L’Assemblée nationale donne puis retire une tribune à un groupe d’extrême droite

La présidente de la CRC, la caquiste MarieChantal Chassé, s’est d’abord défendue de ne pouvoir empêcher un groupe de présenter un mémoire à la commission.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La présidente de la CRC, la caquiste MarieChantal Chassé, s’est d’abord défendue de ne pouvoir empêcher un groupe de présenter un mémoire à la commission.

L’Assemblée nationale a offert une tribune inespérée à un groupe d’extrême droite, en acceptant de publier sur son site web un mémoire appelant à la pureté ethnique.

Le mémoire de la Fédération des Québécois de souche (FQS), qui a finalement été retiré jeudi, a été déposé mardi à la commission des relations avec les citoyens (CRC) étudiant le projet de loi 9 sur l’immigration.

La présidente de la CRC, la caquiste MarieChantal Chassé, s’est d’abord défendue de ne pouvoir empêcher un groupe de présenter un mémoire à la commission. « Mon rôle comme présidente de la commission, c’est de déposer tous les mémoires », a-t-elle indiqué. L’Assemblée nationale lui a rapidement donné raison, en précisant que le dépôt de mémoires ne signifiait pas que la présidence endossait leur contenu.

Mais le texte en question est si choquant, selon le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, que la commission n’avait guère le choix de le retirer.

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne jeudi, il a dit souhaiter envoyer un message à tous les intervenants de modérer leurs propos, surtout à la veille de l’étude du très controversé projet de loi 21, qui interdit le port de signes religieux à certaines catégories d’employés de l’État.

« La liberté d’expression, et surtout la capacité de contribuer à une commission parlementaire, ce n’est pas un droit infini, a-t-il déclaré. Il y a des limites et aujourd’hui on a placé une limite en disant qu’un mémoire qui appelle à la pureté ethnique, ce n’est pas acceptable. »

Nuisible au débat

La FQS a été fondée par Maxime Fiset, un ancien néonazi qui travaille aujourd’hui pour le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Qualifiant le groupe d’« extrême », le premier ministre François Legault a déclaré jeudi que « ce type de commentaire n’a pas à être public ».

La FQS s’est exprimée dans le cadre de l’étude du projet de loi 9, qui vise à modifier les critères de sélection des futurs immigrants, en donnant préséance aux aptitudes des candidats à occuper un emploi rapidement au Québec pour mieux répondre aux besoins des entreprises.

Dans son mémoire, le groupe félicite le gouvernement Legault de s’attaquer à la révision du système d’immigration.

Il lui demande de favoriser les candidats à l’immigration « présentant les plus fortes affinités avec les Québécois, notamment les personnes originaires des régions francophones d’Europe ou de la diaspora canadienne-française ». Ces personnes, contrairement à celles issues d’une « immigration allogène », peuvent « s’assimiler complètement à notre nation presque dès leur arrivée, sans altérer significativement sa composition », peut-on lire dans le document. « Une immigration allogène entraîne davantage de difficultés d’intégration et pose à terme le risque, surtout si elle est trop massive, de changer l’identité même des Québécois », poursuit-on.

Selon Québec solidaire, le mémoire de la FQS contient plusieurs passages qui contreviennent à l’article 35 du règlement de l’Assemblée nationale, qui interdit de « se servir d’un langage violent, injurieux ou blessant à l’adresse de qui que ce soit ». « Un mémoire qui a des passages racistes qui appellent à la pureté ethnique, ce n’est pas acceptable, a insisté M. Nadeau-Dubois, qui s’est dit surpris de la virulence du propos. [Le passage] qui justifiait le plus de retirer le mémoire, c’est celui où l’on parle du droit de la nation québécoise à conserver son identité ethnique et de prendre les moyens pour y parvenir. […] C’est carrément un appel à la pureté raciale. Ça dépasse les limites d’un débat respectueux. »

Il espère que les députés entameront rapidement une « réflexion », afin de s’assurer que les commissions parlementaires ne serviront plus jamais de tribune à ces groupes, « qui sont nuisibles au débat ».

Dans le cadre de l’étude du projet de loi 9, la CRC a reçu 854 commentaires du public. Au cours des dix dernières années, les commissions parlementaires ont reçu en moyenne 653 mémoires annuellement, selon la Direction générale des affaires parlementaires.