200 000$: un «bon compromis» pour les sinistrés, plaide Québec

Québec offrira un dédommagement équivalant au «coût neuf de la résidence ou du bâtiment, ou 200 000$», précisent les documents d’information du gouvernement.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Québec offrira un dédommagement équivalant au «coût neuf de la résidence ou du bâtiment, ou 200 000$», précisent les documents d’information du gouvernement.

François Legault a réitéré lundi un appel qu’il souhaite voir se concrétiser : celui que les victimes d’inondations successives « songent à déménager » en profitant du nouveau programme d’indemnisation du gouvernement. Mais si cette idée fait son chemin, bien des questions émergent au sujet des « 200 000 $».

C’est la somme maximale que Québec a prévue pour une relocalisation dans le « programme général d’indemnisation et d’aide financière lors de sinistres réels ou imminents », dévoilé le 15 avril. Cet incitatif est nouveau : l’ancien programme ne prévoyait rien de tel.

Dans le communiqué de presse diffusé par la ministre de la Sécurité publique pour présenter le nouveau programme d’indemnisation, le volet relocalisation arrive en bas de page : l’avant-dernier des neuf points soulignés par Geneviève Guilbeault. Or, l’ampleur des inondations qui affectent le Québec depuis deux semaines a fait de cette mesure un sujet de discussion partout où les citoyens ont les pieds dans l’eau.

Le programme prévoit deux choses pour les propriétaires victimes « d’inondations successives » (plus d’un sinistre après le 10 avril 2019).

« À partir du moment ou une personne atteint une aide cumulée de 50 % du prix neuf de sa résidence — jusqu’à un maximum de 100 000 $ —, elle a deux choix, rappelait lundi la ministre Guilbeault : si elle décide de rester dans cette zone, on lui donne un dernier chèque d’aide, et elle assume par la suite les risques. Sinon, elle se relocalise dans une zone non inondable. »

Pour ce faire, Québec offrira un dédommagement équivalant au « coût neuf de la résidence ou du bâtiment, ou 200 000 $», précisent les documents d’information du gouvernement.

Pourquoi 200 000 $?

Et pourquoi un maximum de 200 000 $ partout au Québec, alors que la valeur des maisons varie grandement d’une région à l’autre ?

« Le 200 000 $ est une valeur basée sur la valeur moyenne des maisons au Québec, fait valoir Mme Guilbeault. On estime que c’est un bon compromis. Il y a une logique mathématique de prendre cette moyenne au Québec. Il fallait trouver ce compromis, trouver l’équilibre entre l’utilisation des fonds publics et le fait que les gens ont besoin d’un accompagnement financier. »

La ministre « pense que si on pose la question aux payeurs de taxes, “trouvez-vous que c’est un bon compromis de fixer une valeur moyenne à 200 000 $, qui est basée sur valeur moyenne des maisons au Québec ?”, je suis assez d’avis que les gens seront d’accord ».

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) n’est pas convaincu de cela.

« Il manque d’information sur ces 200 000 $, dit Jacques Demers en entretien. C’est un outil intéressant [l’incitatif à la relocalisation]. Mais sur quelles bases ? Selon l’évaluation foncière ? En incluant le prix du terrain ? Est-ce que la municipalité deviendrait propriétaire du terrain abandonné ? Il manque beaucoup de données » pour évaluer… et encore plus pour prendre une décision.

Il fallait trouver ce compromis, trouver l’équilibre entre l’utilisation des fonds publics et le fait que les gens ont besoin d’un accompagnement financier

La réaction est semblable à l’Union des municipalités du Québec (UMQ). « Les questions sur les 200 000 $ sont excellentes : toutes les maisons n’ont pas la même valeur », souligne la présidente de droit, Suzanne Roy.

De passage à Maskinongé, le premier ministre Legault a indiqué que les gens qui se prévaudront de l’offre de départ pourront aussi recevoir « jusqu’à 50 000 $ pour le terrain, et [des sommes] pour la valeur des meubles ». Ces éléments ne sont toutefois pas détaillés dans les documents d’information sur le sujet.

« On souhaite trouver des solutions permanentes [pour les résidences inondées à répétition], a expliqué M. Legault. Je comprends que, même si on verse 200 000 $, des gens vont préférer rester. Mais je pense que c’est raisonnable de dire qu’il y a un montant cumulatif. »

« Il va aussi falloir se poser des questions sur comment aider les municipalités affectées, a ajouté le premier ministre. Mais il faut prendre les décisions en fonction de limiter les dégâts à long terme, et non pas à court terme » en se basant seulement sur les pertes fiscales.