Plus de 2500 résidences inondées au Québec

Le premier ministre François Legault a assuré aux sinistrés que Québec a tiré des leçons des crues printanières de 2017.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre François Legault a assuré aux sinistrés que Québec a tiré des leçons des crues printanières de 2017.

D'après le plus récent bilan d'Urgence Québec, publié à 14h30 lundi, 2549 résidences étaient inondées et on comptait environ 1565 maisons isolées par les eaux et 1688 citoyens étaient évacués de leur résidence. Cinq inondations majeures étaient toujours en cours aux abords du lac Saint-Pierre, de la rivière Chaudière et du lac des Deux Montagnes.

La région de la Beauce demeure celle où la situation est la plus critique. Dans la nuit de samedi à dimanche, 200 personnes ont dû être évacuées à Scott. Comme si le scénario n'était pas déjà assez dramatique, un incendie s'est mis de la partie. Ironiquement, l'inondation a contribué à éteindre les flammes, a rapporté Éric Houde.

En ce qui concerne l'Outaouais et Rigaud, la sécurité civile prévoit que l'eau va continuer de monter, mais sans dépasser les niveaux atteints en 2017. Les prévisions météorologiques laissent croire que les conséquences pourraient être moins catastrophiques qu'anticipées.


« La météo est de notre bord. Il y a d'autres systèmes de pluie qui s'en viennent, mais l'eau qui passe aujourd'hui ne reviendra pas », analyse sur un ton encourageant M. Houde.

Il note une seule exception, c'est le niveau du lac Saint-Pierre. « Il ne faut pas oublier qu'on est en période de haute marée. Ça crée un bouchon et ça empêche le lac Saint-Pierre de se vider dans le fleuve », fait remarquer le porte-parole national.

D'après Environnement Canada, c'est la fonte des glaces qui va continuer d'alimenter les cours d'eau et non la pluie.

« Le gros des précipitations est vraiment derrière nous. On parle de fonte pour les prochains jours, mais au moins pas de précipitations pour dimanche, lundi, mardi », confirme la météorologue Marie-Ève Giguère.

 « On a appris de 2017 »
Rendant visite aux sinistrés de l'île Bigras à Laval, le premier ministre François Legault leur a assuré que Québec a tiré des leçons des crues printanières de 2017. 

« On ne veut pas qu'à répétitions les contribuables paient pour les inondations. Il faut ajuster nos programmes, mais il faut aussi être lucide, si c'est nécessaire de forcer les gens à déménager, il faudra le faire », a fait valoir le premier ministre. 

François Legault a voulu rassurer les victimes de la crue des eaux en les informant qu'un programme d'indemnisation plus flexible sera mis en place. Les propriétaires inondés vont pouvoir obtenir de l'aide financière sur la base d'une évaluation des travaux à effectuer plutôt que de devoir réaliser les réparations et transmettre leurs factures au gouvernement.

Dimanche après-midi, M. Legault a rencontré René Rousseau, dont la propriété a été inondée en 2017. 

« En 30 ans, c'était la première fois que ça nous arrivait. Là, ça va être deux fois en deux ans », lui racontait l'homme de 68 ans. 

Ironiquement, l'homme tentait de vendre sa maison en 2017 lorsque les crues printanières ont submergé son terrain. 

« Je la vendais un peu plus de 900 000$, aujourd'hui oubliez ça, personne ne voudrait payer pour s'installer là », s'est-il désolé. 

Le premier ministre a tenu une réunion de travail devant les caméras à Laval. Il a pu s'entretenir avec l'équipe de coordination des mesures d'urgence en compagnie du ministre des Finances et responsable la région de Laval Éric Girard, du maire Marc Demers et de la brigadière-générale Jennie Carignan.

Les autorités lavalloises ont informé François Legault que le niveau de l'eau devrait continuer d'augmenter jusqu'à mercredi dans le secteur.

M. Legault s'est par la suite rendu dans l'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève, où il a rencontré la mairesse de Montréal, Valérie Plante

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir François Legault s'est rendu dans l'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève, où il a rencontré la mairesse de Montréal, Valérie Plante. 


« La préparation va bien grâce au Service incendie de la Ville de Montréal et à l'armée qui vient de départir. On a eu un petit répit de précipitations pour terminer le travail qui est déjà bien avancé et qui n'a rien à voir avec la situation de 2017 où on était en mode réaction », a indiqué la mairesse Plante. 

Les deux politiciens se sont ensuite dirigés vers l'île Mercier qui avait été fortement touchée par les crues du printemps 2017. D'ailleurs, cette petite île garde des cicatrices de ces inondations. Plusieurs résidences ont été si endommagées qu'elles ont été démolies, laissant d'immenses terrains vacants. 

« Cette fois-ci, je pense que ça devrait aller. La dernière fois, l'eau a surpris tout le monde, mais là on a eu le temps de se préparer », a souligné Jean Ouellette à la mairesse Valérie Plante, qui a enfilé ses salopettes et bottes imperméables pour rencontrer les sinistrés. 

L'armée en renfort
Ailleurs sur l'île Bigras, des citoyens ont poussé un soupir de soulagement lorsque l'aide militaire a été déployée dimanche. Les militaires s'affairent notamment à renforcer une digue et à aider les citoyens en remplissant des sacs de sable. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les militaires déployés ont aidé les citoyens en remplissant des sacs de sable. 

« Je suis très émotive positivement, parce qu'en mai 2017, c'est par là que l'eau est arrivée et j'ai plusieurs voisins qui ont été durement touchés », mentionne Josée Morin. 

Appelées en renfort vendredi, par la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre Geneviève Guilbault, les Forces armées canadiennes ont déployé quelque 200 militaires samedi soir entre Gatineau et Trois-Rivières. Selon Pierre Leblanc, des affaires publiques de l'armée, il y a 200 soldats à Laval et 600 dans tout le Québec.

Le premier ministre François Legault a remercié les militaires pour leur collaboration préventive plutôt que réactive. Cette mobilisation pourrait permettre de limiter les dégâts, alors que les soldats contribuent à aménager des digues un peu partout.

De l'avis des autorités de la sécurité civile, la préparation des citoyens et des municipalités est exemplaire. Le porte-parole national de la sécurité civile, Éric Houde, s'attend d'ailleurs à ce que les dégâts soient moindres grâce à cette mobilisation.

Il rappelle toutefois aux sinistrés de demeurer prudents et de respecter les consignes des municipalités qui connaissent bien leurs cours d'eau et qui sont là pour assurer la sécurité de la population.

Sur son compte Facebook dimanche matin, Urgence Québec demandait aux citoyens qui devaient quitter leur domicile de laisser une note dans leur boîte aux lettres indiquant le moment de leur départ et leur destination ou d'en informer leur municipalité.