Démissionner plutôt que de nuire à Legault

Une enquête de la commissaire à l’éthique concernant le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a été ouverte.<br />
 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Une enquête de la commissaire à l’éthique concernant le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a été ouverte.
 

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, estime qu’il n’a rien à se reprocher malgré l’ouverture d’une enquête de la commissaire à l’éthique concernant ses actifs dans des sociétés privées. Toutefois, il n’hésite pas à dire qu’il serait prêt à démissionner s’il devenait un boulet pour le gouvernement.

« Si ma présence au Conseil des ministres est perçue comme étant négative ou est une embûche à ce que M. Legault accomplisse au Québec dans les quatre ou huit prochaines années, je vais démissionner, a-t-il tranché. C’est clair. »

Le ministre a répondu aux questions des journalistes mercredi en marge d’une activité sur le développement régional organisée par la Fédération québécoise des municipalités (FQM).

La commissaire Ariane Mignolet avait annoncé la veille qu’elle ouvrira une enquête le 29 avril « à son initiative », « quant à de potentiels manquements au Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale ». Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) avaient tous deux demandé à la commissaire d’enquêter jeudi dernier.

Est-ce qu’on veut un ministre de l’Économie qui connaît l’économie ou un journaliste qui n’a pas d’amis dans le domaine des affaires et qui n’aura pas de connaissances?

 

« Il y a zéro problème de Code d’éthique », a affirmé M. Fitzgibbon, avouant ne pas pouvoir expliquer pourquoi elle a des doutes à son sujet.

« Je ne peux pas répondre à ça, écoutez, il y a une enquête, c’est légitime », a-t-il répondu.

Le ministre de l’Économie est l’objet d’une controverse depuis la nomination jeudi de Guy LeBlanc, un ami personnel, à la tête d’Investissement Québec. Il détenait jusqu’à tout récemment des actions dans l’entreprise MOVE Protéine, qui appartient au fils de M. LeBlanc.

« Le Code ne permet pas que ces compagnies-là soient détenues ou gérées par le mandataire sans droit de regard », a indiqué le ministre en réponse aux doutes soulevés par les deux partis d’opposition.

La fiducie sans droit de regard s’applique aux actifs d’entreprises cotées en Bourse en vertu du Code d’éthique des députés, mais pas aux intérêts détenus dans des sociétés privées. Dans un tel cas, un ministre a l’obligation de déclarer ses intérêts « dans les 60 jours après sa nomination ». L’article 46 précise également que l’entreprise doit s’abstenir « de faire, directement ou indirectement, quelque marché avec le gouvernement, un ministère ou un organisme public ».

M. Fitzgibbon a précisé avoir vendu ses parts dans deux des treize sociétés privées auxquelles il participait, soit XPND Capital, qui a investi dans Téo Taxi, et MOVE Protéine. Il a ajouté qu’il tentait de trouver des acheteurs pour les autres afin de simplifier son travail, une démarche qui prend du temps.

Il a toutefois reconnu qu’il y avait une apparence de conflit d’intérêts dans la nomination de Guy LeBlanc comme président-directeur général d’Investissement Québec.

« Il va falloir attendre trois ans pour pouvoir juger M. LeBlanc, a-t-il dit. Effectivement, le fait que M. LeBlanc soit proche de moi, les gens peuvent dire: “Bon est-ce qu’il l’a choisi par la proximité ou par la compétence ?” Moi, je vous dis la compétence. »

Le premier ministre, François Legault, a également défendu la nomination de M. LeBlanc en marge d’une annonce à Matane mercredi.

« On va laisser la commissaire à l’éthique faire son travail, mais moi, je pense qu’on a une personne compétente, ambitieuse […], a-t-il affirmé. On a voulu aller chercher la personne qu’on considérait comme la meilleure, qui est compétente, et moi, je suis très à l’aise avec ce choix-là. »

Il a ajouté que M. LeBlanc était le meilleur candidat pour mener à bien la réforme d’Investissement Québec, dont les détails seront annoncés au cours des prochains mois.

Le ministre a critiqué le travail de certains médias, dont Le Journal de Montréal, qui a publié son adresse personnelle, la semaine dernière, et a semblé regretter son saut en politique.

« La réalité, c’est que si j’avais su que détenir des compagnies privées était compliqué, je serais chez nous aujourd’hui », a-t-il soutenu.

« Il y a un débat ici, a-t-il ajouté plus tard. Est-ce qu’on veut un ministre de l’Économie qui connaît l’économie ou un journaliste qui n’a pas d’amis dans le domaine des affaires et qui n’aura pas de connaissances ? »

L’argumentaire du ministre n’a pas convaincu les partis d’opposition. Le député Vincent Marissal espère que l’enquête de la commissaire à l’éthique permettra d’en savoir plus sur la séquence des événements qui ont mené à la nomination de M. LeBlanc.

« Que M. Fitzgibbon connaisse du monde, oui, c’est normal, on a tous un passé, a-t-il réagi. Mais dans ce cas-ci, ce n’est pas qui on connaît, c’est qui on nomme et comment on les nomme. »

« S’en prendre aux médias pour détourner l’attention n’est pas du tout une bonne façon de faire, a déclaré pour sa part le député péquiste Martin Ouellet. M. Fitzgibbon semble oublier que la CAQ a lourdement décrié haut et fort dans le passé les nominations politiques et aujourd’hui, elle doit répondre de ses choix. »