Taxi: une réforme bonne pour le transport adapté?

Près des trois quarts des 120 000 personnes qui ont droit au transport adapté au Québec utilisent les taxis embauchés par les sociétés de transport municipales.
Photo: iStock Près des trois quarts des 120 000 personnes qui ont droit au transport adapté au Québec utilisent les taxis embauchés par les sociétés de transport municipales.

La réforme de l’industrie du taxi pourrait-elle améliorer les services aux personnes handicapées ? Certains le croient.

« L’industrie avait besoin de se moderniser, a affirmé le président de l’Union des transports adaptés et collectifs du Québec. C’est une bonne chose. C’est positif. »

L’association qui représente 82 organismes dans ce domaine a rencontré le ministre des Transports, François Bonnardel, jeudi avant de témoigner en commission parlementaire quelques heures plus tard.

Elle croit que l’abolition des territoires d’agglomération auxquels les chauffeurs étaient soumis pourrait permettre aux municipalités d’améliorer les services dans les régions où ils sont inadéquats, voire inexistants.

« Le projet de loi 17 propose de la concurrence », a expliqué Marc-André Avoine, qui est également directeur des services des transports pour la MRC de Montcalm dans Lanaudière.

« Chez nous, je n’ai pas de taxi adapté pour les fauteuils roulants, a-t-il offert à titre d’exemple. […] Il y a des MRC voisines qui en ont, mais je ne peux pas [signer de contrat] avec elles. »

Chez nous, je n’ai pas de taxi adapté pour les fauteuils roulants. […] Il y a des MRC voisines qui en ont, mais je ne peux pas [signer de contrat] avec elles.

Il espère que la fin du monopole que certaines entreprises de taxi ont dans certaines régions pourra aider à régler ce type de problème.

Les députés des trois partis d’opposition qui siègent à la commission parlementaire ont tous émis des doutes, puisque le projet de loi 17 ouvrira l’industrie du taxi à des services comme Uber qui n’offrent pas de transport adapté.

Le député libéral Gaétan Barrette croit plutôt que de nombreux taxis seront appelés à disparaître hors des grands centres avec la « destruction définitive du modèle traditionnel » de leur industrie.

« Il y a des compagnies de taxi qui vont faire faillite, donc il y aura moins d’offre », a-t-il anticipé en entrevue.

La députée de Québec solidaire Ruba Ghazal ne croit pas elle non plus que le projet de loi 17 réglera le problème de service inégal d’une municipalité à l’autre. « On ne fait pas d’argent avec le transport adapté, a-t-elle constaté. La crainte, c’est que ce ne soit pas assez rentable et qu’on n’offre plus de service aux personnes les plus vulnérables. »

Le projet de loi 17 pourrait également nuire à la qualité du service, selon le député du Parti québécois Joël Arseneau.

« Les conducteurs de taxi ont aussi un rôle d’accompagnement des personnes les plus vulnérables, parce que le transport adapté, ce ne sont pas que des gens qui ont des problèmes de mobilité, il y a des gens qui ont des déficiences intellectuelles, a-t-il expliqué en entrevue. Donc, des clientèles qui ont besoin d’un service régulier, d’un accompagnement, d’une relation d’aide avec le chauffeur souvent qui s’établit. »

Le projet de loi 17 muet

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) avait signalé la veille en commission parlementaire l’absence du transport adapté dans le projet de loi du ministre Bonnardel.

Un seul article dans le document de 73 pages indique que le gouvernement peut procéder par règlement pour assurer une offre de transport adapté en délimitant des territoires, en imposant des normes particulières et en ajoutant des mesures incitatives.

« Il y avait dans l’ancienne loi une sensibilité, un certain encadrement sur le transport adapté », a remarqué le président-directeur général de la FCCQ, Stéphane Forget. La Loi concernant les services de transport par taxi contenait, par exemple, une définition des voitures adaptées.

Il enjoint donc au gouvernement de ne pas oublier l’impact du projet de loi 17 sur ce type de transport qui dessert un nombre important de personnes. Des 120 000 personnes qui y ont droit au Québec, 70 % utilisent les taxis embauchés par les sociétés de transport municipales.

Le ministre François Bonnardel ne voit pas pour l’instant la nécessité de déposer un projet de règlement. « Il y aura nécessairement une offre additionnelle, une concurrence, mais moi, je suis persuadé qu’à la base, 75 ou 80 % du service qu’on donne aujourd’hui va rester le même, a-t-il affirmé à sa sortie de la commission. Mais dans certaines régions, on va être capables d’offrir un service [là] où il n’y avait pas d’offre en soi. »

Le budget du Québec prévoyait 110,8 millions d’aide pour le transport adapté. Les usagers du transport adapté doivent témoigner en commission parlementaire au début du mois de mai.