Laïcité: la CAQ doit démontrer que le port de signes religieux pose problème, selon QS

Le porte-parole de Québec solidaire en matière de laïcité, Sol Zanetti
Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir Le porte-parole de Québec solidaire en matière de laïcité, Sol Zanetti

Le gouvernement Legault doit faire preuve de plus de rigueur et démontrer que le port de signes religieux « atteint » la neutralité de l’État, selon Québec solidaire (QS).

Le parti dénonce l’absence de données probantes dans ce débat qui fait rage au Québec. Le premier ministre François Legault a même faussement déclaré la semaine dernière s’inspirer du Maroc pour interdire le port de signes religieux à certains employés de l’État en position d’autorité, dont les enseignants. Le Maroc n’interdit pas le port de signes religieux à sa population.

« On est vraiment dans une approche qui est très idéologique, très dogmatique, dans laquelle vraiment il y a peu de place à la science, et ça, c’est vraiment une marque de commerce de ce gouvernement-là depuis le début », s’est insurgé le porte-parole de QS en matière de laïcité, Sol Zanetti, dans une entrevue à La Presse canadienne publiée lundi.

On imagine des solutions pour des problèmes qui ne sont pas démontrés. […] La CAQ joue aux apprentis sorciers avec les droits des gens, et ça, ce n’est pas correct.

Selon lui, le gouvernement doit prouver que les enseignantes qui portent le voile, par exemple, « atteignent » la neutralité de l’État. « Est-ce qu’on a une preuve de ça ? À ma connaissance, on n’a aucune preuve et le gouvernement s’en va enlever des droits à des personnes sans aucune preuve qu’il y a un problème et que ça va donner quoi que ce soit », a poursuivi le député de Jean-Lesage.

Si le gouvernement a des preuves, qu’il les rende publiques, a-t-il lancé.

Le projet de loi 21 a été déposé à l’Assemblée nationale le 28 mars dernier par le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette. Il fait primer l’objectif de laïcité de l’État sur le respect des droits individuels, dont la liberté religieuse, garantis par la Charte canadienne des droits et libertés et la Charte québécoise des droits de la personne. En vertu du principe de « droit acquis », les employés visés déjà en fonction pourront cependant continuer à porter leurs signes religieux, tant qu’ils conservent leur poste actuel.

Au moins deux grandes manifestations ont eu lieu à Montréal, mais plusieurs voix se sont également élevées pour défendre le projet de loi 21. M. Legault a déjà évoqué la possibilité de le faire adopter sous bâillon.

Un sondage Léger suggérait récemment que deux Québécois sur trois appuient l’interdiction des signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité.

Québec solidaire, qui a récemment revu sa position, s’oppose désormais au projet de loi aux côtés du Parti libéral du Québec (PLQ). Il exige que le gouvernement prenne le temps de tenir un débat « minimalement rigoureux », faisant ainsi écho aux propos tenus la semaine dernière par le sociologue Gérard Bouchard. « Démontrez-nous que la religion est en train de diriger l’État québécois », a déclaré M. Zanetti.

Cannabis, 3e lien…

Par ailleurs, l’ancien professeur de philosophie dénote également l’absence de données probantes dans d’autres dossiers, notamment ceux du rehaussement à 21 ans de l’âge légal pour consommer du cannabis et du projet de construction d’un troisième lien routier à Québec.

Dans ces deux dossiers, le gouvernement Legault peine à justifier sa position. Pourtant, ce sont « des sujets complexes sur lesquels on pourrait avoir des données probantes », affirme M. Zanetti. « Moi, je n’en reviens pas », s’est-il exclamé.

Le cas du projet de loi 21 est d’autant plus grave qu’il contient une clause dérogatoire qui brime des droits fondamentaux, selon lui. Le gouvernement ne peut s’appuyer que sur son « intuition » ou sur « l’avis bien subjectif de certains chroniqueurs ».

« Il faut qu’on ait des méchantes bonnes raisons, il faut qu’on soit capable de prouver qu’il y a un problème, que c’est dysfonctionnel, que ça porte atteinte à autrui et dans le cas du port de signes religieux, cette démonstration-là, elle n’est pas faite », a-t-il tranché.

Le ministre Jolin-Barrette n’était pas immédiatement disponible lundi pour commenter le dossier.

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