Une chaîne humaine pour protester contre le projet de loi sur la laïcité

Depuis plusieurs semaines, le projet de loi sur la laïcité de l’État polarise la population québécoise. 
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Depuis plusieurs semaines, le projet de loi sur la laïcité de l’État polarise la population québécoise. 

Des centaines de personnes se sont réunies, dimanche, dans une chaîne humaine autour du palais de justice de Montréal, à l’appel d’une nouvelle coalition pour protester contre le projet de loi sur la laïcité de l’État, dont les audiences publiques commenceront justement mardi, à Québec.

La manifestation symbolique était organisée par la Coalition inclusion Québec, formée dans la foulée du projet de loi n° 21 (PL21), qui participera d’ailleurs aux consultations publiques le 16 mai. De nombreux juristes, enseignants et élus étaient présents dimanche, de même que les philosophes Charles Taylor et Michel Seymour à titre d’orateurs. Jean Dorion, ex-député du Bloc québécois et ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, a également livré un discours.

Nous allons continuer de combattre jusqu’à ce que cette laïcité véritable soit établie de façon irréversible au Québec

L’initiative du gouvernement Legault « donne au mouvement d’émancipation nationale du peuple québécois une image complètement inverse de celle que ce mouvement projetait il n’y a pas si longtemps », a soutenu M. Dorion, âgé de 76 ans. Selon lui, le PL21 serait contraire aux intérêts nationaux du Québec : « Ne soyez donc pas surpris de voir un vieux militant nationaliste comme moi être à vos côtés aujourd’hui », a-t-il lancé à la foule, disant aussi que le PL21 « procède de notre insécurité » collective.

En marge de son discours, Jean Dorion reconnaît que le projet de loi va probablement passer. Il déplore cependant que les consultations sur le PL21 ne s’échelonnent que sur six jours. « On a écarté les groupes religieux ; les intervenants ont été triés sur le volet », fait-il valoir au Devoir. Un meilleur débat aurait certainement débouché sur un résultat plus nuancé, pense-t-il.

Dans son allocution, Charles Taylor, le coprésident de la commission sur les accommodements raisonnables de 2007, a quant à lui mis en garde contre la « mise en veilleuse » de certains droits. Le PL21 pourrait créer un dangereux précédent pour une future « minorité qui ne plairait pas à la majorité ». « Nous allons continuer de combattre jusqu’à ce que cette laïcité véritable soit établie de façon irréversible au Québec », a-t-il scandé.

Au sein du contingent de nombreux juristes à la manifestation, Nour Farhat, une jeune avocate en train de faire une maîtrise dans le but d’être procureure de la couronne, explique au Devoir que le projet de loi est « un obstacle à ses ambitions ». « On sait qu’une majorité de Québécois appuient le projet de loi, dit-elle, mais la manifestation d’aujourd’hui est une action symbolique pour signifier qu’il brime tout de même des droits fondamentaux. »

Cette chaîne humaine avait lieu le lendemain d’un autre rassemblement réunissant quelques centaines de personnes, celui-là en faveur du PL21. Il avait lieu devant les locaux de TVA, à Montréal. Des gens arborant des symboles de groupuscules d’extrême droite y ont été aperçus. Des contre-manifestants antifascistes ont été tenus à l’écart du rassemblement par les policiers.

Mardi, une conférence de presse du Rassemblement pour la laïcité (critique au PL21) aura lieu à Montréal. Il rassemblera les représentants de huit groupes, dont plusieurs présenteront un mémoire devant la commission parlementaire examinant le PL21.

Des élus comme maillons

Plusieurs élus du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire (QS) ont participé à la chaîne humaine, dimanche. Pour eux, c’était l’occasion de montrer leur opposition à la loi telle qu’elle a été rédigée par le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette.

« C’est clair qu’on va tout faire pour que ce projet de loi ne passe pas, on va tout faire pour que des gens ne se fassent pas retirer leurs droits », a martelé la co-porte-parole de QS, Manon Massé.

Chez les libéraux, la priorité sera de « protéger les femmes affectées » par le PL21, explique Kathleen Weil. La députée espère « qu’à tout le moins », l’opposition soit en mesure de permettre aux enseignantes voilées de changer d’école ou de poste sans perdre leur droit acquis de porter leur foulard. Elle est aussi d’avis que le gouvernement tente « d’étouffer le débat public » avec des consultations « très, très restreintes ».

La Coalition inclusion Québec entend maintenir la pression dans les prochains jours. Le 13 mai, elle organisera un événement rassemblant des groupes qui n’ont pas été invités aux consultations publiques.
 

Avec La Presse canadienne


Une version précédente de ce texte affirmait que le rassemblement pour la laïcité qui devait se tenir lundi était critique du projet de loi 21. Il était plutôt favorable. Nos excuses.