Tramway de Québec: Legault évoque une révision du projet

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, François Legault
Il faudra revoir l’ampleur du projet de tramway à Québec si Ottawa ne bonifie pas son enveloppe, a averti le premier ministre François Legault jeudi. Il s’était engagé quelques heures auparavant à transférer les 500 millions additionnels de la taxe fédérale sur l’essence à l’ensemble des municipalités québécoises, excluant par le fait même que ce montant serve à concrétiser le tramway.

« Notre premier choix, c’est que le fédéral revienne sur sa position et ajoute 800 millions, sinon on va être obligés de regarder la possibilité de réduire le coût du projet », a-t-il dit en mêlée de presse.

Le gouvernement Legault a déjà accepté de fournir 1,8 milliard au projet « transport structurant » de 3 milliards proposé par la Ville de Québec. Il s’attendait à ce qu’Ottawa allonge les 1,2 milliard restants. Or François Legault reproche à Ottawa de n’avancer que 400 millions.

« Je suis malheureux de ce qui arrive, a-t-il affirmé. Je souhaiterais que le gouvernement fédéral revoie sa position. On sait qu’il y a des élections cet automne, donc il pourrait y avoir un nouveau gouvernement, mais actuellement Québec a fait son bout de chemin. »

Ottawa demande plutôt au gouvernement Legault de prendre les 800 millions manquants dans l’enveloppe fédérale déjà disponible pour les infrastructures vertes, comme l’ont fait l’Alberta et l’Ontario pour financer des projets de transport collectif à Edmonton et à Ottawa.

Pas d’ambition, répond Proulx
Le tramway est l’une des quatre composantes du « réseau structurant de transport en commun » que projette la Ville de Québec. II relierait les quartiers du nord à ceux du sud et serait assorti d’un trambus [autobus électrique] d’est en ouest, d’autobus à grande fréquence et de voies exclusives. Il verrait le jour en 2026, selon l’échéancier prévu.

« On va essayer de trouver une solution à l’intérieur des budgets parce qu’il y a une question d’équité aussi, a expliqué M. Legault. Si je donnais plus que 1,8 milliard à Québec, bien il y a d’autres villes au Québec qui seraient en droit de demander l’équivalent. »

Libéraux et solidaires ont accusé le premier ministre de « prendre la population de Québec en otage ».

« Il n’est pas question à Québec de revoir notre projet à la baisse, a mis en garde le porte-parole de la région, Sébastien Proulx. Ce n’est pas parce que M. Legault n’a pas d’ambition ou s’est trompé dans son calcul politique qu’il faut que les gens de Québec paient. »

« Si, pour le transport structurant, il faut être aussi prudent, demandez-lui la prochaine fois pourquoi, pour le troisième lien, il peut aller aussi rapidement sans l’aide d’Ottawa, sans avoir obtenu une autorisation sauf après avoir parlé à un ministre de la possibilité de le financer », a-t-il ajouté en faisant référence au projet de pont ou de tunnel pour relier Québec à Lévis.

« Le transport collectif est la seule chose qui puisse réduire le trafic à long terme, a affirmé pour sa part la députée Catherine Dorion. Les gens de Québec ne vont pas laisser saboter ce projet au nom des magouilles politiques de François Legault. »

Refroidir les ardeurs
Le premier ministre a été chaudement applaudi par les 1500 élus réunis dans la capitale pour le congrès de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) lorsqu’il s’est engagé à leur remettre l’entièreté du transfert additionnel de 504 millions de la taxe fédérale sur l’essence. « C’était pour l’ensemble des municipalités, ça va être pour l’ensemble des municipalités », a-t-il déclaré.

L’UMQ craignait que ses membres fassent les frais d’une nouvelle chicane fédérale-provinciale en perdant cet argent. Le premier ministre a toutefois refroidi les ardeurs des municipalités en prévision de la renégociation du pacte fiscal qui arrivera à échéance en décembre. « C’est pas vrai qu’il y a des marges de manœuvre à Québec », a soutenu le premier ministre. « La vraie vie, c’est qu’il y a des besoins dans les municipalités et des besoins à Québec », a-t-il ajouté en citant les besoins criants en santé et en éducation.

Les gens de Québec ne vont pas laisser saboter ce projet au nom des magouilles politiques de François Legault


Il a également expliqué que le gouvernement entrera bientôt en négociation des conventions collectives des employés de l’État. « Je peux vous dire, pour avoir déjà commencé à parler aux syndicats, qu’on me répète quelque chose que vous n’aimerez pas entendre, que les employés municipaux en moyenne gagnent 30 % de plus que les mêmes postes au gouvernement du Québec », a-t-il soutenu.

Un problème pour le gouvernement, selon lui, puisqu’il peine à recruter du personnel compétent, notamment en santé.

Promesse électorale
M. Legault s’était engagé en campagne électorale à transférer un point de pourcentage de la taxe de vente du Québec (TVQ) aux municipalités, ce qui représenterait une somme de 1,7 milliard.

« J’ai toujours l’intention de respecter 100 % des promesses électorales que j’ai faites », a-t-il soutenu, en ajoutant que ce transfert devra se faire à coût nul.

Les villes réclament aussi que le gouvernement paie en entier la taxe municipale sur les immeubles lui appartenant — un manque à gagner de 130 millions — et un partage plus équitable des redevances sur l’exploitation des ressources naturelles.

Elles ne pourront pas tout avoir, a laissé entendre la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, lors de la période des questions. Les [compensations] de taxes que les municipalités veulent avoir à 100 % — ce qui est énorme — sont à l’étude, a-t-elle dit. Alors, on ne peut pas octroyer des [compensations] de taxes à 100 %, bien entendu. »

Environ 1500 élus municipaux sont réunis à Québec pour le congrès de l’UMQ, qui célèbre ses 100 ans d’existence cette année.