Bouchard et Taylor sonnent la charge contre le projet de loi sur la laïcité

Charles Taylor et Gérard Bouchard à l’époque de la commission sur les accommodements raisonnables
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Charles Taylor et Gérard Bouchard à l’époque de la commission sur les accommodements raisonnables

Les audiences publiques qui débutent mardi sur le projet de loi 21 s’annoncent comme le théâtre d’expression de profondes divisions politiques et sociales au Québec. Et les signataires du rapport Bouchard-Taylor seront parmi les premiers à mener la charge contre un projet de loi « nourri par une certaine islamophobie » (de l’avis de Charles Taylor) et qui risque de mener à une sorte de « radicalisation » du Québec (selon Gérard Bouchard)

« La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités, dressant ces dernières contre la première, écrit le sociologue Bouchard dans un mémoire qu’il présentera mercredi, mais dont Le Devoir a obtenu copie. Elle aura aussi pour effet d’introduire un élément de radicalisation dans notre société », pense-t-il.

La loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités

Le coprésident de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables croit qu’à défaut de mettre un terme au débat sur les signes religieux, le projet de loi 21 « va au contraire relancer la controverse ».

Dans sa présentation, Gérard Bouchard s’attarde principalement à la décision du gouvernement Legault d’étendre aux enseignants l’interdiction du port de signes religieux. Le rapport qu’il avait présenté en 2008 excluait cette idée, mais proposait une interdiction pour les employés avec un pouvoir de coercition (ce en quoi il croit toujours).

« Le fait d’interdire à de jeunes professionnels la possibilité de faire carrière dans l’enseignement à cause de leur croyance religieuse ne s’accorde pas avec le sens de l’équité et de la compassion hérité de notre histoire », écrit-il.

Québec fait fausse route en arguant que cet interdit fait partie de l’équation de la séparation de l’État et de l’Église, pense M. Bouchard. « Affirmer que le principe de la séparation institutionnelle entraîne une interdiction de porter des signes religieux [chez les enseignants] me paraît comporter une grande part d’arbitraire. Le droit fondamental d’exercer et de manifester sa religion devrait donc ici prévaloir. »

Le sociologue estime qu’il manque de « données empiriques rigoureuses » prouvant que le port d’un signe religieux chez les enseignants « entrave la démarche pédagogique », « traumatise des élèves » ou « entraîne une forme d’endoctrinement chez les élèves ».

Et si jamais c’était le cas, comment justifier que les écoles privées — notamment celles qui sont religieuses — ne seront pas assujetties à la Loi sur la laïcité, demande-t-il ? C’est pourtant là où « on peut présumer que le port des signes religieux est le plus répandu », note M. Bouchard.

Au-delà des enseignants, Gérard Bouchard se demande aussi « comment se justifie l’interdiction frappant diverses catégories de personnel qui n’exercent pas de pouvoir [de coercition], notamment les arbitres, les shérifs, les greffiers, les avocats et les notaires ? ».

Charles Taylor

Son ex-collègue, Charles Taylor, tentera mardi de dissuader le gouvernement Legault d’adopter ce projet de loi qui, à son avis, s’appuie sur des préjugés. « Le mot musulman n’apparaît peut-être pas, donc ça ne cible pas la religion musulmane, mais c’est très clair que l’opinion majoritaire contre les signes visibles est nourrie par une certaine islamophobie qui a, en quelque sorte, [été] inculquée à la population par toutes sortes de sites Web, a-t-il affirmé. En l’absence de cette islamophobie, les gens seraient moins avides de faire avancer des exclusions comme celle-là. »

M. Taylor soutenait l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État en position coercitive comme les policiers et les gardiens de prison lors de la publication du rapport de la commission Bouchard-Taylor. Mais il a fait volte-face après l’attentat commis en 2017 à la grande mosquée de Québec.

L’adoption du projet de loi ne fera qu’attiser les préjugés contre les minorités religieuses, selon lui, et risque de mener à une augmentation importante des incidents haineux. C’est ce qui s’est produit « dans toutes les sociétés où des mesures restrictives semblables à celles de la loi 21 ont été défendues en campagne électorale ou référendaire par un parti majeur — le Front national en France, les partisans du Brexit en Angleterre, les républicains de Trump, et le PQ au Québec en 2014 […] », écrit-il dans le mémoire qu’il présentera avec le philosophe Jocelyn Maclure.

« Au nom de quel intérêt public a-t-on le droit de soumettre une minorité de citoyens récemment arrivés chez nous à de telles épreuves ? », demandent-ils.

M. Taylor a souligné en entrevue que le projet de loi 21 crée un grave précédent, puisqu’il va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. « Ils vont sacrifier des droits et libertés de certains citoyens, et c’est très dangereux, parce que ce genre de charte est en quelque sorte la protection de tout le monde, a-t-il dénoncé en entrevue. Demain, il pourrait y avoir une autre minorité qui soit très impopulaire envers laquelle il y a des préjugés et on va se sentir justifié de supprimer ces droits-là. »

Très attendues, les consultations autour du projet de loi 21 débuteront mardi avec quatre groupes qui soutiennent le projet de loi : Pour les droits des femmes du Québec (PDF), le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité de Djemila Benhabib, le Mouvement national des Québécois et des Québécoises de même que l’Association québécoise pour les Nord-Africains pour la laïcité.

PDF, pour qui laïcité rime avec égalité homme-femme, veut étendre l’interdiction du port de signes religieux à l’ensemble des employés du milieu scolaire, y compris ceux des services de garde. L’organisme propose en tout 16 recommandations, l’application de sanctions sévères pour les établissements qui contreviendraient à la loi.

Le gouvernement Legault espère faire adopter le projet de loi d’ici la relâche estivale. En tout, 36 groupes et experts témoigneront lors des consultations, qui s’échelonneront sur deux semaines.

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107 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 7 mai 2019 02 h 37

    Un recul democratique

    Pl21: un projet de loi diviseur et inutile. Une perte d,etat de droit et de democratie. Une perte pour l,ensemble du peuple quebecois.

    M.L.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 7 mai 2019 08 h 14

      Un projet démocratique plutôt!

      Mais les premiers à paraître à la commission parlementaire sur le projet de loi 21, ce sont les représentantes du groupe Pour les droits des femmes du Québec, Mme Djemila Benhabib et Louise Mailloux pour le Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité, le Mouvement national des Québécoises et Québécois et l'Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité. Après viennent Charles Taylor et Jocelyn Maclure. Mais Le Devoir nous parle en premier de ces derniers? Ahurissant!

      Si Le Devoir a obtenu copie des mémoires des premiers groupes qui seront là aujourd'hui, en fera-t-il aussi état ou il fait la promotion des idées de Bouchard-Taylor. Bouchard-Taylor n'est pas une fin en soi!

      Non le projet de loi ne touche pas une minorité, il touche tout le monde. En plus, parmi cette minorité dont on parle il y a une majorité qui milite pour la laïcité, souvent venue de pays où cette laïcité n'était pas possible.

      Non, on interdit pas à des personnes de faire carrière à cause de leurs signes religieux. Ces personnes semblent plutôt incapables de compromis. Voyez cette femme Mme Chahira Boutta qu'on voit assez régulièrement dans les médias ces derniers temps, cette femme qui a une lecture littéraliste de l'islam et qui dit qu'elle n'enlèvera pas son voile pour enseigner. Elle affirme aussi qu'elle n'endoctrinera pas les enfants à qui elle enseignera. Cela semble plutôt difficile à croire quand on constate que sa petite fille de 9 ans est voilée.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 mai 2019 08 h 37

      L'équilibre est déjà atteint.

      La liberté de conscience des élèves est déjà protégée par l'abolition du système d'éducation confessionnel, l'interdiction du prosélytisme religieux et le devoir de réserve des enseignants. Et la liberté de conscience des enseignants est, de son côté, protégée par la liberté d'expression religieuse.

      L'équilibre est donc atteint entre les droits des uns et la liberté des autres. Ce projet de loi électoraliste ne sert effectivement à rien, sauf propager et consolider des préjugés envers les minorités pour gagner des votes.

 Pousser la laïcité jusqu'au port de signes religieux, alors que nos écoles sont déjà non-confessionnelles et interdites d'enseignement religieux, c'est pousser la laïcité jusqu'à l'intégrisme.

      D'ailleurs, le système d'éducation non-confessionnel et la laïcité de l'État, n'a rien à voir avec le port de signe religieux et les libertés individuelles. Comparer un enseignant qui porte un hijab ou une croix avec le lavage des cerveaux systématique des écoles catholiques confessionnelles où il fallait être catholique pour étudier ou enseigner dans nos écoles catholiques publiques et où l'on faisait réciter la prière deux fois par jour, apprendre le catéchisme par coeur, avec 5 heures de catéchèse par semaine; sans compter les messes obligatoires et les confessions régulières + la préparation à la première communion + la communion solennelle, est une aberration. Aucun enseignant n'a ores et déjà le droit de promouvoir activement aucune idéologie religieuse ou politique depuis la réforme du système d'éducation à la fin des années 60.

      Pousser le bouchon de la laïcité jusqu'à s'attaquer aux droits de la personne et faire perdre sa job à un prof ou le discriminer à l'emploi, relève de l'intégrisme en plus d'être complètement contreproductif dans un secteur où il y a déjà pénurie d'enseignants.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 7 mai 2019 09 h 08

      D'ailleurs, si on veut avoir une meilleure idée des positions du premier groupe qui passera en commission parlementaire, soit Pour les droits des femmes du Québec, on pourra mieux s'informer ici: https://omny.fm/shows/dutrizac-de-6-a-9/consultation-sur-le-projet-de-loi-21?

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 mai 2019 10 h 06

      Correctif:

      J'ai mentionné dans mon commentaire précédent que : "Nos écoles sont déjà non-confessionnelles et "interdites d'enseignement religieux.."

      Cette affirmation est inexacte, puisque la loi 118 adoptée en 2000 affirme que :

      "Même si elle reconnaît la «déconfessionnalisation» des écoles, la Loi 118 permet également de conserver un enseignement religieux, limité aux confessions catholique et protestante."

      Ce qui démontre une fois de plus, que le projet de loi 21 n'est pas une loi sur la laïcité de l'État, mais un loi sur l'interdiction des signes religieux.

      Ce qui démontre que PL-21 ne s'attaque pas à l'essentiel du problème et renforce d'autant la position de Québec solidaire, comme quoi c'est l'institution de l'État qui devrait être laïque, alors que nos écoles permettent toujours l'enseignement religieux.

      Référence :

      Adoption de la Loi 118 sur le statut non-confessionnel des écoles québécoises - Bilan du siècle

      http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 7 mai 2019 10 h 19

      @C Montmarquette
      Selon vous, l'intégriste ce n'est pas celui ou celle qui ne postulera pas pour un travail parce qu'il ou elle ne pourra pas porter "un bout de linge, des breloques, ou de la pacotille " ( C'est vous qui avez écrit cela sur la laïcité de F Legault dans un commentaire) mais l'intégriste sera celui ou celle qui refusera qu'on lui impose ( à l'école publique, dans les hôpitaux...) la vue de ces mëmes "bouts de linge, breloques ou de la pacotille ' ( je vous cite encore) ! Quand on perd le sens des mots on perd beaucoup plus....la crédibilité.

      Pierre Leyraud

    • Jean Jacques Roy - Abonné 7 mai 2019 11 h 15

      Effectivement Monsieur Lebel, je partage votre point de vue.
      Le projet de loi 21, s’il est adopté, ne résoudra rien. Les divisions sociales qui existent présentement au Québec n’ont rien à voir avec le port de signes religieux! Par contre, avant même d’être promulguée cette loi marque nos différents et notre mal de vivre ensemble.

      On peut présumer que les partisans et les partisannes du projet caquiste sortiront satisfaits si la loi marginalisent les femmes voilées qui voudraient exercer une profession d’enseignante. Je doutes cependant que ces mêmes personnes (dont plusieurs écrivent dans ce journal) croient vraiment que le dossier sera miraculeusement « réglé ! Que d’intolérantes, ces personnes vont se convertir à la « tolérance » devant leurs concitoyen.nes qui ne partagent pas leurs croyances religieuses ou agnostiques!

      La loi 21, hélas, n’est qu’un leurre électoraliste. La pseudo laïcité n’effacera ni les préjugés, ni l’intollérance, ni les peurs de l’autre. Les divisions sociales et ses multiples discriminations seront toujours ancrées parmi nous, tous et toutes « québécois »! Et demain, on continuera d’entendre les lamentations de ceux et celles qui maudissent les assisté.es sociaux, les autochtones, les immigré.es, les socialistes, les féministes, et les fédéralistes,

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 mai 2019 11 h 30

      @ Pierre Leyraud,

      "L'intégriste sera celui qui refusera qu'on lui impose la vue de ces mêmes bouts de linge.." - Pierre Leyraud

      1 ) Il droit de ne pas voir de signe religieux n'existe pas.

      2 ) Et la preuve, c'est que les signes religieux sont partout autour de nous au Québec. En commençant par le nom même de nombre de nos écoles. Il faut être contradictoire pour s'en prendre aux droits humains des enseignants, pendant que les écoles elles-mêmes affichent des signes religieux, quand ce n'est pas carrément d'énormes croix à leurs façades; ce qui ne semble pourtant poser aucun problème aux tenants de PL-21.

      3 ) Au bout du compte, pour atteindre une "apparence de neutralité", on est disposé à perdre une neutralité effective en discriminant certaines minorités à l'emploi.

    • Denis LeBlanc - Abonné 7 mai 2019 13 h 56

      Jean Jacques Roy
      «La pseudo laïcité n’effacera ni les préjugés, ni l’intollérance, ni les peurs de l’autre. Les divisions sociales et ses multiples discriminations seront toujours ancrées parmi nous, tous et toutes « québécois »...

      Vous devriez parler de l'Ontario. Et vous devriez intervenir dans les médias ontariens. En effet, on y constate un échec de l'intégration plus important dans cette province que dans la nôtre. C'est dans ce fleuron du canadianisme qu'est l'Ontario que l'on connaît la hausse la plus importante des crimes haineux au Canada en 2017 : «La haine à l’égard des musulmans y a connu une croissance spectaculaire (+207 %), tout comme celle contre les Noirs (+84 %) et les juifs (+41 %).» (https://www.ledevoir.com/societe/542535/les-crimes-haineux-augmentent-partout-au-canada)

      Je n'ai pas de raison de croire que le PL21 va ajouter de la légitimité aux crimes haineux, crimes qui trouvent leur source ailleurs. Le PL21 n'est ni un produit des crimes haineux, ni leur cause.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 7 mai 2019 14 h 09

      @C Montmarquette
      Comme d'habitude vous oubliez le mot important de ma phrase, le mot 'impose", car dans les services publics nous ne choisissons pas l'intervenant avec qui on a affaire. On ne choisit pas son infirmière dans un hopital public, on ne choisit pas son enseignant dans une école publique. Les signes religieux sont partout autour de nous mais dans la rue, dans les magasins ...dans l'espace public non -étatique on ne nous impose pas leur vue on a qu'à les ignorer! J'espère que vous n'allez pas suggérer à l'élève qu'il ou elle a qu'
      ne pas regarder son enseigant.e!
      Votre réponse est encore une fois à côté de la plaque et non seulement vous détournez le sens des mots mais vous modifiez carrément le sens de la phrase ! Essayez donc de la relire sans oubliez le sens du mot"impose"

      Pierre Leyraud

    • Pierre Fortin - Abonné 7 mai 2019 15 h 20

      Monsieur Montmarquette,

      Selon vous, « le droit de ne pas voir de signe religieux n'existe pas ». C'est votre point de vue. Ce n'est cependant pas celui de la Cour constitutionnelle fédérale allemande qui ne partage pas du tout votre conception du droit :

      « Dès 2003, la Cour suprême allemande avait reconnu le droit des citoyens dans leurs rapports avec l’État " de ne pas être exposés à une conviction religieuse qu’ils ne partagent pas ". » — Christian Rioux, Le Devoir, 5 avril 2019.

      Il vous faudrait approfondir davantage votre déclaration pour contester un tel jugement.

    • Pierre Fortin - Abonné 7 mai 2019 16 h 21

      Pour être plus clair Monsieur Montmarquette, j'aurais dû vous donner la référence qui permet de comprendre le jugement de la Cour constitutionnelle fédérale allemande. En voici une traduction : https://www.conseil-constitutionnel.fr/nouveaux-cahiers-du-conseil-constitutionnel/selection-de-decisions-de-la-cour-constitutionnelle-federale-d-allemagne-extraits

      Il s'agit de l'extrait V, dont le paragraphe cc est très explicite :

      « cc) Finalement, la liberté de l'exercice de ses croyances, revendiquée par la requérante [l'enseignante] par le port d'un foulard à l'école et pendant les cours, et la liberté religieuse négative des élèves interfèrent. L'article 4, alinéas 1 et 2 GG, qui protège de manière égale tant la manifestation positive que négative de la liberté de religion, garantit aussi la liberté de ne pas assister à des actes cultuels d'une croyance que l'on ne partage pas. Ceci vaut également pour les cultes et les symboles par lesquels une croyance ou une religion se manifeste. [...] »

    • Christian Koczi - Abonné 7 mai 2019 16 h 40

      @ Christian Montmarquette

      Dans la mesure où les signes religieux constituent du prosélytisme et que le prosélytisme est une nuisance, oui «le droit de ne pas voir de signe religieux» existe !

      CK

    • Jean Jacques Roy - Abonné 7 mai 2019 17 h 29

      « Je n'ai pas de raison de croire que le PL21 va ajouter de la légitimité aux crimes haineux, crimes qui trouvent leur source ailleurs. Le PL21 n'est ni un produit des crimes haineux, ni leur cause.« 

      Monsieur Le Blanc.
      Vous tordez le bâton dans le sens où je ne suis pas allé. PL 21 va-t-il légitimer les crimes haïneux? Espérons que non! Va-t-il freiner les propos de mépris proférés contre nos concitoyens et concitoyennes qui affichent par leurs vêtements ou leurs barbes ou leurs cheveux ou leurs tatouages des croyances et des traits culturels différents de la majorité québécoise de souche et/ou de la minorité blanche européanisée? À cette question, mon commentaire affirme que PL 21 ne va rien changer de nos préjugés, de nos ignorances ou de nos peurs de l’autre.

      En fait, si le PL 21 n’est ni un produit des crimes haïneux, ni de nos intolérances. À quoi donc « répondra » cette loi? Loi, rappelons-le qui se RÉSUME à exclure de postes en « autorité », tout fonctionnaire qui affiche un signe religieux.... et loi inclus les enseignant.es des écoles publiques.
      Les porte-paroles du parti au pouvoir motive la loi en disant qu’il faut mettre un terme à un débat qui traîne depuis plus de 10 ans! Ce serait donc le fait qu’il n’y a pas de concensus dans la société sur le port des signes religieux qui ferait en sorte que le gouvernement TRANCHE dans le sens favorable à ce qu’il considère sa base électorale?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 7 mai 2019 18 h 15

      Pourquoi Le Devoir sort-il ce document des Bouchard-Taylor maintenant, et pas ceux des pro PL21?

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 mai 2019 18 h 53

      @ Pierre Fortin,

      « Dès 2003, la Cour suprême allemande avait reconnu le droit des citoyens dans leurs rapports avec l’État de ne pas être exposés à une conviction religieuse qu’ils ne partagent pas. » - Pierre Fortin

      1 ) Je parlais du droit au Québec et au Canada.

      2 ) Étant donnée son histoire, il m'apparait légitime se poser des questions face à Allemagne en matière de tolérance face à la diversité et au pluralisme.

      3 ) La France, qui a pourtant elle-même instauré des règles passablement sévères face aux signes religieux, éprouve de fortes tensions sociales conséquentes à ses politiques. Ce qui démontre qu'une laïcité plus stricte et plus dure, n'a fait qu'empirer les problèmes au lieu de les régler.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 7 mai 2019 19 h 56

      Dixit le monsieur qui était pourtant convaincu que les éléments restreignant le droit de manifester de P-6 étaient constitutionnels. Ce qu'un juge de la cour «municipale» a facilement invalidé. Pour le jugement, on repassera.

    • Pierre Fortin - Abonné 8 mai 2019 07 h 57

      Monsieur Montmarquette,

      Bien sûr que le droit allemand n'est pas applicable ici au Québec. Mais le jugement de la Cour constitutionnelle fédérale d'Allemagne est suffisamment étoffé pour éclairer notre propre débat et nourrir la réflexion sur l'opposition des droits individuels plutôt que de déclarer péremptoirement, sans aucune démonstration, que « le droit de ne pas voir de signe religieux n'existe pas ».

      On peut dire la chose autrement de sorte que même des enfants comprennent : le droit des uns s'arrête là où commence celui des autres.

      En ce qui concerne la France, si Lionel Jospin (ça remonte loin dans le temps) avait acquiescé à la suggestion d'un imam français de promouvoir un islam adapté à la démocratie, elle n'aurait pas à patauger dans son désordre actuel. Mais laissons la France et l'Allemagne là où elles sont, je crois que nous en avons déjà plein les bottes avec nos propres contradictions.

      Et tâchons d'éviter les coups de gueule.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 mai 2019 09 h 28

      "Le droit des uns s'arrête là où commence celui des autres." - Pierre Fortin

      Il m'apparait difficle d'être davantage dans "le droit des autres", que lorsqu'on cherche à leur dicter leur manière de s'habiller ou de pratiquer leur religion.

    • Pierre Fortin - Abonné 8 mai 2019 11 h 03

      Monsieur Montmarquette,

      Je vous réitère ma suggestion de lire ce jugement.

      Bonne journée.

  • Léonce Naud - Abonné 7 mai 2019 03 h 45

    Victor Hugo enfonce aisément Bouchard-Taylor-Maclure

    « Les deux premiers fonctionnaires de l’État, c’est la nourrice et le maître d’école. » Victor Hugo, Les Misérables

    • Claude Bernard - Abonné 7 mai 2019 08 h 30

      M. Naud.
      Les nourices, qui n'existent plus, étaient pour les enfants de riches et les maître d'écoles et leurs élèves (quel beau mot!), qui n'existent plus non plus, sont maintenant remplacés par des «apprenants» et des «appreneurs».

  • Gilles Théberge - Abonné 7 mai 2019 03 h 47

    De quels droits fondamentaux parle-t'on ? Tous les opposants à la loi déchirent leur chemise à propos de supposés droits fondamentaus... Il me semble que les droits fondamentaux, c'est plus fondamental que celui de porter un vêtement ... religieux !

    Taylor qui a reçu une bourse de un million de dollars pour propager la «foi» est lui-même en conflit d'intérêt... C'est de l'hypocrisie déguisée en bien-pensance. Mettons fin à cette farce prosélyite artificielle au plus tôt.

    Et demandon aux nouveaux arrivant de se joindre aux milliers de soeurs de frères et de prêtres des communaités chrétiennes, qui ont renoncés volontairement à porter des signes religieux au cours des années passées.

    C'est ça être Québécois.

    • Claude Bernard - Abonné 7 mai 2019 08 h 35

      M. Théberge

      Je ne déchire pas ma chemise.
      Je vais vous dire: c'est Legault qui en utilisant la clause dite dérogatoire déchire les deux Chartes des Libertés et droits fondamentaux.

    • Léonce Naud - Abonné 7 mai 2019 09 h 04

      À Claude Bernard :
      Les Chartes, tout comme les Dieux, sont œuvres humaines, donc mortelles. À l’instar des Dieux, elles sont nées, elles vivent et elles mourront. Entre leur naissance et leur mort, les dévots se précipitent. Rien n'est durable sous le soleil, sauf la bêtise.
      « Ce qu’une génération, un parlement même, avait regardé comme un dépôt sacré, inviolable, la génération suivante en fera des gorges chaudes; le parlement suivant l’anéantira d’un trait de plume ». Abbé Henri-Raymond Casgrain (1831-1904)

    • Christian Koczi - Abonné 7 mai 2019 09 h 08

      @ Claude Bernard

      Et le droit fondamental des élèves de bénéficier d'un enseignement libre de prosélytisme, vous en faites quoi ? La garantie de liberté de conscience des enfants c'est quoi pour vous ?

      CK

    • Claude Bernard - Abonné 7 mai 2019 21 h 23

      M. Naud
      Les immortels droits et libertés de 89 ne se changent pas pour plaire à la plèbe, qui, va sans dire, a droit à son opinion «majoritaire» qui, dieu merci, n'est justement pas suffisante pour modifier une constitution normale, mais la nôtre,résultat d'une attaque aux longs couteaux et de négociations de red necks avec un habitant, peut se voir contournée par un «Premier» de n'importe quelle province avec le résultat que l'on connait.

      M. Koczi
      Les enfants, comme vous dites, doivent être élevés, soulevés, enthousiasmés par l'avenir par les enseignants, les parents, la communauté, la société, le pays tout entier dans un sens, y compris les Chefs, s'ils en ont, de la religion de leurs parents qui leur a été inculquée depuis la naissance.
      Ce n'est pas là «une garantie», ils n'ont rien acheté, ils ne sont pas des consommateurs ou des «apprenants» ou autre barbarisme moderne.

  • Denis Paquette - Abonné 7 mai 2019 04 h 50

    mon opinion est qu'il y a des libertés qui devrait être encouragé car elles sont bonnes pour la santé mentale

    soyons clair et franc,n'avons nous pas certaines difficultés, avec certaines minorités, la creation de Deach au moyen orient ne nous a t'elle pas mise sur nos gardes , devons nous, laisser une certaine place aux coyances , en autant qu'ils ne transforment pas tout en croyances diront certains

  • Lionel Orengo - Inscrit 7 mai 2019 04 h 56

    Laïcité: Bouchard et Taylor sonnent la charge : étonnante partialité journalistique

    je suis supris par la partialité du traitement de la question des débats autour du pjl21 dans cet article. Que de mots pour décrire les propos des cassandre et des opposants de tout poil au projet de loi (Bouchard et alii). Tout juste si le rédacteur s'est rappellé que le pjl était soutenu par les féministes du PDF, l'association des québécois nord-africains et de Djémila Benhabib.

    J'ai connu meilleure objectivité de la part de ce standard de l'information et de l'opinion qu'est "Le Devoir".

    • Johanne St-Amour - Inscrite 7 mai 2019 08 h 31

      C'est exactement ce que je viens de dénoncer M. Orengo. Quatre groupes passent avant Ms Taylor et McLure, mais on ne parle que de ces derniers? Ah! Une petite phrase pour parler de PDF Q, c'est vrai. ;)

      Djemila Benhabib et Louise Mailloux passent en 2e et représentent le Collectif citoyen pour la laïcité et l'égalité et il y aura aussi le Mouvement national des Québécoises et des Québécois. Mais on nous répète à outrance les positions de Bouchard-Taylor.

    • David Cormier - Abonné 7 mai 2019 08 h 45

      C'est parce que selon les journalistes du Devoir et de la plupart des autres médias, l'opinion de Gérard Bouchard et - surtout - celle de son altesste sérénissime Charles Taylor (ce grand intellectuel vire-capot) pèsent beaucoup plus lourd que la volonté démocratique du peuple et l'opinion des groupes qui appuient le projet de loi.

    • wisner Joselyn - Abonné 7 mai 2019 13 h 57

      On ne peut quand même pas nier que tous les opinions ne se valent pas. D'un côté des gens qui ont réfléchi longtemps à la question de la laicité et de l'autre côté des gens dont l'opinion relève d'avantage du militantisme que de l'argumentation objective. Tout légitime que soit cette dernière position, on ne peut cependant pas les mettre sur le même pied. De la même façon que l'opinion d'un médécin sur votre condition de santé n'est pas à mettre sur le même pied que celle d'un représentant pharmaceutique.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 7 mai 2019 19 h 09

      Monsieur Cormier,
      Qu’est-ce qui .... « pèse(nt) beaucoup plus lourd que la volonté démocratique du peuple et l'opinion des groupes qui appuient le projet de loi.« ?

      Soyons sérieux Monsieur Cormier! Vous savez comme moi que les « consultations » qui défilent à toute vitesse en commission parlementaire ne sont rien d’autre qu’un spectacle. Le gouvernement Legault a annoncé depuis longtemps que SON projet va être adopté au besoin par le bâillon!

      Quant à la « volonté démocratique » du peuple... Elle est très élastique chez les caquiste cette « dèmocratie », à la mesure de l’échantillonnage d’un sondage... Personne n’est dupe, la finalité de ce projet PL 21 ne vise pas à régler un problème, sur la base de plaintes réelles dans les écoles ou dans l’ensemble de la fonction publique. Par contre, oui qu’il fait plaisir aux « laïcistes » et Legault fait le calcul que légiférer sur des « signes », c’est payant pour flatter ce qu’il considère sa base électorale.

      Legault dit être un « pragmatique ». Au niveau idéologique et politique, il l’est aussi et il a démontré qu’il est un girouette qui d’indépendantiste est passé à provincialiste, de souverainiste est passé à nationaliste identitaire! Quant à être « laïciste », pourquoi pas, si ça se réduit à écarter des gens qui portent des signes religieux! Par contre, ne lui demandez surtout pas de couper les subventions aux écoles chrétiennes confessionnelles!

    • Marc Brosseau - Abonné 7 mai 2019 20 h 05

      Que l'on donne la parole à Bouchard et à Taylor est quand-même compréhensible: ils dirigeaient la commission qui a jeté certaines des balises du débat actuel. On se réfère souvent à leurs recommandations (pour souhaiter y revenir, ou pour en dénoncer les insuffisances). Je ne vois pas en quoi le Devoir manquerait d'objectivité en résumant les positions de l'un et de l'autre au sujet du PL-21. Il convient aussi qu'il résume, le temps venu, les positions du PDF Q et des autres groupes (pour et contre). D'accord ou pas, les réflexions de Bouchard et Taylor méritent d'être rapportées. L'article portait sur ça. Pour juger de la partialité du Devoir, il faudra réunir TOUT ce qu'il aura publié sur la question.