Laïcité: Simon Jolin-Barrette appelle l’opposition à l’«ouverture»

Le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette

Le ministre Simon Jolin-Barrette prie les élus d’opposition d’aborder l’étude du projet de loi sur la laïcité de l’État mardi avec « ouverture ». Il n’est cependant pas prêt à tous les compromis pour bâtir un consensus politique.

« Au bout de l’exercice, c’est très clair que l’interdiction de port de signes religieux pour les personnes en situation d’autorité, incluant les enseignants et les directeurs d’école, va demeurer », a-t-il déclaré à son entrée du Salon rouge mardi avant-midi. « Les enseignants représentent une figure d’autorité pour les élèves. C’est pour cette raison-là qu’ils sont visés », a-t-il précisé.

M. Jolin-Barrette a fait peu de cas mardi avant-midi de la charge de Charles Taylor et Gérard Bouchard contre un projet de loi « nourri par une certaine islamophobie » (M. Taylor) et risquant de mener à une sorte de « radicalisation » du Québec (M. Bouchard). Il s’agit d’un projet de loi « modéré, pondéré et surtout applicable », a fait valoir le ministre caquiste.

M. Jolin-Barrette s’est aussi dit déterminé à légiférer afin d’obliger les employés de l’État à dispenser les services publics à visage découvert. « Les personnes qui reçoivent les services [devront aussi se découvrir le visage] pour des motifs de sécurité et d’identification », a-t-il ajouté. « Cela doit être présent. »

Le gouvernement caquiste ne se passera pas de la disposition de dérogation afin de mettre à l’abri le projet de loi sur la laïcité de l’État de toute contestation judiciaire, a aussi indiqué le ministre de l’Immigration. « Il appartient aux élus des Québécois de décider comment les rapports entre l’État et les religions vont s’organiser à l’intérieur de la société québécoise. Ça n’appartient pas aux tribunaux. […] On doit avoir un projet de loi qui sera applicable et qu’il n’y aura pas de contestation », a-t-il déclaré avant de donner le coup d’envoi aux consultations publiques sur le projet de loi.

Les porte-parole du groupe Pour les droits des femmes du Québec (PDF) puis celles du Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité ont salué mardi avant-midi l’« avancée » pour la laïcité que propose de faire le gouvernement caquiste au moyen du projet de loi 21.

Des femmes portant le hidjab sont intégristes, dit Benhabib

PDF Québec demande au gouvernement caquiste d’étendre l’obligation de neutralité à toute l’équipe-école et aux éducateurs en service de garde, à défaut de quoi « l’État va être partiellement laïque ». « L’affichage a de l’effet. Si l’affichage n’avait aucun effet, il n’y aurait plus d’affichage sur les routes, puis vous n’auriez pas mis d’affiches pendant la campagne électorale. Parce que, si ça ne sert à rien, ça ne sert à rien. Alors, l’affichage sert à quelque chose. Il module, il banalise, il présente une image. Et afficher ses préférences, c’est le contraire de la neutralité », a fait valoir la présidente de l’organisme « féministe, mixte, non partisan et en faveur de la laïcité », Diane Guilbault.

Le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité prône lui aussi l’application de l’interdiction du port de signes religieux à l’« ensemble des employés en contact avec les enfants dans les écoles ». « Les femmes qui portent le hidjab et qui considèrent que la loi de Dieu est au-dessus de la loi de la cité, qui ne souhaitent faire aucun compromis dans la société à laquelle elles appartiennent, qui exigent de l’État à ce qu’il les accommode à tout prix, qui portent le hidjab de façon ostentatoire et qui exercent un certain chantage émotif, en disant : « Non, je n’enlèverai pas mon hidjab ! » Et bien, celles-ci, oui, je considère qu’elles sont intégristes », a déclaré la militante Djemila Benhabib, demandant du même souffle à M. Jolin-Barrette de ne pas « céder un pouce de nos institutions étatiques aux pressions des intégristes ».

Des dizaines de citoyens s’étaient déplacés sur la colline Parlementaire pour les entendre.

Plusieurs ont grommelé quelques mots de mauvaise humeur en entendant la députée libérale Hélène David parler de « laïcité individuelle ».

Mme David a qualifié le projet de loi d’« inacceptable ». L’élu solidaire Sol Zanetti s’affairera à convaincre les sympathisants du projet de loi 21 qu’une interdiction de port de signes religieux « n’est pas le bon moyen [pour] amener une meilleure inclusion au Québec, faire rayonner la laïcité et aussi de favoriser l’unité nationale au Québec », a-t-il dit. Enfin, le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a pour sa part demandé à M. Jolin-Barrette d’élargir la portée de l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants des écoles privées ainsi qu’aux éducateurs en service de garde.
 

Le président du Mouvement national des Québécoises et Québécois, Étienne-Alexis Boucher, a invité l’auteur du projet de loi 21 à ne pas octroyer des droits acquis aux personnes occupant actuellement un des emplois visés par l’interdiction du port de signes religieux par souci d’équité.

Après quatre groupes plutôt favorables, les membres de la commission des institutions ont accueilli trois groupes réfractaires à la proposition du gouvernement caquiste: les professeurs Charles Taylor et Jocelyn Maclure, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et le Centre consultatif des relations juives et israéliennes.