La CAQ sur la défensive dans le dossier du troisième lien Québec-Lévis

Le troisième lien, dont le coût est estimé à plusieurs milliards, doit relier Québec à l’est de sa Rive-Sud. La CAQ a promis, pendant la campagne, qu’elle lancerait sa construction au cours d’un premier mandat.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le troisième lien, dont le coût est estimé à plusieurs milliards, doit relier Québec à l’est de sa Rive-Sud. La CAQ a promis, pendant la campagne, qu’elle lancerait sa construction au cours d’un premier mandat.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, s’est trouvé sur la défensive jeudi dans le dossier du troisième lien routier entre Québec et Lévis quand le député libéral Gaétan Barrette lui a demandé d’expliquer pourquoi le gouvernement caquiste a court-circuité des étapes du projet.

Lors de l’étude des crédits, le député Barrette a demandé sans succès au ministre Bonnardel de fournir tout document justifiant que le projet de troisième lien a été soustrait aux étapes d’analyse qui permettent normalement d’évaluer la pertinence des grands projets (le « dossier d’opportunité » dans le jargon).

« Soit il y a des choses qui sont cachées, soit il y a des choses qui n’existent pas — ou bien, la meilleure réponse, c’est que ce serait gênant de sortir les documents », a conclu M. Barrette au cours d’un échange particulièrement intense avec le ministre.


Écoutez un extrait de l'échange entre le libéral Gaétan Barrette et le ministre François Bonnardel
 

Au Québec, tous les projets routiers de plus de 100 millions de dollars sont assujettis à la directive sur les projets majeurs. Cette directive prévoit une série d’étapes pour assurer « une gestion rigoureuse » des fonds publics notamment.

Bombardé de questions par le député Barrette, le ministre des Transports a dit qu’il s’était prévalu de l’article 32 de la directive, qui « permet au gouvernement […] de passer une étape comme telle ».

Il a aussi fait valoir que le gouvernement s’était déjà prévalu de ce droit pour d’autres projets, telle la réfection du pont Laviolette à Trois-Rivières. Le député Barrette lui a alors demandé si un mémoire ou des documents avaient été présentés au Conseil des ministres pour justifier le recours à cet article. M. Bonnardel refusant de répondre, M. Barrette est revenu à la charge avec la même question au moins six fois.

Réplique de Bonnardel

Visiblement très agacé, M. Bonnardel a néanmoins gardé son sang-froid et a répondu chaque fois « qu’en temps et lieu », il pourrait « donner toutes les informations ».

Une fois devant les journalistes, M. Barrette a dit que c’était « inquiétant ».

« Un projet de cette ampleur-là, de cette complexité-là et de ces conséquences-là, sans études, sur un fast track ? Qu’est-ce qu’on va dire dans 25 ans ? a-t-il lancé. Ça n’a pas de sens. On est dans la réalisation d’une promesse électorale à tout prix, quitte à faire des erreurs. »

Le troisième lien, dont le coût est estimé à plusieurs milliards, doit relier Québec à l’est de sa Rive-Sud. La CAQ a promis, pendant la campagne, qu’elle lancerait sa construction au cours d’un premier mandat.

L’offensive de M. Barrette s’est poursuivie pendant une bonne partie de la journée jeudi. Au grand dam de M. Bonnardel. « Ce que le député de La Pinière fait, c’est ridicule. S’il pense que, comme membre du Conseil des ministres, on va tourner les coins ronds ! On fait un travail extrêmement sérieux. Je ne tournerai jamais les coins ronds. »

Malgré ses efforts, le député libéral n’a finalement réussi qu’à tirer peu de chose du ministre, si ce n’est qu’il n’excluait pas la tenue d’un Bureau d’audiences publiques (BAPE) sur le projet.

La veille, le secrétaire général du gouvernement Yves Ouellet avait lui aussi dû répondre à des questions à ce sujet. Il avait alors affirmé que « l’étude d’opportunité » du troisième lien n’était pas nécessaire parce que « l’opportunité [était] évidente ».

« Donc, on fait les analyses sur le plan de l’évaluation de l’impact du projet, du design, des aspects techniques. Donc, c’est ce qui est en train d’être fait présentement. »