L’autonomie des infirmières praticiennes bientôt reconnue

L’infirmière praticienne spécialisée Isabelle Têtu pratique un examen sur une patiente de la clinique SABSA à Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’infirmière praticienne spécialisée Isabelle Têtu pratique un examen sur une patiente de la clinique SABSA à Québec.

Pour la ministre de la Santé, Danielle McCann, il s’agit d’un « pas de géant » qui va permettre aux patients d’avoir un accès plus rapide aux soins de première ligne.

Ce changement découle d’une entente entre le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières, qui se tenaient côte à côte pour en faire l’annonce mercredi matin au parlement.

En février, le Collège avait accepté de laisser les IPS poser des diagnostics pour six maladies chroniques (diabète, hypertension, hypercholestérolémie, asthme, maladie pulmonaire obstructive chronique et hypothyroïdie). Or, il a accepté depuis qu’elles évaluent tous les problèmes de santé courants.

Concrètement, cela signifie que les patients traités en première ligne par une IPS n’auront plus besoin de voir leur médecin par la suite pour qu’il confirme ses recommandations, a expliqué la présidente de l’Association des IPS, Christine Laliberté, en marge d’une annonce mercredi. Les IPS pourront poser des diagnostics, prescrire des médicaments et proposer des traitements.

Pas de cliniques d’infirmières

Quant aux médecins, ils y gagneront aussi au change, croit le président du Collège, Mauril Gaudreault.

« Ils vont avoir plus de temps pour traiter des problèmes à la hauteur de leurs compétences », a-t-il fait valoir.

Selon M. Gaudreault, cette ouverture « fait consensus au sein de la communauté médicale ». La réflexion à ce sujet, dit-il, s’est faite graduellement ces dernières années.

Du côté de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on a reçu la nouvelle avec un enthousiasme plus modéré mercredi. « On n’a pas de réaction particulière, a déclaré son porte-parole, Jean-Pierre Dion. On attend de voir le projet de loi. »

Les médecins de famille ont au moins été rassurés sur un point : la ministre n’a pas l’intention de permettre la création de cliniques d’infirmières parallèles à celles où travaillent les médecins.

« Pour nous, ce qui est important, en pratique, c’est que les IPS et les médecins continuent de travailler ensemble », a dit M. Dion.

L’exception SABSA

« Je pense que c’est beaucoup plus porteur, dans un modèle québécois, d’avoir une pratique multidisciplinaire », avait déclaré à ce propos Mme McCann lors de l’annonce. Des propos qui ont suscité l’inquiétude du Parti québécois.

Plus tard en commission parlementaire, le député Sylvain Gaudreault a demandé ce qu’il adviendrait de la clinique infirmière SABSA à Québec qui dessert les laissés-pour-compte du système depuis 2015. Or la ministre s’est montrée rassurante à cet égard. SABSA, a-t-elle dit est « essentielle », mais il s’agit d’une exception.

Compensations

Au cours de la journée, les libéraux et Québec solidaire ont quant à eux invité la ministre de la Santé à aller plus loin vers l’autonomie des infirmières en abolissant les compensations de 60 000 $ offertes aux groupes de médecins qui travaillent avec des IPS. Questionnée à cet égard, Mme McCann avait laissé entendre en matinée que cela n’est pas exclu. « Il y aura des ajustements, sûrement. Là, je ne peux pas vous donner de précisions là-dessus, je pense qu’il y a des discussions à avoir », a-t-elle dit.

Le Québec compte environ 600 infirmières praticiennes spécialisées à l’heure actuelle. Ces dernières possèdent une maîtrise en sciences infirmières et en sciences médicales. La plupart sont spécialisées en soins de première ligne, mais certaines ont une spécialité en pédiatrie, en santé mentale ou en néonatalogie.

Il faudra toutefois attendre au moins un an pour voir l’ensemble de ces changements se décliner dans le réseau. Le gouvernement doit d’abord adopter des règlements pour encadrer la pratique, puis faire adopter une loi qui permettra aux IPS de ne plus relever de la Loi médicale.