Le débat sur la laïcité de l’État fera des «victimes» collatérales, dit l'AMAL

Photo: Alice Chiche Le Devoir

Le débat sur la laïcité de l’État, qui agite actuellement la société québécoise, fera des enfants de parents « discriminés » et « stigmatisés » des « victimes » collatérales, met en garde l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL).

Ces jeunes ressentiront à coup sûr une « humiliation » et une « injustice » de voir leurs parents montrés du doigt en raison de leurs convictions religieuses, a soutenu le coprésident de l’AMAL, Haroun Bouazzi, lors de son passage à l’Assemblée nationale, mercredi. De l’« amertume » voire de l’« animosité » pourrait les gagner, a-t-il poursuivi devant les élus chargés de passer en revue le projet de loi 21, mercredi. « Ces personnes qui n’ont jamais remis en cause leur québécitude, leur appartenance à la société [et à la] nation québécoise vont voir leurs parents discriminés et stigmatisés par un débat public, par une société qu’ils voyaient jusqu’alors comme la leur. Ils vont passer par des sentiments d’humiliation et d’injustice qui provoqueront de l’amertume et parfois même de l’animosité. On a du mal à voir quel temps ça va prendre, peut-être même plus qu’une génération, pour panser les blessures [résultant] de ce projet de loi », a-t-il affirmé. Le lauréat du prix Hommage 40 ans de la Charte des droits et libertés de la personne a pressé l’Assemblée nationale de renoncer à imposer une interdiction du port de signes religieux chez des employés de l’État. Le projet de loi 21 constitue le produit d’une entreprise de « brutalisation de nos principes démocratiques » entreprise par la Coalition avenir Québec, a-t-il dénoncé.

« Les enfants avant tout »

Nadia El-Mabrouk et Leila Bensalem ont précédé M. Bouazzi dans le Salon rouge de l’Hôtel du Parlement. Elles ont cherché à déboulonner le discours selon lequel le projet de loi 21 est discriminatoire à l’endroit des minorités, à commencer par les croyants. « Les exigences de neutralité qui en découlent concernent tous les employés des secteurs visés, sans aucune distinction de religion, de culture ou d’origine ethnique », ont-elles plaidé en commission parlementaire.

Elles se réjouissent particulièrement de voir le ministre Simon Jolin-Barrette légiférer afin d’interdire le port de signes religieux chez les enseignants des écoles primaires et secondaires publiques. « La laï̈cité du système scolaire est essentielle afin de préserver la liberté de conscience et de religion de tous les citoyens et, en tout premier lieu, celle des enfants », ont-elles soutenu, tout en invitant les personnes réfractaires au projet de loi 21 à ne pas « ignorer les pressions religieuses qui continuent à s’exercer sur bien des femmes et des enfants de diverses communautés ethnoculturelles au Québec, dont les communautés musulmanes ». « Pensons avant tout aux enfants », a lancé Mme El-Mabrouk devant la commission des institutions. Selon elle, des symboles ― croix chrétienne, voile islamique, turban sikh ou encore Kippa juive ― exercent des « pressions religieuses » sur ces personnes « vulnérables » et « captives ». « Si on considère que la cigarette de Lucky Luke transmet un message aux enfants, moi, je ne comprends pas comment on ne peut pas comprendre que des signes religieux transmettent des messages », a illustré la professeure au Département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’Université de Montréal.

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