Changements climatiques: les villes veulent de l’aide d’Ottawa et de Québec

Un citoyen sinistré tire des embarcations dans une rue inondée de Saint-André-d'Argenteuil au plus fort de la crue, à la fin avril.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Un citoyen sinistré tire des embarcations dans une rue inondée de Saint-André-d'Argenteuil au plus fort de la crue, à la fin avril.

Les gouvernements devront sortir leur portefeuille pour aider les villes à s’adapter aux changements climatiques et éviter aux citoyens d’avoir à éponger les dégâts année après année. C’est le message qu’a apporté le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, mercredi, à l’aube des Assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

« On ne peut pas nier cette réalité-là ; il y a une urgence climatique, a-t-il affirmé en entrevue au Devoir.

« C’est une question d’environnement, c’est une question de souffrance humaine », a-t-il résumé.

Gatineau — la quatrième ville la plus populeuse du Québec — a connu son lot de catastrophes naturelles au cours des deux dernières années. Il y a d’abord eu les inondations de 2017 qui avaient fait 4000 sinistrés, puis la tornade dévastatrice de septembre qui avait touché plus de 900 familles et enfin l’inondation qui sévit depuis trois semaines. Plus de 2000 personnes ont dû être relogées.

« Ce sont des gens qui vivent les conséquences des changements climatiques, qui perdent beaucoup, qui perdent leur communauté, qui perdent leurs souvenirs, qui dans certains cas vont être obligés de se déraciner, a-t-il énuméré. C’est de la vraie souffrance et ça, on n’en veut plus. Mais tout indique qu’on va en avoir de plus en plus. Ça nous donne aussi une obligation d’agir. »

Il a amené l’UMQ à former un groupe d’action sur les inondations qui réunira huit maires, dont lui. Ces élus identifieront les facteurs de risque, réfléchiront à la gestion des territoires, aux impacts financiers de l’adaptation aux changements climatiques, aux impacts fiscaux, à la prévention des crues, à la réponse des gouvernements et à la révision des lois ou règlements en vigueur.

Il y a urgence de planifier l’avenir, selon eux. Au pire des récentes crues printanières, près du tiers des 370 municipalités membres de cette association étaient touchées.

« Pour l’ensemble des municipalités du Québec, dans les cinq prochaines années, il y a des investissements de 4 milliards qui seront nécessaires pour la résilience aux changements climatiques, a indiqué le président de l’UMQ,Alexandre Cusson, citant une étude du Groupe AGÉCO. Ce sont des montants extrêmement importants et ça ne passera pas uniquement par le pacte fiscal. »

Les villes et le gouvernement du Québec s’apprêtent à négocier une nouvelle entente pour un transfert de fonds. Elles ne veulent plus dépendre des taxes foncières pour financer leurs services.

« Les municipalités se dirigent tout droit vers une impasse fiscale, mais ce sont les citoyens qui en paieront le prix si rien n’est fait, a-t-il mis en garde. La pression de la fiscalité foncière est insoutenable pour M. et Mme Tout-le-Monde et le fardeau est beaucoup trop lourd sur les municipalités qui souhaitent maintenir leur revenu sans pour autant devoir continuer le développement immobilier aveugle. »

La promesse de Legault

Le premier ministre François Legault s’était engagé en campagne électorale à transférer un point de pourcentage de la taxe de vente du Québec (TVQ) aux municipalités, ce qui représenterait une somme de 1,7 milliard. Il doit s’adresser jeudi aux 1500 élus rassemblés à Québec en ouverture du congrès de l’UMQ.

Les villes réclament aussi que le gouvernement paie en entier la taxe municipale sur les immeubles lui appartenant — un manque à gagner de 130 millions — et un partage plus équitable des redevances sur l’exploitation des ressources naturelles.

Ce sont ces deux dernières demandes qui risquent d’alimenter les négociations avec le gouvernement Legault. Une motion présentée mercredi par la députée libérale Marie-Claude Nichols pour que le gouvernement s’engage à payer « l’intégralité de ses taxes municipales » n’a pas obtenu le consentement pour être débattue.

« On gère 60 % des infrastructures publiques déjà et on a juste 8 % des taxes et impôts qui nous viennent dans nos poches, a constaté le maire Pedneaud-Jobin. C’est pour ça que nos rues font dur, c’est pour ça qu’on a du rattrapage à faire. Puis là, en plus il faut investir dans l’adaptation aux changements climatiques et dans la lutte aux changements climatiques. Ça, c’est le transport en commun et c’est nous. »

L’amélioration du transport collectif devrait être financée par les sommes du Fonds vert qui sont mal utilisées par Québec, selon Alexandre Cusson. « En ce moment, on dilue ces montants-là dans un paquet d’initiatives qui donnent plus ou moins de résultats. »

Le rôle du fédéral

Ottawa a également un rôle à jouer, mais le montant déjà consenti pour aider les municipalités peine à répondre à tous les besoins.

« C’est en milliards pour les villes et de loin, a chiffré M. Pedneaud-Jobin. En fait, la meilleure indication, c’est que le gouvernement du Canada a fait un [programme] d’adaptation aux changements climatiques de 2 milliards $ pour tout le Canada et puis nous, Gatineau, on met un projet de 40 millions et on n’est pas la plus grosse ville au Canada. Alors, 2 milliards, ce n’est rien. »

Ce projet pour refaire le ruisseau Wabassee — qui permettrait de mieux gérer les pluies diluviennes — est au coeur d’un des quartiers touchés par les inondations.

La menace n’est toujours pas écartée en Outaouais. Un coup de chaleur dans le nord de la région ou une pluie dans le sud pourraient relancer la crue des eaux. C’est pourquoi le passage du maire de Gatineau à Québec sera de courte durée. Il repartira vers l’Outaouais jeudi après-midi pour continuer de gérer la crise chez lui.

« On n’est pas sorti du bois », s’est-il exclamé.