François Legault réitère son opposition à de nouveaux oléoducs

Le premier ministre François Legault joue les trouble-fête. La victoire décisive de Jason Kenney aux élections générales albertaines n’y changera rien : le gouvernement québécois s’oppose à tout projet de pipeline traversant le Québec, a-t-il réitéré mercredi avant-midi.

« Il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour construire de nouveaux oléoducs », a-t-il déclaré en français, puis en anglais, au lendemain du scrutin albertain. Par précaution, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion « rappe[lant] que le Québec a la pleine légitimité de refuser des projets d’oléoducs ».

M. Legault a toutefois assuré à M. Kenney que le gouvernement québécois appuie le projet « très important » de construction d’un gazoduc jusqu’au Saguenay. Cette infrastructure permettrait d’approvisionner en gaz naturel de l’Ouest canadien un complexe industriel aménagé sur le site de Port Saguenay. « [M. Kenney et moi,] nous avons l’économie comme priorité commune », a répété M. Legault.

En campagne aux quatre coins de l’Alberta, Jason Kenney a promis de tenir un référendum sur la péréquation en 2021 si les projets d’oléoducs demeurent bloqués par d’autres provinces.

Renouvelé en 2018, le programme de transferts fédéraux est revu tous les cinq ans. « C’est un programme fédéral », a précisé le ministre québécois des Finances, Éric Girard. « Ce n’est pas la responsabilité de l’Alberta de décider quels sont les programmes fédéraux. »

La péréquation permet de répartir la richesse partout au pays. Le Québec recevra plus de 13 milliards de dollars en 2019-2020, soit la part du lion de l’enveloppe, malgré son important surplus budgétaire. L’Alberta, qui est considérée comme une province riche, n’en reçoit pas même si son économie a largement souffert de la chute du prix du pétrole au fil des dernières années. Une injustice aux yeux de M. Kenney. Il estime que des provinces profitent de l’argent généré par l’exploitation des sables bitumineux tout en empêchant le développement de cette industrie.

La péréquation « fait partie des avantages du Canada », a souligné quant à lui le premier ministre québécois devant l’Assemblée nationale. « La péréquation, on va la garder ! »

M. Legault a invité le premier ministre désigné de l’Alberta à voir dans le projet Énergie Saguenay une occasion en or de « créer de la richesse et que le Québec devienne moins dépendant de la péréquation ». « On va être gagnants tous les deux », a-t-il fait valoir. « Il faut comprendre qu’un oléoduc de gaz [sic], si jamais il y a une fuite, c’est beaucoup moins dangereux que le pétrole, puisque ça s’évapore. C’est un projet important pour l’Alberta et le Québec », a-t-il ajouté.

M. Girard a aussi rappelé que son gouvernement veut réduire la dépendance du Québec à la péréquation. « Nous, on a été clairs, c’est-à-dire qu’à long terme, on veut que le Québec atteigne un autre niveau ― soit le même que celui de l’Ontario et du Canada en matière de PIB par habitant, de richesse ―, et lorsqu’on va faire ces progrès-là à long terme, de facto, on aura moins besoin de [la péréquation]. »

« Énergie sale »

En décembre dernier, M. Legault avait déclaré en marge d’une rencontre des premiers ministres des provinces et des territoires qu’il ne se sentait « pas du tout gêné de refuser de l’énergie sale » alors que le Québec, lui, a de l’énergie propre à écouler à bon prix.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a pris soin de le rappeler mercredi matin durant la période des questions. « Nous comprenons qu’au Québec, le développement économique, ça doit se faire dans le respect de l’environnement et qu’on n’en veut pas, de pipeline. Par contre, Monsieur le Président, il y a des manières de dire les choses pour exprimer son opposition à un projet », a-t-il déclaré, avant de demander à M. Legault s’il « compte profiter de l’élection de [M. Kenney] pour repartir sur une note moins conflictuelle ».

53%
Plus de la moitié du pétrole consommé au Québec provient de l’Ouest canadien par le biais de la ligne 9B du réseau de pipelines d’Enbridge, a rappelé François Legault.