus budgétaires. [On est en période] de presque plein emploi, on a des surplus énergétiques. On a de l’innovation, on a un sens de la coopération. On a envie de bouger. Alors, bougeons ! », a fait valoir l’activiste, arborant deux macarons : un portant le logo de la CAQ, un portant l’inscription : « J’aime mon premier ministre ». « Les solutions sont multiples [à l’urgence climatique]. Créons-la cette coalition-là », a-t-il ajouté M. Champagne, venu « souffler dans les voiles du parti qui est au pouvoir ».

Le directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand, a dit trouver « réconfortant » que la CAQ prenne à bras-le-corps le dossier des changements climatiques. « Ce dont on a besoin, c’est un gouvernement qui a du leadership », a-t-il fait valoir, tout en rappelant que « l’économie et l’environnement, ça ne s’oppose pas ».

Trente-deux propositions écologiques

Les membres caquistes ont adopté en conseil général la totalité des 32 propositions visant à réduire l’empreinte écologique des Québécois, qui a été soumise par l’état-major de la CAQ. Aperçu.

La CAQ propose au gouvernement Legault :

- de mettre de l’avant des moyens pour accélérer l’adoption d’énergies renouvelables afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

- d’accompagner et de soutenir financièrement les industries et les institutions qui utilisent des sources d’énergies non renouvelables vers l’utilisation d’énergies renouvelables.

- de soutenir la diffusion des connaissances et la recherche scientifique dans le domaine de l’environnement.

- d’augmenter de façon significative la cueillette et le recyclage du verre.

- de soutenir et bonifier le développement de l’économie circulaire afin de notamment créer de nouveaux débouchés pour nos matières résiduelles.

- de favoriser, bonifier et soutenir la production et l’utilisation de gaz naturel renouvelable (GNR) par l’utilisation de la biomasse et des matières résiduelles, et conséquemment de diminuer l’utilisation du gaz naturel non renouvelable.

- de réduire l’utilisation de pesticides en milieu agricole et urbain et de soutenir le développement de méthodes alternatives à l’usage des pesticides.

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